La saison des bleus

La saison des bleus
Par Josée Bournival, Auteure, animatrice et blogueuse
Je suis moins mère poule avec les années. Mais quand ce relâchement occasionne une blessure, je me demande toujours si je joue correctement mon rôle de mère.

Comme parent, il est impossible d’être insensible à la douleur que ressentent nos enfants. Autant la douleur psychologique que physique. On la prendrait pour soi si ça pouvait leur éviter de souffrir.

Chaque âge apporte son lot de petits et grands maux, mais il y a une période que j’ai particulièrement trouvé éprouvante : cet âge où les bambins commencent à marcher et à vouloir explorer alors qu’ils ne maîtrisent pas encore leur corps. J’ai surnommé cette période « la saison des bleus ».

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai consolé mon fils. Il tentait de se lever debout en s’agrippant aux meubles et chutait face première au sol. Ses deux incisives inférieures lui infligeaient des blessures à chaque fois. Sa lèvre supérieure se fendait immanquablement.

Quand ce n’était pas une blessure dans la bouche, c’était une ecchymose qui lui décorait le front. Un bloc de bois est si vite arrivé quand on ne contrôle pas encore les lois de la gravité.

Parfois, j’étais tentée d’éloigner tout objet solide. D’entourer mon fils de livres en tissu, de blocs en mousse et de toutous moelleux. Mais mon garçon aimait le bruit de sa voiture de bois qu’il frappait contre le plancher. Il préférait manipuler les Legos Duplo plutôt que Sophie la Girafe. Assoyez-le sur un tapis en mousse et il se déplaçait sur le béton du patio.

Même chose pour Clémentine qui marchait debout à 9 mois et qui grimpait sur tout. Ou encore Blanche qui avait une passion démesurée pour monter une marche et la débouler l’instant suivant. Il n’y a que ma Simone qui, fidèle à sa nature, observait son environnement et prenait mille précautions avant de poser un geste.

Vous souvenez-vous du film Bubble Boy? Le héros, un petit garçon, vivait constamment dans une bulle de protection. Souvent, j’aurais voulu en installer une autour de mes bébés.

Je suis moins mère poule avec les années. Mais quand ce relâchement occasionne une blessure, je me demande toujours si je joue correctement mon rôle de mère. Est-ce que j’aurais dû rappeler d’être prudent? Est-ce que j’aurais dû choisir un autre sport? Ou est-ce que ce bobo est bon pour mon enfant, pour développer de nouvelles habiletés et connaissances? La ligne est parfois difficile à tracer…

La « saison des bleus » est une période que je n’aime pas. Mais entre un bobo d’estime de soi et une égratignure au genou, je pense que je préfère soigner le genou. Du moins, il me semble que c’est plus facile.

Mise à jour le 6 août 2025
Publiée originalement le 28 juillet 2016

Naître et grandir

Photo : GettyImages/miniseries

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