Où est passé le bruit des enfants?

Où est passé le bruit des enfants?
Comment en sommes-nous venus à convaincre les parents que le bruit que font leurs enfants pouvait déranger?

Ma voisine d’en arrière, qui a deux jeunes enfants de 2 ans et 4 ans, est venue me prévenir qu’elle organisait une fête d’enfants le lendemain pour sa plus vieille. Elle venait en fait pour s’excuser du bruit que ça ferait « ...avec les cris des enfants et tout... ».

Le coeur m’a fendu en deux. Comment en sommes-nous venus à convaincre les parents que le bruit que leurs enfants font en étant des enfants pouvait déranger? Il n’y a que les mourants pour être incommodés par les bruits d’excitation des enfants! Et souvent, même eux sont ranimés par la présence d’un enfant qui ricane ou qui fait des grimaces.

Tous les matins, je marche 45 minutes avec mon chien, en faisant le tour de mon quartier. Construit autour d’une école primaire, il devrait être fourmillant de familles. J’ai fait la même promenade tout l’été, mais pas un seul matin je n’ai entendu de cris d’enfants. Aucun bruit.

Entre 8 h et 9 h le matin, il n’y a pas d’enfants dans la rue en train d’installer un but de hockey ni de ballon qui roule et traverse la rue. Aucune bande à vélo qui dévale en hurlant la côte du Chemin des Trente.

Pas un seul bruit d’enfant de tout l’été.

Où sont passés les enfants?

Même pendant les deux semaines de battement entre les camps de jour et la rentrée scolaire, il n’y a pas eu de bruits d’enfants dehors.

Pas d’enfants pour ruiner nos pelouses en jouant au ballon; pour s’écorcher les genoux dans une chute à vélo; pour courir dans la rue à la poursuite du ballon et se souvenir au dernier moment qu’il ne faut pas faire ça. Aucun cri de petite soeur que son frère fait exprès de faire pleurer; aucun « Juuuuuules! Lâche ta soeur! » exaspéré, lancé de la fenêtre par une mère occupée qui espère qu’elle n’aura pas à descendre.

Sans blague, où sont-ils?

Est-ce qu’on les a tellement bien dressés qu’ils ont appris à jouer sans bruit et à l’intérieur? Avons-nous fait de nos quartiers de banlieue des espaces si bien réglés que le précieux chaos qui vient avec une bande d’enfants qui ont du temps libre n’est plus possible?

Comment en sommes-nous arrivés à faire les gros yeux à la mère de deux enfants qui se disputent dans l’autobus, comme si ça ne faisait pas partie de la vie?

Combien d’enfants sont tenus serrés dans les endroits publics et réprimandés pour avoir fait du bruit qui n’est rien d’autre que le bruit normal de n’importe quel enfant?

On aura bien des années, seuls dans une chambre de CHSLD, pour vivre dans l’ordre et le silence. Pour aujourd’hui, s’il vous plaît, envoyez vos enfants jouer dehors jusqu’au souper. Qu’on les entende crier, rire, chanter, se disputer, s’encourager, ricaner, se rouler dans l’herbe, se faire mal et recommencer.

Offrez-nous le précieux cadeau du grand bruissement de la vie que rien ne peut remplacer : des enfants vivants.

 

Ce texte a été originalement publié sur le blogue de France Paradis.

 

Photo : GettyImages/Glandwr

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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