Comment aider son enfant?

Comment aider son enfant?
Diverses stratégies peuvent aider votre tout-petit à devenir plus compétent avec ses émotions et celles des autres.

Diverses stratégies peuvent aider votre tout-petit à devenir plus compétent avec ses émotions et celles des autres. Et cela vaut autant pour les garçons que pour les filles.

1. Répondre à ses besoins. Un bébé ça pleure parfois beaucoup. Il est donc important de répondre à sa détresse en le réconfortant et de lui donner les soins appropriés. « S’il n’est pas réconforté, il pourrait vivre de l’insécurité, du stress et développer une faible estime de soi, indique Sylvain Coutu. Il lui sera ensuite plus difficile de réguler ses émotions et de se préoccuper de celles de son entourage. »

2. Donner l’exemple. Vous êtes un modèle pour votre enfant. Si vous vous efforcez de canaliser vos émotions, il aura tendance à faire de même. En revanche, difficile d’exiger qu’il cesse de piquer des colères si vous vous emportez au moindre pépin… Quand la situation s’y prête, vous pourriez, par exemple, exprimer à voix haute ce que vous faites pour vous sentir mieux quand quelque chose vous dérange : « Je suis déçue que Martine ne vienne pas souper, mais je vais regarder un bon film à la place. »

3. Mettre des mots sur les émotions. Quand Émilie a annoncé à sa famille qu’elle attendait un deuxième enfant, sa mère s’est mise à pleurer. Viviane, la fille d’Émilie, ne comprenait pas pourquoi grand-maman pleurait et avait l’air contente en même temps. Émilie lui a alors expliqué que, parfois, on est tellement heureux qu’on en pleure. Vous pourriez faire comme elle et nommer vos émotions et celles que vous observez chez votre enfant : « Je vois que tu es en colère parce que ton frère refuse de te prêter son camion », « Je suis triste parce que grand-papa est malade », etc. C’est bénéfique, car votre enfant apprend ainsi à verbaliser ce qu’il ressent. Et il n’est pas nécessaire d’attendre qu’il sache parler : vous pouvez commencer dès sa naissance. Il apprendra ainsi le vocabulaire des émotions en même temps que le langage!

Quand le parent est en colère
La vie de parent n’est pas toujours facile et il arrive qu’on perde patience. Si vous sentez la colère monter, le mieux est de vous retirer un moment avant d’exploser (en vous assurant que votre enfant est en sécurité). Sinon, vous risqueriez de le déstabiliser et de l’effrayer, en plus de lui faire vivre de l’insécurité, explique Nadia Gagnier.
Que faire, par contre, si vous vous êtes vraiment mis en colère? Il est souhaitable de vous excuser auprès de votre enfant et de revenir brièvement sur ce qui s’est passé. Par exemple : « Je me suis un peu trop fâché tout à l’heure. Je suis désolé. Je vais essayer de ne plus crier. » En agissant ainsi, vous devenez un modèle, car vous lui montrez comment se comporter quand on blesse quelqu’un.
Une stratégie pour diminuer vos accès de colère consiste à donner des limites claires et constantes à votre tout-petit. Nadia Gagnier explique : « Si vous manquez de constance dans l’application de limites ou si vous n’en donnez pas, votre réaction à son comportement peut varier selon votre état du moment. Quand vous êtes en forme, vous le laissez sauter sur le divan sans rien dire. Mais la journée où vous êtes fatigué ou de mauvaise humeur, vous vous emportez contre lui. L’enfant ne comprend plus rien et cela devient insécurisant pour lui. » C’est pourquoi il vaut mieux appliquer des limites claires et constantes en tout temps. Votre enfant sait alors qu’il est toujours interdit de sauter sur le divan. « Les limites lui procurent une sorte de mode d’emploi de ce qu’il peut faire. Cela le sécurise », conclut Nadia Gagnier.

4. Prendre ses émotions au sérieux. Il est bon de dire à votre enfant que vous comprenez qu’il puisse être triste, bouleversé, en colère ou jaloux dans telle ou telle situation. Il se sentira compris et réconforté. Il aura alors moins tendance à manifester ses émotions de manière inacceptable, par exemple en pinçant sa petite sœur que vous êtes en train de nourrir. Évidemment, si son comportement est inadéquat, il faut le lui dire.

Votre enfant reconnaîtra encore mieux les émotions si vous lui faites remarquer le langage corporel qui y est associé : sourcils froncés quand on est fâché, sourire quand on est content…

5. L’aider à reconnaître les émotions. « Quand je suis fâchée, je dis à mes filles de regarder mon visage et je leur demande si j’ai l’air fâchée, dit Stéphanie. Je veux qu’elles soient capables de voir sur le visage des gens ce qu’ils ressentent. » D’ailleurs, sa petite Auriane de 3 ans aime beaucoup essayer de deviner les émotions des personnages dans les livres. C’est une bonne idée, car savoir lire sur le visage facilite les relations sociales en permettant d’adapter son comportement à la situation.
La psychologue Nadia Gagnier suggère de profiter des moments où vous faites la lecture à votre enfant pour le faire parler des émotions vécues par les personnages. « Demandez-lui comment se sent tel ou tel personnage, ce qu’il pourrait faire pour être moins triste, pour avoir moins peur, etc. » Vous pouvez aussi créer un album des émotions avec votre enfant en découpant des visages variés dans les magazines.

6. Lui donner des trucs pour gérer ses émotions. Arthur, 3 ans, aime bien regarder les films de Kirikou. Mais il a peur de la sorcière. Alors, il se répète : « Elle est loin, la sorcière. Elle ne peut pas venir ici. » Ce sont ses parents qui lui ont appris à se rassurer ainsi. « Notre fils a aussi peur des monstres. Nous lui disons que les monstres ne peuvent pas venir dans la maison, car c’est une bulle d’amour. C’est une petite phrase qu’il peut utiliser au besoin. » Stéphanie, de son côté, rappelle à ses filles de prendre de grandes respirations quand la colère monte.

7. Lui apprendre à mieux exprimer sa colère. Erwan, 3 ans, a tendance à se mettre en colère quand Axel, son frère de 16 mois, se place devant la télévision ou détruit ses constructions. Pour prévenir ses colères, Gaëlle, sa maman, lui a appris à dire ce qui le dérange : « Non, Axel, tu caches la télé, recule » ; « Ne touche pas à mon circuit de train. » Elle lui a aussi suggéré de jouer sur une grande table, hors de portée de son petit frère. Pourquoi ne pas essayer, vous aussi, de fournir des stratégies à votre enfant pour prévenir ses frustrations habituelles? Vous pouvez aussi détourner son attention quand vous sentez sa colère monter. Stéphanie, pour sa part, essaie d’habituer ses filles à se retirer (dans leur chambre, par exemple) avant de piquer une colère.

Trop tard? Votre enfant hurle, se roule par terre, tape du pied? « Quand votre enfant fait une grosse crise, attendez que la tempête passe, conseille Nadia Gagnier. Si vous tentez de le raisonner, vous nourrissez la crise. » Et si vous haussez le ton, il criera plus fort, sans compter que vous risquez aussi de l’effrayer. L’idéal est de rester à proximité, de garder votre calme et d’attendre qu’il soit moins énervé. Ensuite, vous pouvez le serrer contre vous et le faire parler de ce qui l’a mis en colère. Mieux vaut toutefois ne pas céder, sinon il comprendra que la colère est un moyen efficace d’obtenir ce qu’il veut.

8. L’aider à développer son empathie. L’empathie, cette capacité à percevoir les sentiments et les émotions d’une autre personne et à se mettre à sa place, se développe vers 4 ans à 6 ans. Toutefois, les enfants peuvent commencer à poser des gestes empathiques bien avant, lorsqu’ils reconnaissent une émotion qu’ils ont déjà vécue chez une autre personne. « À 18 mois, certains consolent un ami en lui apportant un toutou ou en lui faisant un câlin », remarque Sylvain Coutu. Selon lui, il est important de valoriser les gestes d’empathie de votre tout-petit, car il démontre ainsi qu’il se préoccupe des autres. Il est souhaitable aussi d’attirer son attention sur les réactions des autres à son comportement. Il réalisera que ses actions peuvent avoir des conséquences sur eux et qu’ils peuvent éprouver d’autres besoins et d’autres envies que lui. Enfin, vous pouvez encourager votre enfant à faire plaisir à quelqu’un avec une petite attention (ex. : offrir un dessin à grand-papa et grand-maman, prêter un jouet à un ami…).

Différences culturelles et émotions

 Les émotions de l’enfant sont teintées par la culture dans laquelle il grandit. Prenez le dégoût, par exemple. Cette émotion est universelle, mais ce qui la provoque est influencé par des facteurs culturels. Si, en Amérique du Nord, une assiette de chenilles grillées ou de pattes de poulet suscitent à coup sûr le dégoût, ce n’est pas le cas ailleurs sur la planète. L’expression des émotions varie aussi selon les cultures. Dans certaines, il est mal vu d’exprimer ouvertement son chagrin en public, alors que dans d’autres, il est normal de pleurer à chaudes larmes à la vue de tous.

Mais s’il y a des différences dans l’expression des émotions selon le pays d’origine, il y en a aussi entre les familles d’une même culture. « Une famille, c’est une microculture », explique Nadia Gagnier. Chacune a ses valeurs, ses perceptions des situations, ses façons de faire. Tout cela a une influence sur les émotions.

Par exemple, si, dans certaines familles, on manifeste bruyamment sa joie ou son chagrin, dans d’autres, on est plus réservé. On remarque aussi des différences selon le sexe. En Amérique du Nord, les parents ont tendance à être plus tolérants envers la colère des garçons qu’envers celle des filles. Et ils acceptent davantage les pleurs des filles que ceux des garçons.

En tant que parent, il est donc important de prendre un temps d’arrêt pour analyser notre propre culture familiale. Permet-on vraiment à notre enfant d’exprimer toutes ses émotions, peu importe son sexe? Est-on capable d’accepter qu’il vive certaines émotions, même si on ne les comprend pas ou qu’on les trouve irrationnelles?

Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, février 2014
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Nathalie Parent, psychologue

Crédit photo : Maxim Morin

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