Congé parental et travail: comment ça se passe?

Congé parental et travail: comment ça se passe?
Chaque année, près de 130 000 parents s’absentent du travail pendant quelques semaines ou quelques mois pour l’arrivée d’un enfant. Les employeurs acceptent généralement bien la situation, mais certains parents font face à des difficultés ou à de mauvaises réactions.

Chaque année, près de 130 000 parents s’absentent du travail pendant quelques semaines ou quelques mois pour l’arrivée d’un enfant. Les employeurs acceptent généralement bien la situation, mais certains parents font face à des difficultés ou à de mauvaises réactions.

Quand Valérie a annoncé sa grossesse à son supérieur, ce dernier l’a félicitée. Mais une autre personne de l’équipe de direction n’était pas contente. « Elle m’a dit “encore!”, comme si j’avais une famille nombreuse, alors que c’était mon deuxième enfant, raconte la mère d’une fille de 2 ans et d’un garçon de 4 ans. Ensuite, chaque fois que je devais m’absenter pour des rendez-vous médicaux, c’était compliqué. »

De plus, l’horaire de travail de Valérie a été changé pendant son congé. À son retour, la maman devait travailler de midi à 20 h. « Comme mon conjoint revient du travail en début de soirée, ça ne fonctionnait pas avec l’organisation familiale, dit-elle. J’ai dû démissionner. Tout ça m’a fait vivre beaucoup de stress. »

Il arrive aussi que des parents en congé parental ratent des promotions ou voient leur poste aboli pendant leur absence. « D’autres se font changer d’équipe ou confier des projets moins intéressants à leur retour au travail », rapporte la sociologue Valérie Harvey.

Autant pour les femmes que pour les hommes, arrêter de travailler plusieurs mois pour s’occuper de son bébé est plus difficile dans certains secteurs. Cela peut notamment être le cas pour les professionnels, les cadres du secteur privé et les travailleurs autonomes. « Les avocates, par exemple, ne récupèrent pas toujours leurs dossiers quand elles s’absentent trop longtemps, observe Diane-Gabrielle Tremblay. Elles doivent alors rebâtir leur clientèle à leur retour. Pour ne pas perdre leurs clients, certaines maintiennent un lien avec le bureau ou écourtent leur congé. »

Heureusement, pour la plupart des parents, ça se passe bien avec l’employeur. Pour Lee- Christophe, papa de Félix, 4 mois, et d’Oscar, 23 mois, qui revient d’un congé de 2 mois, les choses se sont bien passées. « Dans l’entreprise minière où je travaille, c’est bien vu de prendre un congé parental. D’ailleurs, mon patron vient de partir à son tour pour 3 mois! »

De son côté, Marie-Pier, maman de deux petites filles, s’est même fait offrir une promotion alors qu’elle était en congé parental pour son aînée. Elle a toutefois dû recommencer à travailler plus tôt que prévu. « Comme c’était un poste que je voulais, j’ai dit oui. Mais ça a été difficile pour mon cœur de maman, puisque notre fille est entrée à la garderie à 7 mois! »

Des préjugés encore présents

Les mères qui retournent plus tôt au travail ou dont le conjoint prend le congé parental ont aussi parfois l’impression d’être jugées. « Des gens de leur entourage vont dire qu’elles font passer leur carrière avant la famille ou que leur enfant est bien trop jeune pour la garderie », note Valérie Harvey. Des réactions qu’elle explique par le fait que la société considère encore la mère comme la première responsable de l’enfant.

Les hommes qui prennent un long congé provoquent souvent, de leur côté, toute une surprise dans leur milieu. David, qui travaille au Québec pour une entreprise américaine, a pris la totalité du congé parental pour ses deux enfants parce que sa conjointe souhaitait retourner rapidement au travail. « Quand j’ai annoncé à mes patrons de New York que je partais plusieurs mois en congé parental, ils ne me croyaient pas, dit David. Un père qui s’occupe seul de son enfant, ce n’est pas dans la culture là-bas. »

Ici, la plupart des réactions étaient positives, mais David a quand même reçu des commentaires qu’on dit moins aux femmes comme : « Ça doit être le fun d’avoir un an de vacances. » D’autres pères en congé parental se font dire des choses comme : « Ta blonde fait quoi pendant ce temps-là? »

Pour faire taire les préjugés, il faudrait que les pères profitent davantage du congé parental, croit Diane-Gabrielle Tremblay. « Plus il y aura de parents qui vont partager le congé parental, plus il y aura un effet d’entraînement et plus ça deviendra normal », souligne-t-elle.

Il existe encore des préjugés autour des mères qui retournent vite au travail et des pères qui prennent un long congé parental.

Seulement 6 % des pères disent avoir eu des difficultés au travail à cause de leurs congés de paternité et parental, selon un sondage du Conseil de gestion d’assurance parentale. Valérie Harvey, qui a fait une recherche auprès de pères du milieu de l’informatique et du jeu vidéo, constate que le congé de paternité est en effet généralement bien accepté. « Par contre, certains employeurs demandent aux pères de le prendre à un moment moins occupé pour l’entreprise ou de le diviser en deux », ajoute-t-elle. Souvent aussi, les pères ne sont pas remplacés pendant leur congé de paternité de 3 ou 5 semaines, ce qui occasionne une surcharge de travail pour leurs collègues.

Il y a toutefois davantage de résistance dans les entreprises quand les hommes décident de prendre aussi une partie du congé parental. « Des pères doivent faire des compromis, comme travailler un peu pendant leur congé ou assurer un suivi de leurs dossiers, dit Diane-Gabrielle Tremblay, professeure et chercheuse à l’Université TÉLUQ. En comparaison, les femmes sont rarement dérangées pendant leur congé. »

 

Ils ont apprécié leur congé parental parce que…

« J’ai pu voir l’évolution de mon enfant : son premier sourire, sa première dent, ses premiers pas. J’étais présent à tous ces beaux moments. »
- Patrick, papa de Sean Anthony, 4 ans

« J’ai pu m’occuper de mes enfants tout en ayant un revenu. C’est du stress en moins. »
- Tamaro, maman d’Olivier, 2 ans, et de Jonathan, 4 ans

« En passant du temps avec mes enfants, j’ai appris à bien les connaître. Je sais ce qui les intéresse, ce qui les ennuie, ce qui les fait rire, ce qui les fâche. En fait, j’ai appris à être à l’aise avec eux. »
- David, papa d’Amélie, 3 ans, et de Samuel, 6 ans

« À 9 mois, ma deuxième fille se réveille encore plusieurs fois par nuit. C’est bien d’avoir un peu de temps le jour pour récupérer des nuits difficiles. »
- Marie-Pier, maman d’Amanda, 9 mois et de Liana, 22 mois

« Le congé parental prévoit de la place pour les pères. Il est flexible et s’adapte à notre situation. À la naissance de notre deuxième enfant, j’ai pris 8 semaines de congé. Ça m’a permis en même temps de me rapprocher de mon aîné. »
- Lee-Christophe, papa de Félix, 4 mois, et d’Oscar, 23 mois

 

Photo: Maxim Morin

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, mai-juin 2018
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Sophie Mathieu, chercheuse postdoctorale à l’Université Brock et chargée de cours en sociologie à l’Université de Montréal

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