La culpabilité du deuxième enfant

La culpabilité du deuxième enfant
On m’a récemment fait parvenir un courriel d’une maman un peu découragée. Cette maman est encore dans sa lune de miel avec son premier bébé de 12 mois. Mais, surprise, elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte.

On m’a récemment fait parvenir un courriel d’une maman un peu découragée. Cette maman (que j’appellerai Marie) est encore dans sa lune de miel avec son premier bébé de 12 mois. Mais, surprise, elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte! Elle a l’impression que cette nouvelle grossesse vient trop vite… Elle s’inquiète pour sa fille et elle se sent coupable de vivre autant d’émotions négatives alors qu’elle devrait se sentir heureuse. Bref, cette situation lui cause un début de grossesse difficile et elle se sent bien seule.

La bonne nouvelle pour commencer : Marie, vous êtes loin d’être une extra-terrestre ou une mère indigne. Le phénomène de la « culpabilité du deuxième enfant » est bien connu des psychologues. En fait, il semble qu’une majorité de mamans vivront de la culpabilité lors de leur deuxième grossesse. Quand on y pense, il est bien normal de se sentir protecteur de son premier enfant, car c’est un des aspects importants du rôle de parent. Les besoins de base de notre enfant de 12 mois sont encore très importants. La majorité du temps des parents est encore consacrée à les combler. Conséquemment, pour certains, concevoir comment continuer à prendre soin adéquatement du plus vieux alors qu’on sera très occupé avec le deuxième est bien difficile.

Gardez en tête une chose bien importante : le temps passe vite. Quand on y pense, le nouveau bébé de Marie arrivera lorsque sa fille aura 21 mois. Les soins que l’on doit donner à l’enfant de 21 mois ne sont pas les mêmes que ceux que l’on donne à un enfant de 12 mois. Les seuls qui en pâtissent vraiment, ce sont les parents. De même, n’oubliez pas que vous serez bien plus efficace avec votre deuxième enfant qu’avec votre premier, expérience oblige!

Marie se préoccupe également de l’impact que la seconde grossesse aura sur son premier enfant. À un si jeune âge, l’enfant devrait s’y adapter facilement tant que ses besoins de base restent entièrement comblés. Bien sûr, pour certains enfants, l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur peut être vécue difficilement. Mais il s’agit aussi d’une occasion de vivre pleinement ce que veut dire le mot famille. Il est aussi bien de garder en tête tous les avantages que tirera un enfant d’avoir un ami, un complice de son âge, et cela pour toute la vie.

L’adaptation du premier enfant peut d’ailleurs débuter avant l’accouchement. Papa pourrait prendre graduellement en charge les tâches ou les activités qu’il devra faire avec lui après l’accouchement. Par exemple, si c’est principalement Marie qui lit une histoire avant le dodo, son conjoint pourrait commencer à le faire plus souvent dès maintenant. Toutefois, Marie peut se réserver du temps de qualité stable avec sa fille à des moments qu’elle pourra maintenir même après l’arrivée du nouveau bébé.

Finalement, chères mamans, même si vous avez en ce moment l’impression que vous ne pourrez jamais aimer quelqu’un autant que votre premier enfant, détrompez-vous. Au début d’une grossesse, il peut être difficile d’aimer d’emblée un bébé sans le connaître, sans être capable de lui attribuer un visage, un caractère et même un sexe. Même si on a déjà un premier enfant, le bébé à naître reste malgré tout encore abstrait. La première échographie sera souvent un déclencheur d’attachement. Dès lors, les émotions que l’on ressent à l’égard du nouveau bébé seront plus importantes. Certains attendent avec impatience de lui voir le visage. Ce fut le cas pour moi. Dès que c’est fait, l’attachement vient plus facilement.

En fait, je crois que la meilleure chose à dire aux mamans qui se sentent coupables est qu’elles doivent se faire confiance, ne jamais arrêter de croire qu’elles sont de bonnes mamans et être patientes, car la culpabilité du deuxième enfant, c’est un peu comme un bon film américain : on vit beaucoup d’émotions durant le film, mais ça finit toujours bien…

 

Photo: iStock.com/RapidEye

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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