Leçon d'anniversaire

Leçon d'anniversaire
Les finances de Chantal et Maxime sont plutôt serrées. Mais leur fille ne sait rien de cela. Excitée, elle imagine déjà sa fête d’anniversaire…

Les finances de Chantal et Maxime sont plutôt serrées. Mais Mathilde ne sait rien de cela. Excitée par ses 8 ans qui s’en viennent, elle imagine déjà sa fête d’anniversaire. On ira toutes au cinéma? Ou alors, plutôt le zoo! Peut-être un magicien?

Quelqu’un peut m’expliquer comment nous en sommes arrivés à des fêtes d’anniversaires qui, à l’instar des Jeux olympiques, ne cessent de voir leur budget s’enfler sans limites d’une fois à l’autre?

Neuf ou dix entrées au zoo? Ouf! Le cinéma est moins cher, mais il faut ajouter le gâteau, les décorations, les sacs à surprises. Chantal n’avait pas envie d’être celle qui dirait non à toutes les demandes de sa petite, mais elle ne voyait vraiment pas comment faire autrement.

Un beau défi

C’est Maxime qui a eu l’idée de génie. Changeant de tactique, il a déclaré à Mathilde qu’elle pourrait prendre toutes les décisions concernant son anniversaire, à condition de respecter le budget, c’est-à-dire 50 $. Ses parents l’aideraient bien sûr à évaluer le coût de ses idées. Mais ce serait à Mathilde de prendre les décisions. Beau défi pour l’enfant… mais peut-être encore plus pour ses parents!

La liste de tout ce que Mathilde souhaitait comptait deux colonnes : à droite les options et à gauche leur prix. Ainsi, elle pouvait faire un gâteau maison pour 3,50 $ ou acheter un gâteau à la pâtisserie pour 25 $. Aller au cinéma? Huit dollars le billet et un autre 8 $ pour le pop-corn et la boisson.

Quand le découragement a saisi la petite, Chantal a rappelé à Mathilde qu’il y a toujours d’autres options. Elle pouvait inviter moins d’amies. Ou alors, choisir de ne pas offrir de friandises. Après plus de calculs encore, Mathilde a réalisé qu’elle pouvait inviter plus d’amies si elle organisait une soirée pyjama à la maison pendant laquelle elles écouteraient un film en mangeant du pop-corn maison.

C’est là que le moment le plus délicat pour Chantal et Maxime est arrivé : laisser Mathilde décider. Son choix, pas celui de maman ou papa; et basé sur un budget précis. Prendre une décision à 8 ans et voir ses parents la reconnaître et la respecter injecte une puissante dose de confiance dans son jugement.

Les choix de Mathilde

Finalement, Mathilde a choisi un anniversaire à la maison avec un beau gâteau de la pâtisserie. Chantal trouvait que le gâteau maison était un meilleur choix, mais elle a eu la sagesse de ne rien dire et de respecter la décision de Mathilde. La petite a d’ailleurs laissé tomber les serviettes, assiettes, verres et banderoles aux couleurs coordonnées, « une folle dépense » (les propres mots de Mathilde!).

Quand Mathilde a jugé inutile de dépenser pour offrir des sacs à surprises à ses amies, Chantal a eu un terrible pincement. Allait-elle être la première mère à ne pas remettre de sacs à surprises aux jeunes invitées? Sa fille allait-elle être montrée du doigt par son groupe d’amies? Elle lui a donc rappelé qu’elle-même aimait bien en recevoir un quand elle allait à une fête, non? Mathilde a reconnu la chose.

Elle a bien réfléchi et a décidé de fabriquer elle-même des sacs à surprises avec des morceaux de tissus, décorés avec des empiècements de formes rigolotes. Elle a ramassé plusieurs petits personnages jouets dont elle ne se servait plus et d’autres petits articles peu utilisés, mais en bon état, qu’elle a déposés dans un grand bol à l’entrée. Avec les 5 $ restants, elle a fait le plein de trucs au magasin à 1 $. Au moment du départ, ses invitées ont pigé dans le bol pour remplir leur petit sac.

Loin d’être déçues, les filles ont adoré l’originalité des sacs à surprises « écologique »! Maxime a pavoisé en déclarant que leur fille venait de changer le cours de l’histoire des fêtes gonflables d’enfant. Tout fier de sa fille, il a fait imprimer les meilleures photos de la fête et les enfants ont eu la belle surprise d’en recevoir chacune trois le lendemain, dans une carte dessinée à la main.

Tout ça grâce à un trop petit budget pour réaliser ses rêves et un peu d’audace…

 

Ce texte a été originalement publié sur le blogue de  France Paradis.

Photo : GettyImages/mediaphotos

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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