Il y a quelques années, on m’a diagnostiqué une dépression. J’ai longuement attendu avant d’aborder le sujet. La force me manquait.« On m’a diagnostiqué une dépression. » J’aurai mis des mois avant d’être capable d’écrire cette phrase publiquement. Au début de ma dépression, je n’en menais pas large! Les mois ont passé, j’ai pris soin de moi. Dès que je me suis sentie suffisamment solide, j’en ai parlé dans l’espace public.
J’ai souvent voulu aborder le sujet ici, car je sais qu’il peut toucher bien des parents. Mais je ne m’en sentais pas la force. Je n’avais pas l’énergie nécessaire pour recevoir vos confidences. Je n’avais pas le recul nécessaire pour en parler correctement.
La dépression s’est invitée lentement dans mon quotidien. J’étais de plus en plus impatiente. J’angoissais à la moindre décision que je devais prendre. J’oubliais des rendez-vous, je perdais des objets. Je commençais à vouloir m’isoler. Un matin, en préparation pour l’école et la garderie, j’ai piqué une colère monstre à mes enfants parce qu’ils lambinaient. Ça a été mon déclic : voir la peur et l’incompréhension dans leurs yeux.
Après avoir reconduit tout le monde, je suis rentrée à la maison et j’ai pleuré. Je ne voulais pas être cette mère qui monte toujours le ton. Je ne me reconnaissais plus.
J’en ai parlé à mon conjoint. Lui pensait que j’étais simplement fatiguée. Les nuits sont rarement tranquilles avec quatre merveilleux enfants. Mais moi, je savais. Je savais qu’il y avait plus que la fatigue, que la charge mentale ou que le stress d’être à la tête d’une famille nombreuse.
Puisque la dépression est une maladie mentale, les enfants ont eu de la difficulté à saisir ce qui se passait. Pas de plâtre, pas de nez qui coule, pas de boutons! Ma grande fille, à force de me voir prendre des médicaments, s’est même inquiétée : « Maman, est-ce qu’on peut mourir d’une dépression? Pourquoi tu guéris pas? » De son point de vue, un rhume est évacué en une semaine, la gastro en quelques jours… et là j’étais malade depuis des mois. Je n’avais pas réalisé l’impact, l’angoisse que ça créait chez mes petits.
Mon état a affecté notre quotidien. Je faisais des siestes avec les plus jeunes. Papa cuisinait beaucoup plus souvent. C’est à cette période de ma vie que j’ai recommencé la pratique d’un passe-temps-juste-pour-moi. L’adaptation n’a pas toujours été facile pour mes enfants.
Si vous êtes dans une situation similaire, je vous encourage à en parler à une personne de confiance ou à votre médecin. De l’aide existe et vous méritez de vous sentir mieux.
Mise à jour le 8 septembre 2025
Publiée originalement le 4 avril 2018
Photo : GettyImages/Rolart Studio