Comprendre et soutenir les parents qui adoptent

Comprendre et soutenir les parents qui adoptent
L’arrivée d’un enfant adopté procure de la joie, mais présente des défis pour les parents. Des conseils pour les aider et mieux comprendre leur réalité.

11 décembre 2018 | L’arrivée d’un enfant adopté procure beaucoup de joie aux parents qui attendent ce moment depuis longtemps, mais aussi plusieurs défis. Le soutien des proches peut alors être précieux. Mais, comment accompagner les parents dans cette aventure qui commence? Voici les conseils de deux mamans adoptantes et d’une professionnelle de l’adoption.

S’informer sur l’adoption

L’implication de l’entourage durant le processus d’adoption permet d’apporter du support et du réconfort aux parents. Il est d’ailleurs conseillé aux personnes qui adoptent seules d’être accompagnées, lors des rencontres, par un ami proche ou un membre de la famille qui sera présent tout au long du projet d’adoption. « C’est important que la personne qui accompagne le futur parent comprenne les décisions qui sont prises », explique France Desrosiers, adjointe clinique au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Ile-de-Montréal. De nombreux documents de références sont d’ailleurs mis à la disposition des adoptants et de leur entourage lors des soirées d’information. « Ma belle-mère a super bien compris l’affaire et elle a été très respectueuse après avoir lu le livre que je lui ai conseillé », raconte Ana, famille d’accueil pour deux enfants en processus d’adoption en banque mixte.

L’adoption d’un enfant né au Québec
Les parents qui désirent adopter un enfant né au Québec ont deux possibilités : s’inscrire à la banque régulière ou à la banque mixte. La banque régulière comprend les enfants laissés en adoption à la naissance ou les enfants devenus orphelins en très bas âge. Comme ces cas sont rares, l’attente peut être très longue. La banque mixte comprend les enfants retirés à leurs parents par la DPJ. L’attente est moins longue, mais le processus peut être difficile pour les familles. Elles doivent d’abord devenir la famille d’accueil de l’enfant. Par la suite, le tribunal pourra autoriser les parents à adopter l’enfant. « C’est un programme qui entraîne beaucoup de stress et d’incertitude, car en banque mixte il n’y a pas de garantie d’adoption. L’enfant peut retourner dans sa famille biologique » explique France Desrosiers.

Comprendre la période de retrait

Pendant plusieurs semaines après l’arrivée de l’enfant, la famille doit apprendre à se connaitre et à se faire confiance. Les sorties et les visites sont rares pendant cette période afin de ne pas créer de confusion chez l’enfant. Il est donc important que l’entourage comprenne les décisions et les limites des parents au sujet de l’enfant. « Il faut vraiment que les personnes qui donnent les soins soient toujours les mêmes pour que l’enfant comprenne que les gens qui le nourrissent sont fiables et qu’il peut s’appuyer sur eux », soutient France Desrosiers. Il a fallu cinq mois à Ana et à son conjoint pour présenter leurs enfants au reste de la famille. Elle précise que pendant encore un an, ils ont été les seuls à donner des soins aux enfants : « Personne d’autre que nous ne pouvait leur donner à manger, changer leurs couches, les garder la nuit, etc. ».

Entourer la famille en respectant ses besoins

Pendant la période de retrait, même si les parents doivent créer une bulle autour de l’enfant, ils ont quand même besoin d’un coup de main pour les tâches du quotidien. « Le réseau est super important. Ça peut être pour faire une brassée de lavage ou apporter un pâté chinois afin d’aider les parents à être très disponibles pour leur enfant », soutient la clinicienne France Desrosiers. Julie, qui a adopté seule sa fille Sophie en Chine en 2015, explique que l’impossibilité de confier son enfant durant les premiers mois augmente en effet l’épuisement. Pour elle, les petites attentions sont les meilleures comme une lotion moussante pour le bain ou une boîte de chocolat. « Juste un truc pour dire "prends soin de toi", car on ne prend pas le temps de s’occuper de soi. On passe en dernier », explique-t-elle.

Faire attention aux questions et aux commentaires sur l’enfant

La famille d’Ana fait souvent face à des questions indiscrètes à propos du vécu de leurs enfants. « Pour nous, la confidentialité de l’histoire des enfants c’est essentiel », dit-elle. L’interdiction de partager des photos ou certaines informations est d’ailleurs difficile pour les parents en banque mixte qui sont eux aussi fiers de leurs enfants. « Mon fils est comme un fantôme », se désole Julie, la maman de Sophie qui est aussi famille d’accueil pour un petit garçon en banque mixte. C’est toutefois les commentaires sur les retards de développement de ses enfants qui souvent la dérangent le plus. « Quand on me dit que mon fils va rattraper son retard, que c’est parce qu’il manquait de stimulation, ça me fâche. On ne le sait pas ce que ça va donner à long terme. »

Pour l’année 2017-2018, sur le territoire de Montréal, il y a eu 29 adoptions internationales, 2 adoptions régulières et 43 enfants sont devenus admissibles à l’adoption en passant par la banque mixte selon le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Ile-de-Montréal.

Célébrer, mais pas trop vite

Ana aurait aimé que ses proches soulignent l’arrivée prochaine de son enfant comme c’est le cas lors d’une grossesse. « Un shower de bébé, ça ne devrait pas être que pour les enfants biologiques », affirme Ana. France Desrosiers pense en effet qu’il est important de souligner cet événement marquant, mais elle recommande un peu de patience pour les enfants nés au Québec en processus d’adoption. Il est en effet préférable d’attendre la décision officielle d’adoption du tribunal. « Imaginez faire une grosse fête pour un enfant de 4 ans qui continue à voir ses parents biologiques, pensez à la confusion dans sa tête », souligne-t-elle.

 

Claire Briffault – Naître et grandir

Naitre et grandir.com

 

Photos : GettyImages/greenaperture et Julie Villeneuve

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