Entrevue: adopter des enfants au Québec

Entrevue: adopter des enfants au Québec

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Du plus loin qu’ils se rappellent, Olivier et Sébastien voulaient être pères. Ils sont aujourd’hui les parents adoptifs de deux enfants.

10 octobre 2016 | Du plus loin qu’ils se rappellent, Olivier* et Sébastien voulaient être pères. Ils sont aujourd’hui les parents adoptifs de Tristan, sept ans, et de Coralie, deux ans et demi. Olivier nous parle de leur expérience.

Pourquoi avoir choisi d’adopter des enfants québécois?

Comme couple homosexuel, l’adoption nous est apparue comme la voie d’accès pour avoir des enfants.

Nous avons choisi d’adopter ici d’une part parce qu’adopter des enfants québécois est gratuit, alors que l’adoption internationale coûte plusieurs milliers de dollars. D’autre part, comme couple homosexuel, il est difficile d’adopter à l’international. Adopter des enfants d’ici nous donne aussi le sentiment de leur offrir une vie meilleure.

Comment se sont déroulées vos démarches d’adoption?

Nous étions en couple depuis trois ans quand nous avons entamé les démarches; c’était en août 2010. En janvier 2011, nous nous sommes inscrits à la banque mixte [NDLR – L’adoption par le programme banque mixte concerne les enfants à haut risque d’abandon, ou dont les parents sont incapables de répondre à leurs besoins]. Après quoi, nous avons participé à divers ateliers et rencontres jusqu’en septembre. Tristan est arrivé chez nous en novembre 2011. Il avait tout juste trois ans.

Nous avons accueilli Coralie en août 2014, alors qu’elle avait seulement six mois.

C’est Sébastien qui a pris les deux congés parentaux. De mon côté, j’ai pris des vacances et fait du télétravail pour être avec eux autant que possible.

En banque mixte, on reçoit les enfants d’abord à titre de famille d’accueil. Nous avons adopté Tristan un an et demi après son arrivée chez nous et Coralie, un an après. Nous avons été très chanceux : selon la complexité des dossiers, ça peut être plus long.

Comme famille d’adoption, recevez-vous du soutien de la part du Centre jeunesse?

Oui, et c’est merveilleux! Chaque enfant a sa travailleuse sociale et les parents ont la leur. Nous pouvons leur poser toutes nos questions. Au début, nous les rencontrions deux fois par mois. Elles sont vraiment exceptionnelles!

Nous fréquentons aussi d’autres couples que nous avons rencontrés dans les ateliers préparatoires à l’adoption. Voir d’autres enfants qui ont deux papas ou deux mamans aide à normaliser notre situation familiale aux yeux des enfants.

Est-ce que l’attachement a été un défi?

Pour Tristan, oui. Arriver chez nous après un séjour dans une autre famille d’accueil a été pour lui un deuxième déracinement. Il a mis plusieurs mois à s’attacher et encore aujourd’hui, c’est un lien fragile.

Coralie a développé un attachement clair en quelques semaines. À sept mois, elle a été hospitalisée pour une pneumonie; les soins que nous lui avons donnés pendant cette période ont scellé le lien entre elle et nous.

Le lien entre les deux enfants, lui, a été immédiat. Tristan a bien sûr été déstabilisé par l’arrivée de sa sœur, mais moins que nous le craignions.

Quels autres défis avez-vous rencontrés?

Ce sont des enfants profondément marqués par les traumatismes qu’ils ont vécus. C’est un défi d’apprendre à composer avec les séquelles de ces expériences.

Tristan, en particulier, a été laissé dans sa couchette pendant un an et demi. Il en a gardé une grande sensibilité et un immense besoin d’attention. Il a un don pour détecter ce qui nous fait réagir. Mais il est beau comme un cœur et il sait jouer de son charme!

Un autre défi est la rapidité avec laquelle il faut s’acclimater. D’ordinaire, des parents biologiques ont neuf mois pour se préparer psychologiquement. Nous, on reçoit l’appel du Centre jeunesse et une semaine plus tard, l’enfant est là!

Comment parlez-vous aux enfants de leur histoire familiale?

Nous ne cachons rien à nos enfants. Ils savent qu’ils sont sortis du ventre d’une maman, qu’ils ont une famille biologique, mais qu’il a fallu leur trouver une meilleure famille.

Ils n’ont pas de souvenirs de leur famille biologique, mais Tristan réagit fortement aux odeurs et aux sons qui lui rappellent la sienne. Il peut en être chaviré pendant des jours.

Quel bilan faites-vous de cette aventure jusqu’à maintenant?

C’est vraiment un enrichissement. La démarche d’adoption nous amène à sonder notre psychologie et à nous remettre profondément en question.

Recevoir un enfant malmené et l’amener à s’épanouir multiplie par 100 l’importance de chaque réussite. C’est gratifiant de se faire dire que Tristan a de bonnes manières, alors qu’à son arrivée, il faisait 10 crises par jour!

Nous avons décidé de nous arrêter à deux enfants, mais je recommencerais n’importe quand!

 

Propos recueillis par Anne-Hélène Dupont - 37e AVENUE

 

* À la demande du Centre jeunesse, les prénoms ont été modifiés et aucune photo n’est publiée afin de préserver l’anonymat.

Photo : iStock.com/monkeybusinessimages

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