Le défi alimentaire des tout-petits

Le défi alimentaire des tout-petits
À partir de 1 an, l’appétit des enfants fluctue et leurs goûts changent. Ce sera ainsi durant toute la petite enfance. Pourquoi et comment réagir?


À partir de un an, votre enfant a un menu qui ressemble au menu familial. Il prend ses trois repas avec vous ainsi que deux ou trois collations. Son assiette ressemble beaucoup à la vôtre, sauf si vous mangez à l’occasion des aliments frits, salés ou très sucrés, car votre tout-petit n’est pas prêt pour ce type d’aliments. Seules la texture de certains aliments et la grosseur des portions sont encore différentes. Bientôt toutefois, son comportement alimentaire va probablement changer.

Pourquoi la faim des enfants diminue?

En pleine quête d’autonomie, votre tout-petit s’intéresse à tout et, pour lui, le repas n’est qu’une activité parmi d’autres. Plutôt que de manger, il préfère jouer, grimper, sauter, parler, chanter, etc.

Doit-on obliger un enfant à finir son assiette?

Si durant sa première année son poids à la naissance a triplé, son appétit va maintenant diminuer et sa croissance va ralentir pendant un certain temps. Puisque les besoins de son corps diminuent légèrement, il est normal quil ait moins faim. Tôt ou tard, vous assisterez doncsûrement à quelques variations de son appétit et à ce qui vous semblera être des caprices qui nécessiteront de la patience et de la tolérance de votre part.

Il est vrai que cela peut être parfois un peu frustrant, mais vous devez comprendre que sa petite faim joue deux rôles. D’abord, elle transmet le message du corps, qui a moins besoin de nourriture. Ensuite, elle donne à l’enfant un certain pouvoir : refuser des aliments lui permet d’affirmer son autonomie.

Pour vous rassurer, dites-vous que les enfants ressentent la satiété beaucoup mieux que les adultes. Les tout-petits savent instinctivement de quelle quantité daliments ils ont besoin. Ils peuvent même se contrôler et se rattraper de façon naturelle. Ainsi, si votre enfant mange peu d’aliments ou des aliments fournissant peu d’énergie à un repas, il mangera davantage ou choisira des aliments plus énergétiques au prochain repas. Votre rôle est de fournir des repas de qualité, à heures régulières, dans un climat agréable en votre compagnie.

Comment réagir lorsque votre enfant refuse de manger?

  • Tenez compte du ralentissement de sa croissance.
    Ce ralentissement est normal et votre enfant va naturellement réduire la quantité d’aliments qu’il mange. Sa faim sera au rendez-vous lors de la prochaine poussée de croissance!
  • Acceptez sa recherche d’autonomie.
    Un jour, il aime un plat; la fois suivante, il refusera de le manger. Cela fait partie de sa découverte de l’autonomie. Insister pour qu’il mange ne sert à rien.
Ne vous découragez pas… Les enfants ne se laissent jamais mourir de faim!
  • Respectez toujours son appétit.
    En d’autres mots, ne le forcez jamais à manger : plus vous manifesterez de l’inquiétude et de la sévérité, plus il sera tenté de dire non. Surtout, son rapport aux aliments sera malsain. La nourriture deviendra sa façon d’attirer votre attention. Il mangera trop pour vous faire plaisir et obtenir votre affection, ou il refusera de manger s’il éprouve trop de pression ou s’il se sent dévalorisé. Lâchez prise afin que votre enfant ne voie pas l’alimentation comme un enjeu de négociation avec vous.
  • Gardez le cap sur la qualité plutôt que sur la quantité.
    Puisque votre enfant manifeste une baisse d’appétit passagère, veillez particulièrement à la qualité et à la variété des aliments que vous servez, quitte à le laisser manger peu.
  • Allégez ses collations et espacez-les.
    Par crainte qu’il manque de quelque chose, vous pourriez être tenté d’offrir à votre enfant quelque chose à manger ou à boire toutes les heures, mais c’est à éviter. Pour qu’il ait faim aux repas et aux collations, il est important de respecter un horaire. Donnez-lui une collation au moins 2 heures avant un repas afin de ne pas nuire à son appétit. Servez uniquement des collations nutritives, comme des légumes, des fruits, du yogourt (nature ou peu sucré), du fromage et des muffins maison. Évitez de lui donner du jus ou trop de lait entre les repas. Ne dépassez pas 750 ml de lait par jour.
  • Évitez d’utiliser le dessert comme un moyen de pression.
    Si le dessert est utilisé comme moyen de pression, l’enfant apprend à le considérer comme une récompense et comme un aliment réconfortant. Or, le dessert ne devrait pas être une récompense en soi, mais plutôt faire partie d’un menu. Idéalement, ce devrait être un fruit, un yogourt nature (ou peu sucré) ou un dessert maison nourrissant. Si votre tout-petit vous dit qu’il n’a pas faim quand vous lui servez le plat principal, il doit tout de même pouvoir manger une portion de dessert.
  • Mangez avec votre enfant et soyez un modèle enthousiaste.
    Votre tout-petit vous prend en exemple et vous imite. S’il vous voit manger un aliment avec plaisir, il sera tenté de faire de même. Il a été montré que l’enthousiasme était un ingrédient clé pour inciter les enfants à nous imiter. Ainsi, dites à voix haute que vous appréciez tel ou tel aliment et pourquoi, faites des « hummm » et des « miam » à l’occasion en mangeant, etc.

Comment aider votre enfant à aimer de nouveaux aliments?

Il a été démontré qu’il faut parfois proposer plusieurs fois un nouvel aliment pour qu’un enfant l’apprécie. Votre tout-petit peut avoir besoin de voir un aliment 20 fois, et même plus, avant de vouloir en manger ou même y goûter. Encouragez-le à goûter, mais sans le forcer. Félicitez-le lorsqu’il essaie, et ce, même s’il n’aime pas l’aliment goûté.

N’hésitez donc pas à redonner de temps en temps à votre enfant de petites quantités d’un aliment qu’il a refusé dans le passé, jusqu’au jour où il en mangera avec appétit. Votre tout-petit apprend à connaître les aliments au fil des contacts qu’il a avec eux. Cette familiarisation se fait aussi avec ses cinq sens. Ce n’est pas seulement en goûtant, mais également en regardant, en sentant, en touchant et parfois en « écoutant » (quand il croque une pomme ou casse une croûte de pain, par exemple) les aliments qu’il développe ses goûts et ses habitudes alimentaires.

Que faire lorsquil préfère manger avec ses doigts?
Toucher les aliments permet à lenfant de les découvrir et léveille aux différentes textures. Il est important quil puisse le faire. Cela dit, si votre enfant refuse dutiliser une cuillère pour tous les aliments, servez-lui un repas qui peut difficilement être mangé avec les doigts, comme du gruau, une soupe ou du pâté chinois.
Encouragez-le et félicitez-le lorsquil se sert dustensiles, tout en respectant son désir dutiliser ses doigts, surtout sil a moins de 3 ans. Vous pouvez tout de même lui montrer à manger proprement, sans jeter de la nourriture par terre ou sen mettre dans les cheveux.Pour quil se pratique et apprenne à apprécier la cuillère, faites-le jouer avec ses toutous en lui demandant de les nourrir à la cuillère.
Pour en savoir plus, consultez notre fiche Apprendre à utiliser des ustensiles et à boire au verre.

 

À retenir

  • Un enfant sait naturellement quelle quantité d’aliments manger, car sa faim suit ses besoins. Il ne faut jamais l’obliger à manger.
  • Offrir des aliments nourrissants à un tout-petit est le plus important, peu importe la quantité qu’il mange.
  • Offrir la collation au moins 2 heures avant le dîner ou le souper aide à ne pas couper l’appétit pour les repas.

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Stéphanie Côté, M. Sc., nutritionniste
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Novembre 2019

 

Photo : iStock.com/Fertnig

 

Ressources et références

Note : Les liens hypertextes menant vers dautres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible quun lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver linformation désirée.

  • CÔTÉ, Stéphanie. Enfants : 21 jours de menus. Montréal, Éditions Modus Vivendi, coll. « Savoir quoi manger », 2018, 144 p.
  • DESROSIERS, Hélène et autres. Enquête de nutrition auprès des enfants québécois de 4 ans. Québec, ISQ, 2005, 163 p. www.stat.gouv.qc.ca
  • DORÉ, Nicole et Danielle LE HÉNAFF. Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans, Guide pratique pour les mères et les pères. Institut national de santé publique du Québec, Québec. www.inspq.qc.ca
  • ENCYCLOPÉDIE SUR LE DÉVELOPPEMENT DES JEUNES ENFANTS. AlimentationEnfant. 2013. www.enfant-encyclopedie.com
  • HENDY, Helen M. et BryanRAUDENBUSH. « Effectiveness of teacher modeling to encourage food acceptance in preschool children »,Appetite, vol. 34, no 1, février 2000, p. 61-76. www.ncbi.nlm.nih.gov
  • LAMBERT-LAGACÉ, Louise. Commentnourrir son enfant : du lait maternel au repas complet. Québec, Éditions de lHomme, 2015, 336 p.
  • MAIER, Andrea et autres. « Effects of repeated exposure on acceptance of initially disliked vegetables in 7-month old infants »,Food Quality and Preference,vol. 18, no 8, décembre 2007, p. 1023-1032. www.sciencedirect.com
  • MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX. Le festin enchanté de Cru-Cru. Site gouvernemental pour faire aimer les fruits et légumes aux tout-petits, qui propose des recettes amusantes pour les fêtes denfants, 2015. publications.msss.gouv.qc.ca
  • SANTÉ CANADA. Le Guide alimentaire canadien. 2019. guide-alimentaire.canada.ca
  • SAVAGE, Jennifer S. et autres. « Parental influence on eating behavior, conception to adolescence », The Journal of Law, Medicine and Ethics, vol. 35, no 1, printemps 2007, p. 22-34.

Partager

À lire aussi