Déconfiner l'autonomie

Déconfiner l'autonomie
1 mai 2020
« C’est là que le déclic s’est fait. Malgré ce que nous vivons, avec ses bas, j’avais trouvé un haut. » Témoignage de Keven Beauregard, papa de deux garçons.

Déjà plusieurs semaines passées à la maison sans trop connaître la suite à cette crise. Plusieurs jours passés sans la routine pressante du matin et du soir.

Récemment, mon aîné voulait que je lui montre comment faire son sandwich préféré : un pain grillé avec un oeuf cuit au micro-ondes et une tranche de fromage. Mon gars, c’est un épicurien. Bref, j’ai dit OK! Mais ce OK se voulait un « OK, je vais te montrer ça, mais ça ne va pas niaiser ». Un OK d’avant confinement.

Et puis, on a commencé. Il jasait, me racontait ses anecdotes (souvent interminables) en même temps. J’allais lui dire « OK, concentre-toi, arrête de niaiser », mais j’ai freiné. Pourquoi lui aurais-je dit ça? J’allais faire quoi, dans 5 minutes, qui m’empêcherait de l’écouter et de le laisser faire à sa façon?

C’est là que le déclic s’est fait. Malgré ce que nous vivons, avec ses bas, j’avais trouvé un haut.

J’en ai donc profité pour faire passer l’indépendance et l’autonomie en 3e vitesse. Bon, à 5 ans, ce n’est pas si évident, mais à 8 ans, c’est le temps d’apprendre quelques trucs de base. On a le temps présentement de se tromper sans se demander si ça va nous mettre en retard quelque part. Le quelque part se retrouve souvent entre la chambre et le salon, de toute façon.

Et la beauté avec l’autonomie, c’est qu’elle est contagieuse. Mon plus jeune veut lui aussi faire son pain et ne fait aucune différence entre celui que je lui fais, bien beurré, et le sien, tout déchiré. La seule différence, c’est qu’il peut désormais manger son déjeuner à 6h30 sans déranger personne!

Non seulement cette autonomie est contagieuse, elle est sacrément virulente. Quelle ne fut pas ma surprise, l’autre jour en revenant de courir, de voir ce petit bout d’homme de 5 ans ramasser sans chialer sa gaffe dans la cuisine et me dire lorsque je lui propose mon aide : « non, papa, c’est correct. C’est moi qui ai fait la gaffe, je vais ramasser le dégât. » YOU GO BOY! Et le lendemain, revenant d’une autre course (ouin, je cours beaucoup ces temps-ci), je le vois nettoyer un pinceau qu’il venait d’utiliser pour faire un bricolage. Il avait tout sorti lui-même et s’apprêtait à tout ranger lui-même.

L’ennui, l’autonomie et la réalité crue. Mes gars ont été transférés de force à l’école de la vie depuis deux mois et, mine de rien, ils en sortiront équipés de nouveaux outils!

Dans ce long creux de vague, tentons de trouver des hauts.

 

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Photo : GettyImages/SolStock

Fier Père
Je suis Keven Beauregard, fier père de 2 garçons qui tente, tant bien que mal, de transformer l'ordinaire en extraordinaire! Des fois, ça fonctionne.
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Commentaires (3)

  1. Anaïs 3 mai 2020 à 12 h 11 min
    Merci Kevin pour cette analyse toute en douceur, perspicacité et... Optimisme. C'est vrai que, à bientôt 2 mois de confinement, on se demande comment va se passer la suite... J'avoue que parfois, je me demande même comment on faisait avant! Ici, en France, on en sort officiellement le 11 mai prochain... A voir comment ça se passe avec les petits bouts. (3 ans et demi /10 mois) Bon courage a vous et à votre petite famille.... Et beaucoup de beaux et bons sandwich 😉
  2. Julie Bordeleau 3 mai 2020 à 23 h 43 min
    Merci pour cette analyse! Tellement vrai! On dit que c'est le moment de se réinventer? Ben voilà!
  3. Eve 4 mai 2020 à 10 h 45 min
    Je partage cette réflexion avec toi! Notre fille de presque 4 ans a fait un bond de géant autant dans l'autonomie que sa maturité. Elle se trouve des passe-temps, contribue aux tâches avec grand enthousiasme, fait de plus en plus de choses par elle-même, nomme et gère aussi ses émotions de plus en plus sans notre aide. Remarque, je ne suis pas surprise! Les recherches en développement de l'enfant démontrent depuis longtemps que la présence des parents est cruciale au développement de l'enfant sur tous les plans (cognitif, affectif, moteur, sensoriel) et peut être autant bénéfique que catastrophique pour l'enfant, dépendamment du comportement adopté par le parent. Ton témoignage révèle aussi (et surtout) que tes fils grandissent dans un maison remplie d'amour, d'affection, de respect et de complicité. Félicitations! Ça demande beaucoup de travail personnel et avec les autres pour installer un environnement propice à l'épanouissement. Ce n'est pas le cas pour toutes les familles malheureusement, peu importe les raisons... Alors merci :) Rappelons aussi que les enfants sont des apprenants actifs... Ils interagissent activement avec leur environnement et le contexte et peuvent s'adapter plus facilement que les adultes puisque leurs schémas (vision du monde) sont presque vierges. En temps de crise, nos enfants sont une source d'inspiration pour les comportements que nous pouvons nous-mêmes adopter.... D'ailleurs, s'ils sont si aptes au changement et à la transformation, ne devrions-nous pas l'être aussi? Au sortir du confinement, nos enfants auront grandi... Et nous??

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