Mensonge ou fantaisie d’enfant?

Mensonge ou fantaisie d’enfant?
Par Dr Nicolas Chevrier, Psychologue
 -  Papa, Toshiro m’a tapée.

-   Ah oui? Comment ça?

-   Toshiro voulait me prendre Dora, ma meilleure amie…

-   Et puis?

-  J’ai dit NON et il m’a tapée pour prendre Dora!

Toshiro a bientôt 11 ans. Doux comme un agneau, il a une patience infinie avec sa sœur. Même lorsqu’elle ferme sa console de jeux vidéo juste avant qu’il termine un niveau difficile ou lorsqu’elle brise un de ses modèles en blocs  Lego, il est toujours d’un calme olympien. Il m’est donc apparu improbable qu’il tape sa sœur pour lui prendre « Dora, sa meilleure amie »!

Leeloo a maintenant 2 ans et demi. Or, à ce stade de son développement intellectuel, il est difficile pour elle de faire la différence entre la réalité et la fantaisie. Cette période est tellement importante, qu’un chercheur en psychologie est arrivé à la conclusion que plus les enfants « mentent » lors de cette période, plus on remarque plus tard chez eux une intelligence développée.

Puisque l’enfant en bas âge vit parmi les amis imaginaires - des interactions avec des dragons qui attaquent la maison ou des amies princesses qui viennent prendre le thé en chantant à tue-tête -, on comprend que pour notre enfant, la notion de mensonge est bien élastique. Pour comprendre ce qu’est un mensonge, l’enfant doit d’abord savoir assez clairement ce qu’est la réalité. Il faut qu’il puisse faire la différence entre la réalité et ce qu’il souhaite que soit la réalité.

L’enfant commence à être conscient qu’il ment à partir de 5 ans, mais le concept de mensonge n’est pas aussi clair pour lui que pour un adulte. La différence entre la fantaisie et le réel se précise davantage à partir de 7 ans.

Comment réagir?

Lorsqu’elle s’ennuie, Leeloo s’imagine qu’Elza et Anna viennent prendre le thé dans la tente qui est posée dans sa chambre. Il est donc difficile de s’attendre à ce que la même petite fille qui a fait tomber un bibelot fragile ne souhaite pas plutôt ne pas avoir fait tomber ce bibelot lorsqu’elle voit notre réaction!

Or, si on veut bien comprendre le point de vue de notre enfant dans ces situations, il importe de garder en tête qu’il est très difficile pour lui de faire la différence entre un événement qui s’est produit et un événement imaginé. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on dit qu’il est très important de porter une attention particulière aux peurs infantiles, particulièrement les peurs de monstres et les peurs du noir (peurs qui devraient disparaître après 6-7 ans).

Ce que nous pouvons interpréter comme un mensonge n’est souvent que le résultat du rapport un peu élastique qu’ont les tout-petits avec la réalité. Il importe que cette compréhension se reflète également dans notre intervention. La meilleure façon d’intervenir est certainement en utilisant la perception de l’enfant par l’humour.

- Est-ce qu’il a également tenté de te voler Babouche? Parce que Babouche, il sait jouer au soccer et Toshiro aime bien jouer au soccer...

- Tu es sûr que ce n’est pas Dora qui s’est sauvée pour aller voir Toshiro? Peut-être que Dora est amoureuse de ton frère?

Une fois la situation désamorcée, on peut gentiment recadrer la réalité avec l’enfant. Par contre, il est inutile de punir un enfant pour un mensonge à cet âge. Puisqu’il n’a pas de contrôle sur la limite entre le réel et l’imaginaire, la punition ne fait que lui envoyer un message selon lequel il est inadéquat et cela sans qu’il sache pourquoi.

On doit également garder en tête que les parents sont parfois aussi de piètres modèles, comme me l’a déjà fait remarquer Akira, 6 ans.

-  Je ne  sais pas c’est qui le plus menteur entre vous et moi quand j’entends vos histoires de fée des dents et de père Noël...

Il a bien sûr terminé sa soirée dans sa chambre, mais en redescendant les escaliers, je me disais qu’il avait probablement raison.

Je l’imaginais me faire le geste qu’il n’a pas osé faire : « Cassé »!

 

5 aout 2014

Naître et grandir

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