Le dilemme de la circoncision

Le dilemme de la circoncision
Par Dre Taz, Omnipraticienne

Comme c’est étonnant qu’un aussi petit bout de peau - considéré comme inutile, voire nuisible pour plusieurs,  puisse causer tant de remous!

 Pourtant, c’est bien 60 000 pédiatres, par l’entremise de l’American Academy of Pediatrics (AAP), qui se sont prononcés sur la question de la circoncision, il y a quelques semaines à peine, après une réflexion basée sur une multitude d’études.

L’AAP affirmait en 1999 et réaffirmait en 2005 qu’il n’y avait ni avantage ni désavantage à procéder à une circoncision ou non. Cette association sérieuse revient sur sa neutralité pour conclure maintenant qu’il y a des bénéfices clairs à l’ablation du prépuce :

  • Réduction du risque de souffrir d’une infection urinaire dans la première année de vie.
  • Réduction du risque plus tard de contracter le VIH, la syphilis, le virus du papillome humain (VPH)  et l’herpès génital.
  • Réduction du risque de cancer cervical chez les partenaires sexuelles.
  • Réduction du risque de contracter un cancer du pénis.


Ces avantages outrepasseraient les risques, jugés minimes, reliés à la procédure technique elle-même, soit les dangers d’hémorragie et d’infection. Précisons que l’AAP joint à sa publication un rapport détaillé quant à la façon que la circoncision devrait être exécutée.

Par contre, l’AAP ne va pas jusqu’à formellement recommander d’emblée la circoncision chez tout nouveau-né mâle. Elle ne juge pas non plus cette pratique essentielle à la santé des bébés garçon. Elle se permet par contre de suggérer que cette chirurgie soit offerte gratuitement ou couverte par les assurances médicales.

Ces déclarations provoquent évidemment un débat féroce. Du côté des « procirconcision », on y voit une mesure de prévention, au même titre que la vaccination, par exemple. On murmure que la circoncision devrait être un geste systématique chez tous les bébés garçons.

Du côté des « anticirconcision », on affirme que les conclusions sur lesquelles reposent ces allégations sont biaisées. Les études seraient majoritairement menées en Afrique (donc peu représentatives des populations occidentales). Ou encore, on aurait fait fi des circoncisions traumatiques, tant physiquement que psychologiquement. On n’aborderait pas non plus la possibilité d’une altération de la santé sexuelle ultérieure. On voit dans la circoncision un geste non éthique et une violation de l’intégrité physique au même titre que les mutilations génitales de la femme.

Je devine déjà votre curiosité et vois poindre vos questions : « Et vous, Dre Taz, qu’en pensez-vous? Et vos fistons? »

Vous savez quoi? Mon avis importe peu.

La circoncision est un geste pour lequel l’argument médical a finalement peu d’impact. Il implique souvent des convictions religieuses, des impératifs culturels et des traditions familiales. Il faut aussi prendre en considération que si vous voulez laisser Fiston prendre lui-même sa décision à l’âge de raison, il sera probablement déjà sexuellement actif  et très peu à risque d’infections urinaires. Plus la circoncision est entreprise tard, moins les bénéfices médicaux sont importants. Ce qui revient à dire que la décision appartient aux parents.

En tant que médecin, je suis un peu plus soulagée de savoir que mes patients qui font le choix de procéder à la circoncision ne courent pas de risque inutile a priori.  Je pense que la circoncision, comme tout sujet délicat concernant sa progéniture, doit être discutée avant l’arrivée de bébé, et je serai contente de le faire d’un point de vue scientifique. Mais tout le reste est de votre ressort, quoi qu’il soit advenu du prépuce de mes fistons...

Et vous, que pensez-vous de ce débat?

 

 

 

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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