Allaitement et coronavirus (COVID-19): 6 questions-réponses

Allaitement et coronavirus (COVID-19): 6 questions-réponses
L’allaitement peut se poursuivre même si la mère est infectée par la COVID-19, selon les recommandations officielles.

19 mars 2020 | La COVID-19 peut susciter des inquiétudes chez les mères qui allaitent. Petit tour du sujet en 6 questions avec un pédiatre expert de l’allaitement.

Mis à jour le 28 juillet 2020

 

 

 



Si une femme a de la toux, une perte de l’odorat ou du goût et de la fièvre ou souffre de la COVID-19, peut-elle poursuivre l’allaitement?

L’OMS, l’UNICEF, le gouvernement du Canada et la Société américaine de pédiatrie s’entendent tous sur l’importance de continuer l’allaitement, même en cas d’infection par le SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19. Ces organisations insistent sur le fait que les bienfaits de l’allaitement sont grands et que le risque de transmettre le virus par le lait est faible puisqu’il s’agit d’un virus respiratoire.

Est-ce que le virus se transmet par le lait maternel?

Puisque le SARS-CoV-2 est un nouveau virus, les scientifiques connaissent encore très peu de choses à son sujet. Selon l’OMS, les scientifiques n’ont pas trouvé de virus vivant dans le lait maternel à ce jour. Seuls des fragments du matériel génétique du virus ont pu y être détectés.

« Il s’agit d’une bonne nouvelle, concède le pédiatre et épidémiologiste Michael Kramer, qui est aussi un expert de l’allaitement. Je suis à peu près certain que la transmission est beaucoup plus importante par les voies respiratoires et par le contact peau à peau. » En effet, d’après ce que nous connaissons du virus, celui-ci s’infiltre dans les voies respiratoires grâce à des gouttelettes produites lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue.

Pour les mères atteintes de la COVID-19, quelles sont les précautions à prendre pour éviter de la transmettre au bébé?

« Les bébés et les enfants semblent moins affectés par le virus que les adultes, souligne le Dr Kramer. De plus, il serait difficile, voire impossible, d’éloigner un bébé de sa mère pendant deux semaines. » Le médecin suggère donc de poursuivre l’allaitement en se lavant les mains avant de toucher le bébé et en portant un masque. Si la mère n’a pas de masque à sa disposition, elle pourrait aussi recouvrir son bébé avec une couverture ou une serviette.

Une étude réalisée à New York auprès de 116 nouvelles mères atteintes de la COVID-19 semble d’ailleurs indiquer que l’allaitement est sécuritaire si la mère prend les précautions d’hygiène nécessaires mentionnées. En effet, bien que la majorité des bébés étaient allaités et qu’ils partageaient la chambre de leur mère, aucun n’a reçu un diagnostic de COVID-19 ou présenté des symptômes de la maladie.

Si la mère est trop malade pour allaiter, elle peut aussi tirer son lait et un proche pourra nourrir l’enfant en attendant qu’elle se porte mieux. Lorsqu’elle tire son lait, la mère devrait toutefois laver ses mains avant de toucher aux pièces du tire-lait et s’assurer de bien le nettoyer par la suite.

Est-ce que les bébés allaités sont protégés contre le coronavirus?

Le lait maternel peut protéger les bébés contre plusieurs infections. Cependant, il y a peu d’informations disponibles dans le cas de la COVID-19.

Une étude réalisée à New York a permis de détecter des anticorps contre le virus dans le lait maternel de 13 mères ayant guéri de la COVID-19. Il est donc possible que la mère transmette des anticorps au nourrisson par le lait maternel. Toutefois, il existe peu de données sur cette transmission, et les bienfaits potentiels sont incertains.

Le Dr Kramer rappelle d’ailleurs qu’il s’agit d’un nouveau virus. Par conséquent, plusieurs mères n’y ont pas encore été exposées et ne produisent pas d’anticorps pouvant être transmis par le lait. « Toutefois, les bébés allaités pourraient être protégés en partie par l’entremise d’un type de sucre se trouvant dans le lait maternel, les oligosaccharides », ajoute-t-il.

La plupart des cliniques d’allaitement et des groupes d’entraide ont modifié leurs activités. Quelles sont les ressources pour une mère qui connait des difficultés d’allaitement?

En réaction aux recommandations du gouvernement québécois, plusieurs groupes d’entraide en allaitement ont restreint leurs activités. « Notre conseil d’administration a d’abord demandé à ses huit filiales régionales de cesser le service de haltes d’allaitement, de rencontres prénatales et de visites à domicile, afin de diminuer la transmission de la COVID-19 », mentionne Julie Richard, coordonnatrice de la Fédération Nourri-Source.

L’organisme continue toutefois de soutenir les mères. « Nous offrons toujours le service de jumelage avec une marraine d’allaitement, par téléphone ou par messagerie électronique (courriel, texto, etc.) », explique Julie Richard. Le nombre de demandes de jumelage est même en augmentation.

L’organisme organise aussi des haltes-allaitement et des haltes prénatales virtuelles. De plus, pour l’été, quelques haltes-allaitement ont lieu en personne, dans des parcs. C’est notamment le cas dans les Laurentides et en Montérégie. Enfin, la Fédération Nourri-Source dispose d’un forum Facebook qui comptait plus de 10 000 membres en juin.

Chez MAM, un organisme situé sur la Rive-Sud de Montréal, le soutien des marraines se poursuit également pour les mères allaitantes. « Notre service de location de tire-lait et d’accessoires d’allaitement est toujours en place, confirme Kim Couture, directrice. Nous avons également la ligne MAM pour les mères sans marraine qui ont des questions ponctuelles. Elles peuvent laisser un message et seront rappelées dans la journée sans faute. »

Par ailleurs, depuis le début du mois de juillet, MAM propose aussi des haltes-allaitement à l’extérieur. « Les haltes sur Zoom étaient bien au début, mais les mères se sont rapidement lassées, explique Kim Couture. Le côté social des haltes est important et, pour cela, c’est plus facile en personne. » Bien que l’organisme ait reçu la permission de la Ville de Longueuil pour la reprise des activités à l’intérieur, l’équipe doit encore planifier comment mettre cela en place tout en respectant les consignes de distanciation.

Quels services sont offerts par les consultantes en lactation?

La plupart des consultantes en lactation avaient cessé les consultations en personne au début de la pandémie pour privilégier les consultations virtuelles. « Cela amène son lot de défis, mentionne Annabelle Boucher, consultante établie à Longueuil. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire, comme l’examen oral du bébé. Toutefois, avec l’aide d’un proche qui tient la caméra, c’est plus facile. »

Selon elle, les consultantes reçoivent d’ailleurs de plus en plus de demandes pour des rencontres en personne et certaines acceptent à nouveau d’offrir ce service, parfois à l’extérieur dans les parcs ou dans la cour des résidences privées. Certaines boutiques spécialisées proposent également aux consultantes un espace pour réaliser leurs consultations.

« Faire des consultations en personne en temps de pandémie n’est pas simple du tout, souligne toutefois la consultante qui n’a pas recommencé ce type de rencontre. Mes consœurs portent masque et visière et se tiennent le plus possible à deux mètres de la mère et de l’enfant. La mère doit aussi avoir un masque et le reste de la famille doit être absent. »

 

Sources : OMS, UNICEF, Gouvernement du Canada, Société américaine de pédiatrie, Reuters, The Lancet, TVA Nouvelles


Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photos : Gettyimages/miodrag ignjatovic

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