Mon enfant, mon miroir

Mon enfant, mon miroir
Par Solène Bourque, Psychoéducatrice
Ça m’a pris du temps à comprendre ce qui me chicotait quand j’intervenais avec mon fils. Ma petite boule d’émotions brutes était mon miroir sur bien des aspects.

Ça m’a pris quelques années à mettre le doigt sur ce qui me chicotait quand j’intervenais avec mon petit loup.

Ça avait été si facile avec ma grande choupinette, de deux ans son aînée. Oui, bien sûr, il y a eu des moments où j’avais vécu de l’exaspération comme maman, comme on en vit tous. Elle avait eu un « terrible two » court, mais très intense qui m’avait fait réagir plus que je ne l’aurais souhaité. Mais la plupart du temps, je me sentais une bonne maman. Tout coulait, tout était simple.

Puis, est arrivé dans ma vie ce petit bonhomme tout en intensité. Qui riait aux éclats quand il était heureux. Mais qui pouvait créer un tsunami sur son passage quand les choses ne se passaient pas comme il l’avait imaginé.

Au début, je me disais que c’était probablement parce qu’il était bien différent de sa sœur. Ou encore que c’était tout simplement normal que je me sente dépassée par moments avec deux enfants en bas âge.

Les belles stratégies d’intervention de psychoéducatrice prenaient le bord avec lui. Il n’y avait pas grand-chose qui fonctionnait. Son papa était en fait beaucoup plus habile que moi pour le calmer. Et, oui, ça me faisait réagir, je l’avoue. Ça faisait presque 15 ans que je travaillais avec de jeunes enfants. Pourquoi il venait me chercher autant?

Puis un jour, j’ai compris.

Mon petit loup avait hérité d’une bonne partie de ma fougue et de ma passion… pour le meilleur et pour le pire! Ma petite boule d’émotions brutes était mon miroir sur bien des aspects. Et c’était ça qui faisait que c’était si difficile pour moi d’interagir avec lui, dans les moments moins heureux de sa vie, du moins.

À partir du moment où j’ai pris conscience de ces ressemblances, j’ai décidé de miser sur le côté positif de tout ça. Après tout, n’étais-je pas la meilleure personne pour l’aider à mettre des mots sur ses émotions? À le guider pour trouver ses solutions, en me basant sur ce qui fonctionnait bien pour moi?

On s’aimait déjà très fort, lui et moi. Mais un pas à la fois, on s’est apprivoisés différemment.

Avant de me dire qu’il réagissait trop fort à des situations que je jugeais futiles, je réfléchissais à ce qui me faisait moi, vivre des émotions négatives intenses. C’était très souvent des trucs sur lesquels je n’avais pas le contrôle. Qui ne s’étaient pas passé comme je l’avais imaginé.

Alors, j’ai appris à nommer avec mon petit loup : « Tu es déçu, n’est-ce pas? Tu aurais voulu que ça se passe différemment. » Et graduellement, au fil des semaines et des mois, l’intensité de ses colères a diminué. Et notre relation s’est grandement améliorée.

Un jour, pendant une discussion au souper, il devait avoir à peu près 6 ans, Fiston m’a dit : « On se ressemble toi et moi. Des fois, on aimerait bien ne pas s’en faire avec la vie, mais c’est plus fort que nous, hein, maman? »

Lui aussi venait de comprendre. Bien des années plus tard, il reste mon petit bonhomme entier, passionné et sensible. Mais on a maintenant appris tous les deux à tirer le meilleur profit de cette intensité qui nous unit.

 

Photo : GettyImages/Nadezhda1906

Solène Bourque, Psychoéducatrice
Psychoéducatrice et auteure, j'œuvre dans le domaine de l'intervention et de l'éducation depuis plus de 20 ans. Je suis aussi la maman de deux grands enfants.
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