Le deuil de mon frère

Le deuil de mon frère
7 mars 2019
Avec ses propres mots, à la fois touchants et inspirants, Alexis, 17 ans, nous raconte le deuil de son frère.

Alexis Beauregard-Lemire, un jeune homme de 17 ans, nous a écrit récemment pour nous offrir ce témoignage très touchant. Nous avons été impressionnés par sa plume. Nous vous laissons découvrir par vous-mêmes. Il a gentiment accepté que nous publiions son texte.

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En 2008, j’avais 7 ans et j’étais enfant unique. J’étais aussi très proche des deux enfants de mon beau-père et avec grand bonheur cette année-là, je suis devenu le grand frère d’un petit garçon. Une nouvelle que j’attendais depuis toujours!

Dans les faits, c’était mon demi-frère, mais je n’ai jamais aimé ce mot. Nous avions le même sang, la même mère, c’était mon frère et je l’aimais déjà. Je lui parlais dans le ventre de ma maman, je sentais ses coups de pied, je me collais contre lui… J’étais si heureux! Il s’appelait Samuel, mais, malheureusement, il n’aura jamais vu le jour…

Un petit cœur malade…

Un matin, ma mère nous a expliqué que si, habituellement, les bébés se développent tout doucement, il n’en avait pas été de même avec Samuel. Pour nous aider à comprendre, elle a dit : « Un morceau de son cœur ne s’est pas placé au bon endroit, comme ça peut arriver quand on fait une construction avec des blocs LEGO, et plein d’autres morceaux ont fait de même par la suite ».

Elle nous a appris que Samuel aurait été toujours malade une fois né. J’ai proposé de refaire la construction, mais… ça ne marche pas comme ça, m’a dit ma maman. Je venais de comprendre que je ne verrais jamais mon frère.

Samuel souffrait du syndrome de DiGeorge, une maladie génétique, ainsi que d’une Tétralogie de Fallot avec hypoplasie de l’artère pulmonaire, sténose de la valve pulmonaire, chevauchement de l’aorte, ventricule droit à double issue et communication interventriculaire membranaire. De très grands mots pour dire que son cœur aurait eu bien de la difficulté à faire son travail.

De plus, les spécialistes lui prédisaient un retard mental. Je comprends aujourd’hui que la maladie génétique de Samuel était si grave qu’elle avait causé de nombreuses déformations cardiaques, réduisant ses chances de survie au minimum et lui offrant la promesse d’une vie de souffrance. Le 16 janvier 2009, lors de l’interruption de grossesse, mon frère est décédé et, ensuite, ma mère a accouché.

Un deuil difficile

Durant les deux années qui ont suivi, j’ai vécu dans une maison en deuil. C’était dur parfois et lorsqu’on est un enfant, on ne voit pas tout. Plus d’un an après, je ne savais pas que ma mère avait encore besoin de prendre un médicament pour dormir et que mon beau-père revoyait en boucle dans sa tête l’instant où, à travers le moniteur, il avait assisté au décès de mon frère.

Malgré tout, ma mère et mon beau-père ont gardé le cap sur notre bien-être et je dois le reconnaître, ils ont vraiment assuré! Récemment, alors que je préparais ce texte, ma mère m’a confié comment leur souffrance à tous les deux avaient été très différente, mais qu’ils ont fait preuve de beaucoup de patience et de respect mutuel. « Il y a certainement eu un point de contact qui nous a permis de nous rejoindre dans notre peine et de vivre le deuil ensemble sans nous séparer », m’a dit ma mère.

Aujourd’hui, je réalise que cet épisode m’a beaucoup appris sur notre famille. Tout d’abord, je sais que mes parents seront toujours là pour moi. J’ai aussi compris que la vie n’est pas toujours juste et qu’elle peut parfois nous mettre sur les genoux, mais que malgré tout, il faut garder espoir. Il nous en aura fallu du temps pour guérir et mettre des mots sur nos émotions. Aujourd’hui, ma famille va bien. De plus, il y a quatre ans et demi, un petit ange est arrivé du ciel!

Je m’appelle Alexis, j’ai 17 ans, j’ai une petite sœur qui s’appelle Florence et je suis fou d’elle. Ça peut paraître anodin, mais, pour moi, c’est tout à fait l’inverse!

Alexis Beauregard-Lemire

 

Photos : GettyImages/tatyana_tomsickova et Alexis Beauregard-Lemire

Commentaires (15)

  1. Julie 7 mars 2019 à 17 h 25 min
    Elle ne le sait pas encore, mais quelle chance a ta petite soeur de t'avoir!
  2. Jessica 7 mars 2019 à 19 h 48 min
    Wow!!! Cette Alexis elle en a de la chance d'être tombé sur toi comme grand frère!!! Tu m'as tiré une larme avec tes mots si justes.
  3. Cynthia 8 mars 2019 à 09 h 31 min
    Il y a une grande sagesse dans tes mots. La perte de ton petit frère a forgé la personne que tu es aujourd'hui. Ton texte m'a tiré des larmes, comme quoi il ne faut jamais minimisé le deuil des enfants. ♡
  4. France Dubé 8 mars 2019 à 18 h 28 min
    Bravo Alexis, malgré ton jeune âge au moment de cet événement, qui de surcroît est très malheureux, tu as grandi et cette épreuve te permettra de passer au travers de plusieurs autres moments tout au long de ta vie. De plus, même si ce moment a été difficile, tu as, je devrais dire, vous avez eu une belle récompense, Florence. Beaucoup de bonheur et prends bien soin de ta petite sœur.
  5. Claude Beauregard 8 mars 2019 à 20 h 41 min
    Je suis très fière de toi mon grand. À nouveau, tes mots m'ont émue... Tu as su raconter notre histoire avec douceur, respect et justesse. D'une certaine façon, tu as honoré la mémoire de Samuel. Oh oui, Florence a beaucoup de chance de t'avoir, moi aussi je peux te l'assurer ! Je t'aime, Maman xx
  6. Necia Gourdes 10 mars 2019 à 09 h 42 min
    Vous avez entièrement raison d’être fière de votre fils! Quel bel être humain!
  7. Martine 16 mars 2019 à 13 h 04 min
    Vous avez un fils merveilleux, félicitations! Sa petite soeur doit l'adorer à juste titre!
  8. kim beaudin 8 mars 2019 à 22 h 05 min
    Mon beau Alexis, que de beaux mots tu as pour ta superbe famille. Tu m'as tiré de belles larmes. Tu as de quoi être fier de toi, du beau jeune homme que tu deviens. Ta sagesse, ton amour, ta bonté, TOI...tu es si merveilleux à mes yeux. Florence, maman, papa, François, Julianne, Renaud et le clan Paquette sont vraiment choyé de t'avoir dans leur vie. Je suis tellement contente de t'avoir dans ma vie. Je t'aime fort xx
  9. suzanne paquette 9 mars 2019 à 10 h 27 min
    C'est avec la gorge serrée et mes larmes que je t'ai lu en silence et avec émotions. Ce que j'y retiens, c'est la force d'une famille par l'Amour des uns et des autres, avec les hauts et les bas. Ces liens se tissent un morceau à la fois... comme un légo. Je te remercie pour ce magnifique partage qui me permet de te découvrir encore plus. Je t'aime gros xxx Ta grande tante suzanne
  10. Patrick Lemire 9 mars 2019 à 19 h 26 min
    Cher Alexis, merci de nous permettre de partager ton cheminement lors de cette épreuve . Cette sensibilité et cette maturité qui te définisse si bien nous offre un émouvant récit sur la vie . Bisou à la merveilleuse Florence .
  11. Necia 10 mars 2019 à 09 h 32 min
    Congratulations Alexis!! Reading this makes me very proud to be your teacher. It is so well written! You are an amazing young man and your sister is super lucky to have you as role model.
  12. Marc Lemire 10 mars 2019 à 16 h 35 min
    Il y a la force des mots et d'abord celle du coeur. Ton texte est merveilleux. Il est plein de lumière ! Le résultat d'un grand projet scolaire aussi. C'est très inspirant Alexis. Comme lecteur et comme papa, je suis touché au coeur.
  13. Emmanuelle 10 mars 2019 à 21 h 00 min
    Quel beau grand garçon ! 17 ans et déjà une maturité hors du commun. Tu iras loin dans la vie c'est certain. Bravo à tes parents!
  14. danielle paquette 11 mars 2019 à 17 h 05 min
    MERCI Alexis de nous avoir ouvert ton coeur avec autant de d'authenticité.D'abord celui du petit garçon de 7ans , accompagné aujourd'hui par le jeune homme de 17 ans que tu es devenu.Tes paroles me touchent beaucoup quand tu dis qu'à travers cette épreuve tu sais que tes parents seront toujours là pour toi, que même si parfois la vie nous met à genou, il faut garder espoir.Tu fais preuve d'une très grande maturité.Oui,il faut du temps pour guérir et mettre en mots nos émotions.Ton message est tellement plein d'espérance.L'amour que tu portes à Florence me rappelle que l'amour n'est jamais anodin, c'est un cadeau précieux. Merci de nous le rappeler avec autant de tendresse !
  15. Camille 18 mars 2019 à 17 h 18 min
    Bonjour Alexis, je suis maman de 2 petites filles et d'un petit garçon qui a eu une malformation similaire à celle de ton petit frère, je l'ai perdu à 8 mois de grossesse. Ca m'a fait du bien de te lire, j'ai pu comprendre un peu mieux ce que ma fille aînée à pu ressentir durant cette douloureuse période. Merci pour l douceur de tes mots, je te souhaite beaucoup de bonheur ainsi qu'à ta petite sœur...

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