Quand l'attachement est plus difficile...

Quand l'attachement est plus difficile...

Si l’attachement est un processus naturel, certaines situations le rendent un peu plus compliqué. Par exemple, lorsqu’un bébé est malade ou lorsque ses parents ne sont pas capables de s’en occuper.

Si l’attachement est un processus naturel, certaines situations le rendent un peu plus compliqué. Par exemple, lorsqu’un bébé est malade ou lorsque ses parents ne sont pas capables de s’en occuper.

Magalie, 4 mois, est née avec des malformations pour lesquelles elle a déjà subi trois opérations. Ses parents, Nathalie et Alexendre, et son grand frère Marc-Antoine, 2 ans, n’ont jamais pu l’emmener à la maison. Et ils n’ont aucune idée du moment où ce grand jour arrivera.

Chaque jour, à tour de rôle, les parents vont voir leur fille qui les reconnaît même s’ils portent un masque. À leur arrivée, ses yeux s’illuminent. Tout ou presque se passe dans le regard. « J’ai l’impression qu’elle voit jusqu’au fond de mon âme, dit Alexendre. Elle sent aussi nos émotions. Si j’ai les yeux pleins d’eau, je vois de la tristesse dans les siens. »

Quand le personnel prépare Magalie pour une piqûre ou toute autre intervention médicale, les appareils indiquent que son petit coeur bat plus vite. Elle sait ce qui l’attend. « Elle serre alors très fort notre doigt et elle ne nous lâche pas des yeux. C’est ce qui nous fait penser qu’elle nous distingue du personnel médical et que nous sommes importants pour elle », espère Nathalie.

Le couple sait que la situation complique la formation du lien d’attachement. « Certains jours, son état de santé nous empêche de la prendre dans nos bras. Elle est intubée. Elle a mal, raconte la maman. Comment assurer notre rôle de parents protecteurs dans ces conditions? »

D’autres obstacles

Il y a aussi des fois où les parents n’ont pas la disponibilité nécessaire pour bien répondre aux besoins de leur bébé. Par exemple, la dépression ou toute autre maladie d’un parent, un deuil, la toxicomanie, la pauvreté, l’isolement social, la violence conjugale ou des conflits dans le couple... « Lorsqu’un parent ne va pas bien, il lui est très difficile de bien s’occuper de son enfant et de faire en sorte qu’il se sente en sécurité », souligne Johanne Lemieux, travailleuse sociale et psychothérapeute.

Parfois aussi, les parents ont des difficultés qui remontent à leur propre enfance. « S’ils ont été élevés dans une famille où leurs besoins étaient ignorés, ils risquent d’avoir du mal à comprendre les signaux de leur bébé et à répondre à ses besoins », explique George Tarabulsy, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval. Ils peuvent donc faire preuve de négligence ou de maltraitance à son endroit.

« Le bébé va s’attacher à ses parents ou à la personne qui s’en occupe, peu importe la qualité des soins, affirme Karine Dubois-Comtois, professeure au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières et psychologue en pédopsychiatrie à l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Toutefois, lorsqu’un enfant n’est pas certain de pouvoir compter sur ses parents, il vit de l’incertitude et de l’anxiété. Il développe alors un attachement qu’on dit insécurisant. »

Vous pouvez faire part de vos inquiétudes à votre entourage ou à un intervenant.

L’attachement se manifeste alors de différentes façons. Certains enfants sont toujours collés à leur parent et ont peur de s’en éloigner pour explorer leur environnement. Ils crient beaucoup et ils sont très difficiles à calmer. Souvent, ces enfants ont un parent imprévisible. Comme ils ne savent jamais à quoi s’attendre, ils restent à proximité dans l’espoir de recevoir de l’attention.

D’autres enfants, au contraire, expriment peu leur détresse et se tournent rarement vers leur parent lorsqu’ils vivent une difficulté. C’est le cas lorsque le parent est peu disponible émotivement pour son enfant et qu’il a tendance à ignorer ses demandes. L’enfant va préférer alors ne rien demander plutôt que de risquer de vivre un rejet. « Le tout-petit qui n’a pas un bon lien d’attachement a de la difficulté à contrôler ses émotions, indique Karine Dubois-Comtois. Il réagit plus fortement aux changements et il risque plus d’avoir des comportements agressifs. Il a aussi une moins bonne estime de soi. Tout cela peut lui causer, plus tard, des problèmes dans ses relations avec les autres. »

Est-ce que ça peut changer?

Heureusement, quand le contexte s’améliore, un meilleur attachement entre le parent et l’enfant peut se former. Cela pourrait être le cas, par exemple, lorsqu’une maman se remet d’une dépression et peut désormais mieux s’occuper de son bébé. Plus l’enfant est jeune, plus c’est facile pour lui de faire à nouveau confiance à l’adulte.

À l’inverse, plus il est âgé, plus le lien est difficile à réparer. C’est pourquoi les parents qui ont de la difficulté à prendre soin de leur enfant devraient demander rapidement de l’aide auprès d’un proche, d’un médecin ou du CLSC. Il existe divers programmes pour leur venir en aide. Il y a même, dans certaines régions, des formations pour apprendre aux parents à mieux comprendre leur enfant et répondre à ses besoins.

Des problèmes parfois très graves
Certains enfants qui ont un très mauvais départ dans la vie n’ont pas pu développer un lien d’attachement avec une personne significative. C’est parfois le cas de ceux qui ont été abandonnés à la naissance, qui ont vécu de la négligence grave, de la maltraitance ou encore des placements à répétition dans des familles d’accueil. Parce qu’ils n’ont pas reçu l’attention ni les soins qu’il leur fallait, ils sont alors plus à risque d’avoir des retards de développement et des problèmes de comportement. « Ces enfants posent un défi immense aux personnes qui en prennent soin, affirme Johanne Lemieux, travailleuse sociale et psychothérapeute. Il faut avoir beaucoup d’énergie, faire preuve de patience et souvent recourir à des services en pédopsychiatrie pour améliorer la situation. » Il arrive que ce manque d’attachement soit très difficile à réparer. On parle alors de « trouble d’attachement », un diagnostic posé par un psychiatre. « Cela se compare à un syndrome post-traumatique, car les relations affectives sont devenues une zone de mines pour l’enfant, illustre Johanne Lemieux. Il est presque incapable de s’attacher et de faire confiance, même aux parents d’accueil les plus aimants. »
Naitre et grandir.com

Source : magazine Naître et grandir, mars 2016
Recherche et rédaction : Nathalie Vallerand
Révision scientifique : Ellen Sheiner-Moss, professeure au Département de psychologie de l’UQAM et directrice du Centre d’études sur l’attachement et la famille

Photos : Alexendre Boislard, collection personnelle (en haut) et  iStock.com/Milos Stankovic (en bas)

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