L'ABC d'une approche bienveillante

L'ABC d'une approche bienveillante
Chicanes, oppositions, crises… Et si vous vous mettiez à la place de votre enfant pour comprendre ce qu’il vit et mieux gérer les situations difficiles? C’est ce que propose la parentalité positive.

Chicanes, oppositions, crises… Et si vous vous mettiez à la place de votre enfant pour comprendre ce qu’il vit et mieux gérer les situations difficiles? C’est ce que propose la parentalité positive.

En septembre dernier, Livia, 5 ans, est entrée à la maternelle. Après quelques jours, elle s’est mise à pousser sa petite sœur de 4 ans, Doralie, au retour de l’école. « Je voyais bien que quelque chose n’allait pas, raconte Sandra, sa maman. En parlant avec Livia, j’ai compris que commencer l’école, prendre l’autobus, passer la journée dans un groupe, c’était beaucoup de changements pour elle. La solution pour se sentir mieux, c’est elle qui l’a trouvée : jouer seule dans sa chambre après l’école. »

Écouter et respecter les besoins de l’enfant : c’est beaucoup ça, la parentalité positive. « Avec cette approche, l’enfant apprend à avoir confiance en lui, à parler de ses émotions, à communiquer dans le respect et à reconnaître ce que les autres ressentent, indique la psychoéducatrice Marie-Hélène Chalifour. Il apprend aussi à être autonome et responsable de ses actes. »

La parentalité positive s’appuie sur les travaux de plusieurs chercheurs sur l’importance de l’empathie dans la communication. Elle repose aussi sur les dernières découvertes concernant le développement du cerveau. « Chez le jeune enfant, la région frontale du cerveau, qui permet de raisonner, de résoudre des problèmes et de résister aux impulsions, est encore en formation, indique Marie-Hélène Chalifour. Pareil pour le système limbique, qui sert à contrôler ses émotions. Des connexions restent encore à faire entre ses neurones. Cette immaturité du cerveau explique plusieurs comportements de l’enfant, et l’éducation bienveillante en tient compte. »

Guider son tout-petit

Avec l’éducation bienveillante, le parent cherche à guider son enfant au lieu de le contrôler ou de le dominer, explique Marie-Hélène Gagné, professeure à l’École de psychologie de l’Université Laval. « L’enfant est un peu comme une plante à cultiver ; et le parent, un jardinier qui l’aide à grandir le mieux possible », dit celle qui fait des recherches sur le programme de formation pour parents Triple P ( pratiques parentales positives ).

Selon la parentalité positive, un enfant qui se comporte mal cherche à exprimer un besoin.

Selon l’approche bienveillante, un besoin se cache derrière chaque comportement dérangeant d’un tout-petit. « L’enfant de 3 ans qui en tape un autre n’est pas méchant, donne en exemple Marie-Hélène Gagné. Il vit une frustration et il ne sait pas comment l’exprimer. C’est à l’adulte de lui apprendre à le faire correctement. » Il est ainsi conseillé de regarder les situations du point de vue de l’enfant afin de mieux le comprendre.

Moins de rapports de force

Le parent qui adopte des pratiques parentales positives a toujours de l’autorité, mais il l’exerce avec douceur. « Quand il y a un problème, le parent implique son enfant dans la solution, dit Marie-Hélène Chalifour. Le parent veut le rendre responsable plutôt que de le faire obéir par la peur. »

Avec cette approche, les punitions ne sont pas utilisées, car elles feraient de la peine et humilieraient l’enfant au lieu de lui apprendre à bien agir. Quand l’enfant se comporte mal, le parent va préférer lui donner une conséquence logique ou l’encourager à poser un geste de réparation.

Certaines personnes accusent ce mode d’éducation d’être trop permissif. Marie-Hélène Chalifour n’est pas d’accord. « Le parent bienveillant ne laisse pas son enfant faire n’importe quoi. Il y a des règles. Toutefois, au lieu de confronter son enfant, il lui demande de coopérer. »

Si la parentalité positive ne fait pas l’unanimité, les parents qui l’adoptent se montrent toutefois satisfaits. D’après une étude réalisée auprès de 295 parents ayant suivi la formation Triple P, cette approche leur fait se sentir plus compétents. « Les parents disent aussi vivre moins de stress et observent une baisse des comportements difficiles chez leurs enfants », souligne Marie-Hélène Gagné.

Le piège du parent parfait?

Mais attention, la parentalité positive n’est pas une méthode miracle! Avec cette approche, les crises et les conflits diminuent, mais il y en a encore. Ce n’est pas non plus la clé pour devenir le meilleur parent au monde. « Si on met la barre trop haute, on risque de se sentir incompétent et de culpabiliser, avertit la psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers. À la longue, cela pourrait mener à la dépression ou au burnout parental. »

Les parents doivent se donner le droit à l’erreur. C’est normal d’être parfois irritable, d’être tanné de toujours répéter ou de réagir fortement à un comportement de votre enfant. « Même si vous n’êtes pas toujours à 100 % dans la parentalité positive, ça ne fait pas de vous un mauvais parent. L’important, c’est de vous faire confiance et de faire de votre mieux. S’il vous arrive de crier après votre enfant, vous pouvez lui dire que vous n’auriez pas dû et que vous êtes désolé. Vous lui montrez ainsi à reconnaître ses erreurs et vous devenez un bon modèle », rassure la psychoéducatrice.

 

Photo: gettyimages/Tatyana Tomsickova

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, mars 2018
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Annie Goulet, psychologue

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