«T'as ben l'air fatigué!»

«T'as ben l'air fatigué!»
D’où vous vient cette manie de me sortir, lorsque vous me voyez, la remarque récurrente : « Ouh… Ça va bien? Il me semble que t’as l’air fatigué? »

D’où vous vient cette manie de me sortir, lorsque vous me voyez, la remarque récurrente : « Ouh… Ça va bien? Il me semble que t’as l’air fatigué? »

Vous utilisez souvent ce commentaire comme entrée en matière. De la même façon que lorsque vous parlez de météo avec le commis du dépanneur. Vous semblez oublier que c’est de moi dont il est question!

Oui, je suis ce que j’ai l’air

Pourtant, vous visez juste : je suis à moitié mort. Nul besoin de me passer la remarque. Je me la fais moi-même chaque matin en regardant le mort-vivant qui se tient debout devant mon miroir et qui essaie tant bien que mal de se faire un semblant de beauté avant de partir au bureau.

Ben oui, je suis fatigué. Je suis TRÈS fatigué. Je suis crevé!

Si aucun enfant ne se réveillait avant que mon cadran sonne, ça me donnerait peut-être une chance. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. À vrai dire, je ne me souviens même plus la dernière fois où j’ai eu la « chance » d’entendre retentir mon alarme. Il n’y a pas si longtemps, ce son-là me faisait rager au plus haut point. Aujourd’hui, je passe mes nuits à rêver que j’aurai le privilège de me faire réveiller par sa douce mélodie!

Puis je me lève, prêt à recommencer une autre journée de marathonien.

En gérant les enfants, les besoins du chien, les déjeuners, les lunchs, les dents, la garderie, le boulot, le patron, l’aller-retour à l’épicerie, les devoirs, le ménage, le lavage, le souper, le bain et l’ensemble de la vie d’un parent.

Et à la fin de tout ça, j’atterris sur le sofa et je suis incapable d’empêcher mes paupières de se fermer devant l’émission que j’ai pourtant eu hâte de regarder tout au long de la journée.

Aidez-moi ou passez votre tour

Dites-moi encore que j’ai l’air fatigué, mais simplement si vous êtes ouverts à ce que je vous donne l’heure juste. Seulement si vous voulez vraiment savoir comment je vais, en dedans.

Posez-moi la question si vous pouvez faire quelque chose et si vous avez l’intention de m’aider. Sinon, abstenez-vous. Je ne ferai que me sentir moche davantage.

Comme d’habitude, je vais remonter la pente. Et demain devrait être une meilleure journée…

 

Jean-François Quessy est aussi l’auteur du blogue  Un gars, un père.

 

Photo : GettyImages/vasakna

Jean-François Quessy
Je suis un père passionné de deux garçons et je travaille comme thérapeute en relation d'aide.
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