Mères adolescentes: concilier jeunesse et famille

Mères adolescentes: concilier jeunesse et famille
Regard sur la réalité d’une mère adolescente et d’une école secondaire de Montréal adaptée à ses besoins.

3 avril 2017 | Même planifiée, la maternité transforme une vie. Et c’est encore plus vrai lorsqu’on devient mère au cœur de l’adolescence. Regard sur la réalité d’une jeune mère qui poursuit ses études dans une école secondaire adaptée à ses besoins.

Maria Fernanda Morfin-Lopez avait 15 ans lorsqu’elle est devenue enceinte. « J’ai d’abord pensé me faire avorter, mais j’ai voulu en discuter avec ma mère pour être sûre de mon choix », raconte la jeune fille. Après un moment de choc, ses parents l’ont encouragée à garder l’enfant, tout en tâchant de lui faire comprendre quelle responsabilité son nouveau rôle de mère représenterait.

Aujourd’hui, Maria Fernanda Morfin-Lopez monte quotidiennement avec sa petite Kataneya, un an, à bord d’un autobus scolaire qui les emmène de la maison de ses parents, à Châteauguay, jusqu’au quartier Mercier, à Montréal. C’est là que se trouve l’école secondaire Rosalie-Jetté, qui accueille exclusivement des adolescentes enceintes et mères de jeunes enfants. « C’est la technicienne en éducation spécialisée de mon école secondaire qui m’a fait connaître cette école. Je la fréquente depuis le début de ma grossesse », raconte celle qui y poursuit maintenant sa troisième secondaire.

Un service personnalisé

À cette école, pas de cours magistraux. Chacune des quelque 50 élèves chemine à son rythme. « Nous offrons un service très personnalisé », explique Audrey Leblanc, psychoéducatrice à Rosalie-Jetté. C’est l’heure d’allaiter? L’élève peut quitter son cours pour aller nourrir son enfant au CPE situé au deuxième étage du même édifice. « Les profs sont très compréhensifs », dit Maria Fernanda.

Une dérogation au programme scolaire permet aussi à cette école de mettre à l’horaire des cours prénataux et postnataux ainsi que des cours de psychologie de l’enfant, question de préparer les élèves à leur rôle de mère.

La psychoéducatrice observe toutefois que ces jeunes mères peinent à anticiper le déroulement de leur vie avec un enfant : « Les défis s’enchaînent. Après lui avoir donné une bonne routine de dodo, c’est la poussée des dents… Elles sont constamment prises par surprise par ces nouveaux stades. D’un côté, leur difficulté à anticiper ce qui s’en vient les préserve d’un haut niveau de stress, mais en même temps, cela les empêche de se préparer. »

La gestion de l’argent qu’elles reçoivent chaque mois en prestations d’aide sociale et en allocations familiales représente un autre défi de taille pour ces adolescentes, selon Audrey Leblanc : « Quand elles reçoivent l’argent, elles ont souvent envie d’en profiter pour se gâter. » Il peut alors arriver que les fins de mois soient difficiles. Pour les aider à respecter leur budget, l’école fait notamment appel à l’ACEF de l’est de Montréal, qui offre des ateliers sur place et de l’accompagnement.

L’importance de l’entourage

Malgré les difficultés rencontrées, Maria Fernanda croit que ce n’est pas l’âge qui fait qu’on est prêt à devenir parent. Sa maternité précoce l’a d’ailleurs poussée à développer rapidement une maturité nouvelle : « C’est beaucoup de responsabilités, dit-elle. Tu ne peux plus penser juste à toi. » Audrey Leblanc confirme : « Elles doivent se concentrer sur les besoins de leur bébé, alors qu’elles sont elles-mêmes à un âge d’égocentrisme. C’est difficile à concilier. »

Heureusement, les mères adolescentes peuvent souvent se fier à leur entourage. Pour Audrey Leblanc, leurs enfants incarnent l’adage selon lequel il faut un village pour élever un enfant. « Les enfants sont en contact avec plusieurs modèles : la famille élargie, les amis, les éducatrices… Et ils peuvent profiter du meilleur de chacun. Ce sont des enfants heureux », assure-t-elle.

 

Anne-Hélène Dupont – 37e AVENUE

 

Photos : CSDM

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