3 mythes tenaces sur le cerveau des élèves

3 mythes tenaces sur le cerveau des élèves
Par Julie Fortier, Rédactrice en chef, Naître et grandir
Vous avez souvent entendu et répété que vous appreniez mieux en mode visuel qu’auditif? Saviez-vous que c’est un neuromythe?

Plus jeune, vous avez souvent entendu et répété que vous appreniez mieux en mode visuel qu’auditif (ou l’inverse)? Saviez-vous que c’est une fausse croyance sur le cerveau, un neuromythe? Grâce à l’explosion des recherches sur le cerveau, la science a démontré que plusieurs énoncés de ce genre ne tiennent plus la route aujourd’hui.

Malgré tout, des neuromythes se retrouvent encore aujourd’hui dans plusieurs livres sur l’éducation ainsi que dans des formations données dans le milieu de l’enseignement, déplore Steve Masson, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM.

Dans un sondage publié en 2019, et mené auprès de 972 enseignants québécois, un pourcentage élevé de répondants affirmait être en accord avec plusieurs neuromythes. Toutefois, le taux d’adhésion aux mythes sur le cerveau serait moins élevé ici qu’ailleurs dans le monde.

Cet écart pourrait s’expliquer entre autres par le fait qu’au Québec le sujet fait l’objet de sensibilisation par des experts comme Steve Masson. D’ailleurs, dans sa conférence intitulée « Mieux connaître les mythes sur le fonctionnement du cerveau pour mieux enseigner », il rectifie les neuromythes à la lumière des plus récentes études.

En voici trois parmi les plus tenaces sur le cerveau des élèves.

1- Elle est auditive, il est visuel

C’est probablement la croyance la plus répandue sur le cerveau des élèves : penser qu’un enfant apprendra mieux si l’enseignement est adapté à son style d’apprentissage (visuel, auditif ou kinesthésique).

Ce que dit la recherche : un élève peut effectivement avoir une préférence pour un enseignement plus visuel, auditif ou kinesthésique. Toutefois, les études ont démontré qu’il n’aura pas de meilleurs résultats si la matière enseignée est présentée selon son style d’apprentissage préféré. Des chercheurs ont d’ailleurs conclu que les preuves scientifiques n’étaient pas suffisantes pour justifier le recours à cette théorie en éducation.

Ces résultats ne veulent toutefois pas dire qu’il ne faut pas varier les façons d’enseigner, met en garde Steve Masson. Au contraire, soutient-il, il est bénéfique pour les enfants d’être exposés à des manières différentes de présenter l’information en classe. Il est toutefois faux de croire que certains élèves apprennent mieux en mode visuel ou auditif.

2- Son cerveau droit est plus fort que son cerveau gauche

Votre enfant est un artiste et vous avez vu sur les réseaux sociaux que c’est parce que son cerveau droit est plus développé? On associe souvent le cerveau droit à la créativité et le cerveau gauche à la logique. Il arrive donc que cette façon de voir le cerveau soit utilisée pour expliquer que certains élèves sont meilleurs en mathématiques et d’autres en arts plastiques, par exemple.

Ce que dit la recherche : les études en neurosciences n’ont pas permis d’observer qu’une personne pouvait être plus « cerveau droit » que « cerveau gauche » puisque personne n’est complètement logique ou complètement créatif.

Bien sûr, certains élèves ont plus de facilité en mathématiques ou en français, alors que d’autres ont de meilleures habiletés artistiques. Il faut alors voir la notion de cerveau gauche et droit « comme une métaphore » et non comme un fait puisqu’il n’y a pas de preuve scientifique qu’un hémisphère est plus dominant qu’un autre, soutient Steve Masson. Il faut donc se méfier des approches pédagogiques cherchant, par exemple, à équilibrer les activités académiques pour que les deux hémisphères soient stimulés, ajoute-t-il.

3- Il existe plusieurs types d’intelligence

Très populaire dans les années 1980-1990, la théorie des intelligences multiples a particulièrement retenu l’attention du milieu de l’éducation puisqu’elle prétend qu’un enfant peut avoir plusieurs types d’intelligence (verbale, mathématique, corporelle, musicale, etc.). Il suffit d’ailleurs de faire une recherche rapide sur le web pour voir qu’étonnamment, près de 40 ans plus tard, cette théorie est encore populaire.

Ce que dit la recherche : plusieurs études se sont penchées sur cette idée des intelligences multiples depuis le début des années 2000. La conclusion est la même : c’est un neuromythe, il n’existe pas différentes formes d’intelligence.

Et l’intelligence émotionnelle?
Ayant vu le jour dans les années 1990, ce concept est lui aussi encore très populaire aujourd’hui, notamment dans le monde du travail, mais également dans celui de l’éducation. Comme dans le cas des intelligences multiples, l’intelligence émotionnelle ne repose sur aucun fondement scientifique et sa définition en fait un concept très élastique.

Le principal problème de cette théorie, ont constaté les chercheurs, est que la définition du mot « talent » a été appliquée au mot « intelligence ». Il en ressort donc une définition de l’intelligence assez floue. De plus, cette théorie repose sur une vieille conception de l’intelligence, souligne Steve Masson.

Le clou dans le cercueil : le père fondateur des intelligences multiples, Howard Gardner, a lui-même admis dans un ouvrage scientifique que sa théorie n’était plus valide aujourd’hui, de même que la liste des intelligences qu’il a élaborée.

Selon Steve Masson, pour combattre ces mythes, il est important de les connaître, de se questionner sur la valeur scientifique des références présentées et de toujours faire preuve d’esprit critique.

 

Références

 

Mise à jour le 26 mai 2022
Publiée originalement le 9 mai 2017

Naître et grandir

Photo : GettyImages/vgajic

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