Leur parler d'horreur?

Leur parler d'horreur?
Par Josée Bournival, Auteure, animatrice et blogueuse
Il y a bien des horreurs, dans notre vie d’adulte, qu’on préférerait éviter aux petits.

Les évènements tragiques de Québec ont marqué tout le monde. Les petits comme les grands. Au lendemain du drame, sur mon fil Facebook, de nombreux parents se demandaient, et se demandent encore, comment aborder le sujet avec leurs enfants.

Dans les cours d’école, certains amis abreuvaient les autres de détails surprenants, parfois farfelus, quelques fois troublants. Ici, il m’a fallu remettre les pendules à l’heure. Expliquer. Rassurer.

J’étais jeune adolescente pendant la guerre du Golfe en 1990. Je me rappelle encore la discussion que j’ai eue avec ma mère sur le sujet. J’avais peur que la guerre débarque chez nous, alors qu’elle se déroulait à des milliers de kilomètres. J’imagine à peine les angoisses de mes enfants qui entendent qu’une fusillade a eu lieu dans notre province.

Il y a bien des horreurs, dans notre vie d’adulte, qu’on préférerait éviter aux petits. Mon amoureux et moi nous interdisons toujours de parler des catastrophes mondiales ou de la guerre devant nos enfants. Nous n’écoutons pas non plus les bulletins télévisés en présence des filles. On y voit trop de sang, trop de violence. Je ne crois pas utile que mes enfants y soient exposés. Lors des réunions de famille, nous n’hésitons pas à demander aux autres de changer de sujet si les oreilles de nos enfants sont à proximité.

Je regarde parfois certains parents éduquer leurs enfants d’âge préscolaire aux réalités mondiales comme la pauvreté, la guerre, les enjeux politiques. Je suis fascinée. Je suis peut-être lâche ou idéaliste, mais je préfère leur montrer les beautés de notre monde. Bien assez vite, ils auront à subir les horreurs de l’humanité. Je préfère que leur petite enfance soit construite du chant des oiseaux et de la douceur de la crème glacée.

Cela ne veut pas dire qu’ils ne savent rien de ces réalités. Disons que je choisis les informations à leur donner et que je les donne au compte-gouttes.

Mais il n’y a pas que les horreurs passant aux nouvelles qui sont pénibles à résumer aux enfants : une séparation, un deuil, un déménagement… Bien des choix parentaux, bien des évènements de la vie quotidienne sont difficiles à expliquer aux petits.

Pour ma part, ça aura été la fausse-couche. Clémentine avait 3 ans et demi. Juste assez grande pour s’y intéresser, pas encore assez mature pour bien comprendre. Elle m’en a posé des questions! Plusieurs m’ont franchement embêtée. J’aurais su quoi dire à un adulte sur le sujet, mais à une fillette de 3 ans… Lorsque j’étais sur le point d’accoucher de Blanche, l’année suivante, elle m’en parlait encore.

 

31 janvier 2017

Naître et grandir

Photo : GettyImages/Matt_Brown

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