Ne peinture pas sur les murs, s'il te plaît

Ne peinture pas sur les murs, s'il te plaît
J’entends ce genre de phrase au moins une fois par semaine de la bouche d’un parent de jeune enfant.

J’entends ce genre de phrase au moins une fois par semaine de la bouche d’un parent de jeune enfant. Et je suis toujours renversée de voir qu’ils s’attendent vraiment à ce que l’enfant comprenne qu’on ne peinture pas sur les murs. Ils s’imaginent être doux et démontrer de la compassion en ajoutant un s’il te plaît. Mais ils ont tort.

Est-ce qu’ajouter « s’il te plaît » à une consigne donnée à un enfant transmet la politesse, la compassion? Non. Cela sème simplement la confusion : je formule une consigne… que je transforme en faveur dans la même phrase.

Quand j’utilise le s’il vous plaît, je demande exactement cela à l’enfant : est-ce que ça lui plairait de faire ceci ou cela pour moi? On utilise ce type de formulation quand la réponse est ouverte et qu’elle peut accepter ou refuser.

« Va mettre ton pyjama, s’il te plaît » n’est pas une consigne; c’est une demande que l’enfant peut refuser. Alors quand la petite n’y va pas, elle ne fait que vous faire savoir que, non, ça ne lui tente pas.

Même chose avec les formes interrogatives : « Va mettre ton pyjama, ok? » ou encore « Vas-tu mettre ton pyjama? » ou encore « C’est pas l’heure du pyjama? » Toutes ces formules sont une façon de demander si l’enfant est d’accord. Alors il ne faudra pas être surpris si l’enfant nous répond qu’elle n’est pas d’accord justement, en n’allant tout simplement pas mettre son pyjama. En général, les parents haussent alors le ton, et répètent la consigne en utilisant encore une formulation qui donne le choix : « Va mettre ton pyjama maintenant, s’il te plaît » Et l’enfant est de plus en plus confus. Il finira par comprendre ce que veulent dire les sourcils froncés et le changement de ton, mais sa lenteur n’est certainement pas due à sa simple mauvaise volonté.

Les consignes servent à indiquer ce qui doit être fait ou la façon de faire. Elles indiquent les règles. C’est pour cela qu’on les utilise avec les enfants, les élèves, les employés. Tout simplement parce qu’on les utilise quand il y a une obligation d’obtempérer.

On n’est pas plus gentil ou poli quand on formule nos consignes aux enfants en utilisant la forme interrogative ou en utilisant le s’il te plaît. On est simplement moins clair. Il y a beaucoup d’autres occasions où ces formes sont appropriées et marquent la politesse : Me passerais-tu le beurre s’il te plaît? Tu as terminé tes devoirs? Viens-tu avec moi chercher ta sœur? Je veux bien un café, s’il te plaît.

S’il n’y a pas de place pour d’autres options que de faire ce qu’on lui demande de faire, alors on sera plus clair et plus cohérent en le demandant de façon affirmative : Va mettre ton pyjama. Tu fermes la télé dans cinq minutes. Arrête d’agacer ton frère. Ne lance pas ta nourriture. On ne peinture pas sur les murs.

Et, de grâce, arrêtons de dire merci aux enfants quand ils font ce qu’on leur dit de faire et ce qu’on attend d’eux. On peut certainement leur dire que nous apprécions le fait qu’ils soient obéissants ou à leur affaire. On peut les féliciter de réagir promptement aux consignes. On peut les complimenter sur leur attitude. Mais on sème encore la confusion quand on les remercie d’avoir simplement fait ce qu’il fallait qu’ils fassent.

Suivre les règles et les consignes, ce n’est pas faire une faveur à ses parents.

 

Ce texte a été originalement publié sur le blogue de France Paradis.

 

Photo : iStock.com/Bojan Zivkovic

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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