Profession: cultivateur de petits yeux

Profession: cultivateur de petits yeux
Avez-vous remarqué, comme Jean-François Quessy, que les enfants ont les yeux branchés directement avec le cœur?

J’ai un boulot, quatre jours par semaine, pour lequel un employeur me verse un salaire. J’en ai un autre, sept jours par semaine, 365 jours par année, pour lequel ma paie n’est pas versée dans mon compte de banque, mais plutôt directement dans mon compte de cœur.

Oui, à temps plein et sans relâche, je suis un fier cultivateur de petits yeux!

S’il y a un point, biologiquement parlant, que tous les enfants semblent avoir en commun, c’est d’avoir les yeux branchés directement avec le cœur.

Voir et nourrir la lumière

Avez-vous déjà remarqué à quel point, lorsqu’ils sont heureux, lorsqu’ils sont impressionnés, lorsqu’ils se sentent en sécurité et aimés, leurs petits yeux se mettent à briller?

Je me suis rendu compte de cela avec mes garçons.

J’ai aussi remarqué que cette lumière brille particulièrement intensément dans un cas bien précis : lorsqu’ils sont fiers d’eux.

Vous avez déjà vu le regard d’un enfant qui vient de se dépasser? D’accomplir une tâche qui lui a demandé des efforts, de la concentration, qui a nécessité qu’il croie en lui pour y arriver?

Je suis convaincu que ça vous dit quelque chose. Que vous revoyez, dans votre tête, l’un de vos enfants ou un petit être qui vous est cher, avoir des feux d’artifice dans les yeux.

Apprendre à récolter

Être fier est un concept qui demande un certain apprentissage. Il peut être tentant de se comparer à autrui, aux meilleurs (il y en a toujours!) et de se dévaloriser. La capacité de faire une introspection, de prendre conscience de ce que nous avons accompli en fonction de nos forces, de nos faiblesses, du coffre à outils que nous avions pour y arriver se développe avec le temps.

J’essaie, jour après jour, d’aider mes enfants dans leur apprentissage de la fierté.

Évidemment, quand ils font de bons coups, je leur dis que je suis fier d’eux, c’est essentiel. Mais je leur explique pourquoi afin qu’ils saisissent bien l’origine de mon sentiment.

Complimenter un enfant est, somme toute, facile.

« Tu es beau, tu es belle, tu es bon, tu es bonne, je suis fier de toi », etc.

Je pense que le pourquoi est mille fois plus important que le compliment en soi.

Tu es belle parce que je t’ai vue aider la jeune fille qui s’était fait mal. Tu es bon parce que je sais que tu as travaillé très fort pour accomplir ce que tu as fait cet après-midi au lieu d’abandonner. Je suis fier de toi parce que tu as su garder ton calme au lieu de te mettre en colère.

Je suis un cultivateur de petits yeux : je sème les graines qui feront pousser la lumière dans le visage de mes enfants.

Je dois leur apprendre à les cultiver pour qu’ils puissent en faire la meilleure récolte possible.

 

Photo : GettyImages/SbytovaMN

Jean-François Quessy
Je suis un père passionné de deux garçons et je travaille comme thérapeute en relation d'aide.
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