Les premières fois

Les premières fois
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste

istock_000008860882xsmallJe me souviens encore du premier kiwi que j’ai mangé. J’avais 8 ou 9 ans. Je me faisais garder chez ma voisine Marie-Paule. Ce n’était pas un fruit très connu dans les années 80. Pas en Abitibi en tout cas. Pas chez moi, du moins. J’ai hésité une fraction de seconde devant l’inconnu, mais ma curiosité et ma soif d’héroïsme m’ont poussée à goûter. J’exagère avec mon héroïsme vous pensez? Quand on est 3 sœurs qui nous retrouvons devant un drôle de fruit velu et qu’on est celle qui se sacrifie à jouer le cobaye pour les deux autres, on a bien le droit de s’en faire accroire! Je n’ai jamais eu de médaille d’honneur pour ça, mais j’ai eu un coup de foudre par exemple! Je crois que c’est grâce à ce kiwi bien précis si les aliments inconnus qui m’ont été présentés par la suite ont suscité autant d’intérêt chez moi. Non mais, quelles expériences fabuleuses m’attendaient encore?!

Durant toute mon enfance, j’ai appris à aimer et à manger ce qu’on m’offrait. C’était parfois plus long qu’avec le kiwi, mais avec le temps, j’apprivoisais la majorité des aliments qu’on me présentait. Par contre, je n’avais aucune idée de ce qui se trouvait au-delà de ces frontières. C’est ainsi que je me souviens avoir goûté mon premier tofu à 15 ans, mon premier poivron rouge à 17 ans, ma première olive noire à environ 20 ans, et mon premier fromage de chèvre à presque 25 ans!

Pour diverses raisons, c’est ailleurs que chez moi que j’ai vécu ces premières expériences. Du tofu? Premièrement, c’est quoi? Et deuxièmement, qu’est-ce qu’on fait avec ça? Les poivrons de couleur coûtaient pas mal plus cher que les verts, et la qualité des légumes frais laissait parfois à désirer dans notre petite contrée lointaine. Ma mère était parfaitement heureuse avec du fromage cheddar ou mozzarella, l’idée ne lui était pas venue d’essayer autre chose, dont du fromage de chèvre. Les olives, ma mère n’a tout simplement jamais aimé ça.

Bref, pour des raisons de prix, de connaissances, de disponibilité et de préférences alimentaires, certains aliments se sont taillés une place dans notre menu familial alors que d’autres ont été évincés ou ignorés.

istock_000004863338xsmallC’est pareil dans toutes les familles et ça me fait réfléchir comme maman. Quels goûts, quelles préférences et quelles habitudes suis-je en train de façonner chez mes enfants? Quelles frontières suis-je en train de leur dessiner? J’ai l’impression que je leur offre une alimentation variée, mais est-ce vraiment le cas?

Au quotidien, pour ne pas dire dans la course du quotidien, on a tendance à acheter et à préparer les mêmes aliments souvent. C’est plus simple à planifier, plus rapide à préparer et plus facile à faire apprécier. Et puis, même si on déploie plus d’énergie pour sortir de nos propres sentiers battus, on choisit tout de même des aliments qu’on aime déjà. Ce n’est pas évident d’ouvrir les horizons de nos enfants pour des aliments envers lesquels nous sommes nous-mêmes fermés.

Mes enfants n’ont jamais mangé de foie, de rognons, de cœur ni de cervelle. J’en n’ai jamais préparés, car je n’aime pas les abats. Je ne leur donne peut-être pas la chance d’apprécier ces aliments, mais en revanche, je leur permettrai, dans 20 ou 30 ans, de se souvenir d’une première fois eux aussi!

Et vous, quels aliments avez-vous découverts tard? Y a-t-il des aliments que vos enfants n’ont pas eu l’occasion de goûter?

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
Toutes les chroniques de l'auteur