Un enfant ne raisonne pas comme un adulte

Un enfant ne raisonne pas comme un adulte
Par Dr Nicolas Chevrier, Psychologue

La journée a commencé par un dessin au marqueur rouge sur le divan blanc. Le visage innocent d’Akira qui me regarde sans trop savoir pourquoi je suis fâché.

- Non, mais c’est pas possible, comment penses-tu que Papa se sent quand tu salis ses affaires? 
- Mais je voulais te faire un beau dessin. 

Avec cette réponse, je comprends qu’il a voulu bien faire et que ça ne me donnera rien de discuter avec lui. Je reviens donc rapidement à une règle comportementale, la règle selon laquelle la conséquence doit suivre un comportement dont on veut réduire la probabilité qu’il se reproduise.

- Va réfléchir dans ta chambre!

Dans un ancien blogue, je vous ai parlé de la loi antibacon. Cette loi a bien fait jaser! J’ai eu beaucoup de commentaires d’amis, et particulièrement d’amies enseignantes, qui m’ont remercié d’aborder ce sujet difficile pour certains parents. D’ailleurs, dans cette chronique, que je voulais droit au but, je n’ai pas abordé le réflexe qu’ont plusieurs parents d’utiliser la communication pour résoudre une crise ou un problème avec leur enfant.

En effet, j’ai eu beaucoup de commentaires du type : « On doit plutôt parler à notre enfant de ce qu’on ressent lorsqu’il fait une crise. » Plusieurs parents tentent donc d’avoir une conversation d’adulte avec leur enfant en colère. Or, ce type d’intervention est voué à l’échec.

Pourquoi? Parce qu’un enfant est un être humain en développement. Et ce développement inclut également un développement intellectuel qui se fait étapes par étapes, selon l’âge de l’enfant. Aussi, si je demande à un enfant de 4 ans de se mettre à ma place ou à la place de quelqu’un d’autre, il me dira qu’il comprend, mais par ses réponses on verra bien qu’il ne comprend pas. En fait, il n’a tout simplement pas encore la capacité intellectuelle de se mettre à la place de quelqu’un d’autre!

L’égocentrisme, une étape normale du développement

Pour illustrer mon propos, je vous invite à regarder cette vidéo (en anglais) qui relate l’expérience « des trois montagnes ».

Ce qui est frappant dans cette expérience, c’est l’incapacité de l’enfant de se mettre à la place de l’autre. C’est ce qu’on appelle l’égocentrisme. Or, l’égocentrisme est une caractéristique importante d’un stade spécifique du développement de l’enfant : le stade préopératoire. Cette étape du développement intellectuel se produit entre 3 ans et 7 ans. Si la pensée de l’enfant est égocentrique, c’est qu’il est intellectuellement incapable de se mettre à la place d’un autre individu. Il n’est simplement pas capable de déduire ce qu’un autre ressent, pense ou voit. Comme on le remarque dans la vidéo, le garçon de 8 ans n’a pas ce type de comportement.

Cet élément est très important dans le type d’intervention que l’on va faire avec l’enfant. On comprend ici qu’il est inutile de demander à l’enfant de se mettre à la place du parent ou de son ami. Il est donc préférable d’ignorer un comportement problématique plutôt que de tenter de faire comprendre à l’enfant pourquoi ce comportement est problématique.

Aussi, mon intervention avec Akira doit être basée sur une conséquence qu’il n’aimera pas afin de réduire la probabilité que le comportement se reproduise. Un moment de retrait dans sa chambre, accompagné d’un questionnement sur son comportement et de la suggestion du comportement attendu à sa sortie devient l’intervention privilégiée. Lui communiquer ce que je ressens dans cette situation est inutile, car il n’a pas la capacité de prédire les émotions ressenties par les autres. Par contre, il a la capacité de prédire la conséquence à son comportement. Et c’est en se basant sur ce dernier type de raisonnement que mon intervention sera efficace.

 

3 juillet 2012

Naître et grandir

Partager