COVID-19: les Olympiques du stress

COVID-19: les Olympiques du stress
En raison du coronavirus, chaque individu fait face à une situation de stress de niveau olympique! Nicolas Chevrier, psychologue, explique comment gérer ce stress.

Je suis sûr qu’en début d’année vous ne pensiez jamais participer aux Jeux olympiques. Eh bien, voilà, sans donner notre consentement éclairé, l’humanité a été projetée dans une des plus grandes expériences d’adaptation. Chaque individu fait face à une situation de stress de niveau olympique!

Je me permets de vous rappeler les ingrédients d’une situation qui peut provoquer du stress, les ingrédients du CINÉ.

  • La perception que l’on n’a pas assez de contrôle sur une situation, pas assez de contrôle pour rencontrer nos objectifs. Par exemple, être disponible seulement 4 heures par jour pour le travail, perdre son emploi dans un contexte où nous ne pouvons même pas en chercher un nouveau, ne pas avoir assez à manger pour toute la semaine et ne pas pouvoir sortir, etc.
  • L’imprévisibilité dans une situation. Un événement imprévu vient modifier notre planification. On a qu’à penser au télétravail avec les enfants, la fermeture soudaine des commerces et entreprises, ne plus avoir de contacts avec les grands-parents…
  • Autre ingrédient, la nouveauté. Nous ressentons du stress lorsque nous faisons face à une situation nouvelle. En effet, la situation actuelle est nouvelle et sans précédent. Par exemple, pensons au fait de devoir approfondir nos connaissances informatiques afin de s’assurer du bon fonctionnement de notre équipement ou bien occuper nos enfants une journée complète tout en travaillant.
  • Finalement, la situation implique une menace à l’égo, l’égo étant défini comme l’image de soi. Ce que les autres perçoivent de nous, personnellement, professionnellement, et notre perception de nous-mêmes.

En ce moment, plusieurs ont l’impression que la situation, devenue catastrophique pour eux, le sera pour longtemps. Malheureusement, on ne le sait pas.

Il y a autant d’arguments qui tendent vers une reprise rapide de la vie normale dans une dizaine de semaines que d’arguments catastrophiques qui peuvent activer notre CINÉ. Pensons à une perte d’emploi, une perte de revenu, des projets qui tombent à l’eau, des étapes importantes qui sont mises sur pause, comme un déménagement, une séparation, une adoption, une visite de la famille à l’étranger, etc.

Aussi, ces dernières semaines, pour chacun d’entre nous, les quatre ingrédients CINÉ étaient présents à différents niveaux. Il est donc normal que nous ayons tous vécu du stress dans la dernière semaine aussi. Ce sera également le cas dans les prochaines semaines avec le confinement qui se prolonge. Nous allons tous vivre du stress.

Neutraliser le stress

Alors, tentons d’identifier les ingrédients du stress et de les neutraliser.

  1. Comment pouvons-nous nous donner un peu plus de contrôle dans cette situation?
  2. Comment neutraliser le plus possible les imprévus au quotidien?
  3. Comment développer de nouveaux apprentissages pour faire face à ces nouvelles situations?
  4. Comment faire pour préserver l’image que nous avons de nous-mêmes, de nos compétences professionnelles et personnelles?

Posons-nous ces questions au jour le jour et tentons de neutraliser les ingrédients un par un. Par contre, c’est très important de prendre conscience que nous ne pourrons pas les neutraliser tous.

Faisons l’exercice avec le confinement. Nous pouvons ainsi constater pourquoi c’est stressant.

  • Avons-nous l’impression d’avoir le contrôle sur la situation? Non, personne ne sait quand ça va se terminer et quand nous pourrons reprendre nos activités normalement.
  • Est-ce imprévisible? C’est dur d’être plus imprévisible que ça. Ce fut si soudain que bien des effets personnels et du matériel scolaire sont restés dans les garderies et écoles.
  • Est-ce nouveau? Tout à fait, personne n’a jamais vécu un confinement de cette ampleur.
  • Est-ce que notre égo est menacé? Pour certains, ça peut être le cas (perte d’emploi, mise en pause de la carrière). Pour d’autres, ce sera moins menaçant.

Comprendre notre réaction de stress est le premier réflexe et le plus important. Il nous permet de normaliser cette réaction. Et de nous dire que notre réaction est extraordinaire, car nous sommes dans une situation extraordinaire.

Dans ces Olympiques du stress, la situation est tellement extrême que nous allons devoir également accepter la limite de notre contrôle. Beaucoup de choses sont hors de notre contrôle et ça inclut le nombre de semaines que nous serons confinés. Commençons donc par cela : accepter qu’on ne sache pas combien de temps ça va durer et nous donner comme objectif de simplement faire de notre mieux avec ce qu’on a comme ressource chaque jour.

La cérémonie d’ouverture a été assez spectaculaire, espérons que les jeux se dérouleront rondement.

D’ailleurs, je vous propose de devenir votre coach pour ces jeux. Je vous attends les prochaines semaines avec des textes pour vous aider dans la gestion du stress. Ensemble, on va faire face à l’incertitude…

Photo : GettyImage/Kerkez