Allaitement et coronavirus (COVID-19): 5 questions-réponses

Allaitement et coronavirus (COVID-19): 5 questions-réponses
L’allaitement peut se poursuivre même si la mère est infectée par la COVID-19, selon les recommandations officielles .

19 mars 2020 | L’augmentation des cas de COVID-19 peut susciter des inquiétudes chez les mères qui allaitent. Petit tour du sujet en 5 questions avec un pédiatre expert de l’allaitement.

L’information présentée ici était à jour en date du 13 mai 2020.

Si une femme a de la toux, une perte de l’odorat ou du goût et de la fièvre ou souffre de la COVID-19, peut-elle poursuivre l’allaitement?

L’OMS, l’UNICEF, le gouvernement du Canada et les CDC aux États-Unis s’entendent tous sur l’importance de continuer l’allaitement, même en cas d’infection par le SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19. Ces organisations insistent sur le fait que les bienfaits de l’allaitement sont grands et que le risque de transmettre le virus par le lait est faible puisqu’il s’agit d’un virus respiratoire.

Est-ce que le virus se transmet par le lait maternel?

Puisque le SARS-CoV-2 est un nouveau virus, les scientifiques connaissent encore très peu de choses à son sujet. À ce jour, seule une petite étude réalisée en Chine auprès de 6 femmes infectées a pu évaluer sa présence dans le lait maternel. Le virus n’a été détecté dans aucun des échantillons testés.

« Il s’agit d’une bonne nouvelle, concède le pédiatre et épidémiologiste Michael Kramer, qui est aussi un expert de l’allaitement. Je suis à peu près certain que celle-ci est beaucoup plus importante par les voies respiratoires et par le contact peau à peau. »

En effet, d’après ce que nous connaissons du virus, celui-ci s’infiltre dans les voies respiratoires grâce à des gouttelettes produites lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue. D’ailleurs, selon la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, la transmission mère-enfant par le liquide amniotique, le placenta ou le lait maternel est peu probable.

Pour les mères atteintes de la COVID-19, quelles sont les précautions à prendre pour éviter de la transmettre au bébé?

« Les bébés et les enfants semblent moins affectés par le virus que les adultes, souligne le Dr Kramer. De plus, il serait difficile, voire impossible, d’éloigner un bébé de sa mère pendant deux semaines. » Le médecin suggère donc de poursuivre l’allaitement en se lavant les mains avant de toucher le bébé et en portant un masque. Si la mère n’a pas de masque à sa disposition, elle pourrait aussi recouvrir son bébé avec une couverture ou une serviette.

Si la mère est trop malade pour allaiter, elle peut aussi tirer son lait et un proche pourra nourrir l’enfant en attendant qu’elle se porte mieux. Lorsqu’elle tire son lait, la mère devrait toutefois laver ses mains avant de toucher aux pièces du tire-lait et s’assurer de bien le nettoyer par la suite.

Est-ce que les bébés allaités sont protégés contre le coronavirus?

Le lait maternel peut protéger les bébés contre plusieurs infections. Cependant, il y a peu d’informations disponibles dans le cas de la COVID-19.

Une étude réalisée à New York a permis de détecter des anticorps contre le virus dans le lait maternel de 13 mères ayant guéri de la COVID-19. Selon la Société des obstétriciens et gynécologues du Québec, « il est possible que la mère transmette des anticorps au nourrisson par le lait maternel ; toutefois, il existe peu de données probantes sur cette transmission, et les bienfaits potentiels sont incertains. »

Le Dr Kramer rappelle d’ailleurs qu’il s’agit d’un nouveau virus. Par conséquent, la majorité des mères n’y ont pas encore été exposées et ne produisent donc pas d’anticorps pouvant être transmis par le lait. « Toutefois, les bébés allaités pourraient être protégés en partie par l’entremise d’un type de sucre se trouvant dans le lait maternel, les oligosaccharides, » ajoute-t-il.

La plupart des cliniques d’allaitement et des groupes d’entraide ont suspendu leurs activités. Quelles sont les ressources pour une mère qui connait des difficultés d’allaitement?

En réaction aux recommandations du gouvernement québécois, plusieurs groupes d’entraide en allaitement ont restreint leurs activités. « Notre conseil d’administration a demandé à ses 8 filiales régionales de cesser le service de haltes d’allaitement, de rencontres prénatales et de visites à domicile, afin de diminuer la transmission de la COVID-19 », mentionne Julie Richard, coordonnatrice de la Fédération Nourri-Source. L’organisme continue toutefois de soutenir les mères. « Nous offrons toujours le service de jumelage avec une marraine d’allaitement, par téléphone ou par messagerie électronique (courriel, texto, etc.) », explique Mme Richard.

C’est aussi le cas de l’organisme MAM situé sur la Rive-Sud de Montréal. « Chez MAM, le soutien des marraines se poursuit pour les mères allaitantes, confirme Kim Couture, directrice. Notre service de location de tire-lait et d’accessoires d’allaitement aussi. Nous avons également la ligne MAM pour les mères sans marraine qui ont des questions ponctuelles. Elles peuvent laisser un message et seront rappelées dans la journée sans faute. »

Du côté des consultantes en lactation, la plupart ne font plus de consultations en personne. Cependant, certaines offrent des consultations virtuelles. « Cela amène son lot de défis, mentionne Annabelle Boucher, consultante établie à Longueuil. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire, comme l’examen oral du bébé. Toutefois, avec l’aide d’un proche qui tient la caméra, c’est plus facile. »

Sources : The Lancet, Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, OMS, UNICEF, Gouvernement du Canada, CDC, TVA Nouvelles


Kathleen Couillard – Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photos : Gettyimages/miodrag ignjatovic

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