Quel mode de garde pour l'enfant?

Quel mode de garde pour l'enfant?
Ce n’est pas toujours évident de s’entendre avec son ex sur la question de la garde. Mais il est important de mettre de côté ses conflits pour se concentrer sur les besoins de l’enfant.

Ce n’est pas toujours évident de s’entendre avec son ex sur la question de la garde. Mais il est important de mettre de côté ses conflits pour se concentrer sur les besoins de l’enfant.

Ce sont les parents qui se séparent. L’enfant, lui, devrait continuer à voir ses deux parents, s’entendent les experts. D’abord parce qu’il les aime tous les deux. Et aussi parce que les parents se complètent en matière d’éducation et que c’est une bonne chose pour le développement de l’enfant.

D’ailleurs, la Loi sur le divorce indique que l’enfant doit avoir le plus de contacts possible avec chaque parent. « Ce principe est très important devant les tribunaux, affirme maître Claudia Prémont, avocate en droit de la famille. Le juge en tient compte lorsqu’il doit prendre une décision dans une affaire de garde d’enfant. »

Avoir recours à un médiateur

Les parents ont droit à cinq heures gratuites de médiation, entre autres pour s’entendre sur la garde. Vous avez tout avantage à en profiter, selon Lorraine Filion, travailleuse sociale et médiatrice familiale. « Lors d’une rupture, les émotions prennent le dessus et c’est souvent difficile de se parler », explique-t-elle.

Le médiateur aide les parents à communiquer. « En plus d’aider les parents à établir le mode de garde, il les aide à régler plein de détails : qui va acheter les vêtements, qui va prendre les rendez-vous chez le médecin, le dentiste? Qu’est-ce qu’on fait si l’enfant est chez maman le jour de la fête des Pères? Décider de ces petites choses à l’avance évite bien des chicanes plus tard », ajoute Lorraine Filion.

Quand la médiation ne suffit pas

Si les parents ne trouvent pas de terrain d’entente ensemble, un juge décidera de la garde à leur place. « C’est le meilleur intérêt de l’enfant qui guide la décision du juge », explique Me Claudia Prémont. Pour cela, il évalue différents aspects, comme l’âge de l’enfant, sa santé, sa relation avec chaque parent, la disponibilité des parents, leurs compétences parentales, etc. Il détermine ensuite une solution de garde adaptée à la situation particulière de l’enfant. »

Si le tout-petit est allaité, cela complique la décision du juge sur la garde. « Le juge tient compte du fait que l’enfant est allaité, indique Me Claudia Prémont. Cependant, une mère ne peut pas invoquer l’allaitement pour empêcher les contacts d’un père avec son enfant. »

L’avocate constate que certains parents insistent pour faire passer leurs intérêts avant ceux de leur enfant. « C’est dommage, car c’est le bien-être de l’enfant qui devrait compter le plus », dit-elle.

Garde exclusive ou partagée?

 Il y a deux types de garde : partagée ou exclusive. En garde partagée, l’enfant passe de 40 % à 60 % de son temps avec chaque parent (146 à 219 jours par année). En garde exclusive, il habite plus de 60 % de l’année (plus de 219 jours par année) chez un de ses parents.

Contrairement à ce que bien des gens pensent, la garde exclusive ne se limite pas au traditionnel « une fin de semaine sur deux chez papa et le reste du temps chez maman. » Ça pourrait être, par exemple, cinq jours chez l’un et deux chez l’autre.

 

Des exemples de garde
Pour en savoir plus sur les différents types de garde partagée, lisez notre texte À chacun son mode de garde. Plusieurs parents y expliquent comment ils se sont organisés avec leur ex-partenaire pour répondre aux besoins de leur enfant.

Un type de garde est-il meilleur que l’autre?

Que dit la recherche sur le type de garde et le bien-être de l’enfant? « On ne peut pas généraliser, car les situations familiales sont variées », répond Amandine Baude, qui a analysé plusieurs études sur le sujet lors de son postdoctorat en psychologie à l’Université Laval.

En fait, la qualité des pratiques parentales et de la relation entre les ex-conjoints a plus d’impact sur le bien-être des enfants que la garde elle-même, selon la chercheuse. « L’enfant a besoin de parents disponibles, sensibles à ses besoins, qui le protègent de leurs conflits et qui soutiennent sa relation avec l’autre parent », dit Amandine Baude.

La garde partagée est de plus en plus populaire, mais est-elle adaptée aux tout-petits? Difficile à dire, car les études sur les enfants en bas âge sont rares et elles se contredisent. La chercheuse Amandine Baude pense toutefois qu’une garde partagée peut être envisagée lorsque l’enfant a développé un lien d’attachement avec ses deux parents. « On a longtemps cru qu’un bébé avait cet attachement seulement pour sa mère. On sait maintenant qu’il s’attache à ses deux parents quand ces derniers s’occupent bien de lui. »

Dans la mesure du possible, un tout-petit devrait voir souvent ses deux parents.

Si la garde partagée est choisie, les tout-petits ne devraient pas être séparés longtemps de chaque parent, car ils n’ont pas la notion du temps et leur mémoire est immature. « Avant 3 ans, passer une semaine chez papa et une semaine chez maman en alternance, c’est trop long, estime Lorraine Filion. Il vaut mieux alterner tous les deux ou trois jours. » Cela permet au tout-petit de s’attacher à ses deux parents et de créer un lien durable avec chacun. Si l’enfant est en garde exclusive, il est bon qu’il voie souvent son autre parent, même si c’est pour de courtes périodes.

Changer la garde

Le temps passe, la situation évolue, l’enfant commence l’école… Un jour, les modalités de garde pourraient ne plus convenir. Pour conclure une nouvelle entente de garde, les parents disposent de 2,5 heures gratuites de médiation. Si les parents s’entendent, le processus est assez simple. Par contre, s’ils sont en désaccord, les choses se compliquent, car il faudra demander à un juge de trancher.

« Faire modifier la garde par un tribunal, ce n’est pas facile, souligne Me Claudia Prémont. Il faut qu’il y ait un changement important de la situation d’un des parents ou des besoins de l’enfant. Et il faut prouver que le nouvel arrangement est dans le meilleur intérêt de l’enfant, c’est-à-dire qu’il a un effet positif sur lui. Les choses sont beaucoup plus simples quand les parents sont capables de s’entendre à l’amiable! 

 

Quand un parent refuse de s’impliquer

Faut-il tenter de maintenir le lien avec l’enfant? Mieux vaut d’abord essayer de comprendre les raisons pour lesquelles un parent se retire, selon Lorraine Filion, travailleuse sociale et médiatrice familiale. Par exemple, un parent peut se décourager et se retirer parce que l’autre parent a du mal à lui faire de la place auprès de l’enfant ou veut que tout soit fait à sa manière. Accepter les différences dans la façon de s’occuper de l’enfant peut inciter l’autre à rester présent, selon elle.

Évidemment, d’autres raisons peuvent expliquer un refus de s’engager. « Proposer de temps en temps au parent de venir jouer avec son enfant permet parfois de garder le contact », observe Francyne Tessier, psychothérapeute au Réseau d’aide aux familles en transition. Le mieux, c’est de présenter cela comme une invitation, pas une obligation. » Toutefois, plus le temps passe, plus il peut être difficile pour un parent de reprendre contact avec son enfant.

 

Photos :
GettyImages/dariazu (en haut)
Maxim Morin (au centre)

 

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, novembre 2018
Recherche et rédaction :
Nathalie Vallerand
Révision scientifique :
François St-Père, psychologue et médiateur familial

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