Devrais-je encourager mon enfant à «bien parler»?

Devrais-je encourager mon enfant à «bien parler»?
Par Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
13 janvier 2020
Accompagner son enfant dans le développement de son langage n’est pas synonyme de lui montrer à « bien parler ». Marie-Ève Bergeron-Gaudin, orthophoniste explique.

Tout le monde se fait une idée plus ou moins précise de ce qu’est « bien parler ». Les expressions de l’un et les régionalismes de l’autre font parfois sourciller ou d’autres fois sourire.

Pourquoi est-ce que je parle de cela? Parce qu’accompagner son enfant dans le développement de sa communication et de son langage n’est pas synonyme de lui montrer à « bien parler ». L’apprentissage du langage suit des étapes bien documentées dans la littérature scientifique. Le « bien parler » relève d’une perception propre à chacun.

À l’époque où j’assurais le suivi d’enfants à titre d’orthophoniste, plusieurs parents qui utilisaient une expression plus populaire dans une conversation me disaient à la blague : « Je vais faire attention, je suis quand même avec une orthophoniste! » Ce à quoi je répondais : « Si tout le monde le dit, ça se dit! »

Au fond, parler, c’est simplement utiliser la façon de s’exprimer dans laquelle on baigne. Affirmer qu’ « icitte » ou « en dessour » sont des exemples de « mal parler » relève du jugement et n’est pas objectif. Le meilleur exemple pour mettre en évidence ce fait est qu’à l’époque de Louis XIV, il fallait dire « moé » et non « moi » pour bien s’exprimer. Comme quoi, tout est relatif!

Au-delà des impressions

L’important pour le tout-petit est d’être exposé souvent à la langue qu’il apprend dans des interactions significatives pour lui. Celui-ci gagne à entendre plusieurs mots de vocabulaire pour les apprendre. Il a aussi avantage à entendre des phrases bien structurées pour pouvoir en venir à comprendre et à exprimer le même type de phrases.

Rendu là, s’il formule des phrases comme « A mange un biscuit » ou « J’peux tu aller dehors? », il ne s’agit absolument pas de difficultés de langage. C’est plutôt le reflet de la façon la plus courante de s’exprimer autour de lui. Rien ne sert donc de s’attarder à reformuler ce type de phrases pour l’enfant. Il est beaucoup plus efficace de reformuler les vraies erreurs, comme lorsque l’enfant dit « J’ai pris le camion de le garçon » au lieu « du garçon ». (Cette erreur est souvent produite longtemps!)

Les enfants qui ont des difficultés de langage peuvent être dépistés sur la base de certaines observations. En aucun cas leur façon de parler le français ou leur accent régional ne sont considérés dans l’équation. D’ailleurs, les variations dans la façon de parler le français sont observables à l’échelle planétaire, chez tous les francophones! Il n’y a pas d’expressions ou de mots plus beaux objectivement. Mieux vaut donc se concentrer sur le plaisir de se parler et de se comprendre!

 

Photo : GettyImages/sturti

Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
À la fois orthophoniste et maman, je vous parle dans mes mots du développement de la communication et du langage de mes deux enfants.
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Commentaires (9)

  1. Lise Ouellette 17 janvier 2020 à 10 h 04 min
    Cet article me rassure finalement. Devant mes petits-enfants qui eux disent "toi, moi, ici" je reprenais toujours mon mari qui lui dit plus souvent "moé, toé, icitte". Je n'aurai pas à toujours le reprendre. C'est sûr que c'est plus beau mais étant donné que dans notre génération les gens font usage de ces mots. Comme vous dites dans l'article, c'est mieux de s'attarder aux vraies erreurs. Sur ce, je vous souhaite une belle journée.
  2. Marie-Ève B-Gaudin 21 janvier 2020 à 10 h 07 min
    Merci de ce témoignage. C'est une bonne remarque: les façons de s'exprimer varient aussi d'une génération à l'autre. Et le plus important reste en effet les bons moments à échanger avec les petits-enfants :) Au plaisir!
  3. Louane 21 janvier 2020 à 07 h 11 min
    Intéressante réflexion. Mais je ne suis absolument pas d'accord avec vous. Il existe plusieurs niveaux de langage et il est bien plus facile de passer du littéraire (disons) au "populaire que l'inverse. Et que dire de la qualité de l'écriture d'un enfant qui généralement suit d'assez près son parler. Un enfant qui apprend d'abord à dire "ici", pourra sans problème et facilement dire "icitte" lorsqu'il se retrouvera en situation informelle. Mais il ne cherchera pas ses mots en entrevue ou dans une présentation orale parce que ce qui lui vient naturellement à l'esprit est "je peux tu". Son cerveau aura d'abord appris la bonne structure. En passant, "Moé" n'est pas inscrit dans le dictionnaire encore, indépendamment de ce que pourrait en dire Louis XIV... J'habite à l'étranger pour l'instant et je vois comment la francophonie est riche d'expressions diverses. Mais maitriser sa langue passe par un bon parler. Il ne s'agit pas de ceci dans votre article, mais de laisser passer du "moé" pis "toé" sous prétexte qu'on "parle de même".... dites-moi, seriez-vous aussi flexible si on parlait du langage utilisé par une enseignant ou d'un enseignant?
  4. Marie-Ève B-Gaudin 21 janvier 2020 à 10 h 14 min
    Bonjour Louane, je comprends ce que vous dites et je sais aussi que vous n'êtes pas la seule à avoir cette opinion, que je respecte tout à fait. Si je me réfère à ce que j'observe chez mes propres enfants, je note qu'ils sont exposés à une grande diversité de modèle langagiers, à la fois à l'école et dans leur réseau social, et je trouve cela très riche. Merci pour le partage de votre opinion, qui apporte aussi une richesse aux échanges. Bonne suite à vous :)
  5. Corinne 21 janvier 2020 à 10 h 29 min
    Je suis tout à fait d'accord avec vous Louane, "Qui peut le plus peut le moins" mais l'inverse ne fonctionne pas, alors je ne suis pas vraiment d'accord avec cet article, mieux vaut viser un langage correct dès le début ! Pour ma part, je reprends systématiquement mon fils depuis qu'il parle, juste en reformulant, et à 4 ans et demi, il s'exprime bien en faisant très peu de fautes, quand beaucoup de ses camarades ont encore un discours très basique et difficile à comprendre. Ce qui ne l'empêche pas d'acquérir aussi les gros mots de l'école et les expressions locales...!
  6. Marie 21 janvier 2020 à 11 h 22 min
    Je suis tout à fait d'accord avec vous Louane et vraiment pas en accord avec cet article ! Leur apprendre à parler un français "littéraire", c'est un service que l'on rend à nos enfants pour quand ils seront grands. La diversité est enrichissante et délicieuse : le vocabulaire doit refléter le milieu dans lequel vivent les enfants ! Mais je pense qu'il est vraiment important d'être exigeant avec eux sur la grammaire : pour moi il est normal de reprendre mon fils s'il me dit "je va à la toilette" ou "c'est moi qui s'en occupe" :)
  7. Morin 22 janvier 2020 à 18 h 45 min
    Tellement d’accord!
  8. Maria 23 janvier 2020 à 07 h 16 min
    Entièrement en accord avec Louane. Je suis issue de l’immigration, j’ai 34 ans et je suis un enfant de la Loi 101 et je peux vous dire que d’adapter et apprendre un vocabulaire tel qu’enseigné à l'école est de mise pour la sphère professionnelle et académique. Mon conjoint est « Québécois de souche » et je l’invite souvent à utiliser et enseigner les termes adéquats à notre enfant (donc, pas de moé, icitte ou d’anglicismes) car éventuellement ça viendra avec les amis et autres réseaux. La base est importante. Si c’est bien fait, de manière adaptée et adéquate au niveau de l’enfant, comme le reste, ça ne devrait pas générer d’anxiété ou affecter l’estime de l’enfant. La parcimonie et le jugement sont de mise comme dans toutes les situations.
  9. Mariana 22 janvier 2020 à 14 h 24 min
    Je comprends comme les derniers commentaires qu'il puisse être bien de faire attention à le langage utilisé...mais est-ce que ça veut dire qu'on doit dire a notre enfant grand-papa parle mal, c'est pas de sa faute... Je crois surtout que l'essentiel ici c'est de vérifier que notre enfant n'aie pas de problème de language... Un enfant qu'on reprend sans cesse peut aussi par défaut et bien malgré lui développer de l'anxiété tout court ou une anxiété de performance.... Oui bien apprendre à parler à mon enfant mais pas au point de changer mon élocution ou celle de mon entourage pour m'assurer qu'il ne se fera pas reprendre plus tard... Je ne crois pas... Il faut je crois apprendre à son enfant a bien parler mais dans le plaisir de la chose... Un enfant en bas âge apprend en jouant... Si on passe son temps à le reprendre il perd le réel plaisir d'apprendre et risque d'associer l'apprentissage au stress dès son plus jeune âge... Les enfants sont des éponges... Ils absorbent tout mais ne comprennent pas tout...chose certaine si sa les stress de toujours se faire reprendre ou remettre à l'ordre ils ne sauront vous dire que sa les angoisse... Est-ce que vous exigez de vos enfants qui apprennent à peine à marcher de faire leur lit en se levant et de ranger leur chambre , sûrement pas...donc une petite victoire à la fois je crois serait plus capital !!! Lire ici que je ne juge personne... On est tous humain, on veut après tout, ce qu'il y a de mieux pour nos enfants... mais n'oublions pas que ce sont des enfants et qu'ils ont droit à leur enfance !!!

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