Quand le «terrible two» se prolonge…

Quand le «terrible two» se prolonge…
Par Solène Bourque, Psychoéducatrice
14 novembre 2018
Qu’est-ce qui peut expliquer que pour certains enfants, cette période est de courte durée, alors que pour d’autres, elle dure plus longtemps?

Fiston avait environ 2 ans et demi quand le « terrible two », cette phase d’affirmation par le « non! », s’est présenté. Mon tout-petit, doux et câlin, s’est alors transformé en un Petit Loup qui s’opposait à la plupart de nos demandes et qui faisait des crises quand les choses ne se passaient pas comme il le souhaitait.

Ce fut difficile à vivre, comme parent, mais surtout parce que cette période s’est étirée bien au-delà du « 2 ans ». À 4 ou 5 ans, Fiston faisait encore des crises régulièrement et j’avoue, bien humblement, qu’il y a des moments où j’ai usé de stratégies pour éviter de le confronter à des demandes qui, je le savais, se termineraient dans les cris et les pleurs.

Qu’est-ce qui peut expliquer que, pour certains enfants, cette période se passe plutôt calmement ou est de courte durée – ça avait été le cas pour ma fille, de 2 ans son aînée – alors que pour d’autres, elle dure plus longtemps? Et surtout, que faire?

D’abord, il faut comprendre que chaque enfant est unique. La maîtrise des habiletés suivantes est différente d’un enfant à l’autre :

  • La capacité à tolérer la frustration. Certains vivent plutôt calmement les contrariétés, alors que d’autres réagissent au moindre événement qui ne se passe pas comme prévu.
  • La capacité à identifier et nommer les émotions. Plusieurs enfants n’arrivent pas à verbaliser clairement quand ils ont de la peine ou sont en colère. D’autres ont même du mal à comprendre comment ils se sentent : est-ce que c’est plus de la colère, de la déception, de la peine? Pas si simple pour eux!
  • La capacité d’autocontrôle. Avant 4 ans, rares sont les enfants qui arrivent à contrôler leurs émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Ils vivent tout intensément, joie, comme colère. Arriver à reprendre leur calme leur demande un effort considérable!

Dans le cas de Fiston, ces trois habiletés n’étaient pas tout à fait maîtrisées. Un Petit Loup qui était tout en intensité quand il était heureux, à rire aux éclats et à sautiller, mais qui, lorsqu’il vivait une émotion plus négative, « explosait » facilement aussi! Il avait 6 ans la première fois où il a pu nommer clairement : « Je n’aime pas ça me fâcher, mais c’est plus fort que moi! »

Et, encore aujourd’hui, même grand, il a de la difficulté quand les choses ne se passent pas comme il l’avait imaginé. C’est pour dire à quel point le tempérament d’un enfant est inné! Et qu’on doit trouver des moyens pour mieux vivre avec cette intensité chez notre enfant. En voici quelques-uns :

  • Offrir des choix. Avec Fiston, par exemple, au lieu de lui dire d’enfiler les vêtements que j’avais prévus, je le faisais choisir ce qu’il voulait porter entre deux ensembles que j’avais préalablement choisis.
  • Mettre l’attention ailleurs. La routine du matin était parfois difficile avec mon Petit Loup. Alors, plutôt que de lui dire simplement que c’était le temps de quitter pour la garderie, je lui demandais quel toutou ou quel livre il souhaitait apporter dans l’auto avec lui. Il portait alors son attention sur l’objet à apporter plutôt que sur le départ.
  • Prévoir les transitions entre deux moments de routine. J’essayais le plus possible d’aviser Fiston à l’avance de ce qui s’en venait. Par exemple, je lui disais qu’il lui restait 5 minutes pour jouer avant de ranger et d’aller prendre son bain et je mettais une minuterie. Oui, bien sûr, c’est tout de même arrivé qu’au bout des 5 minutes, il faisait une crise, mais celle-ci était de moins grande intensité.
  • Nommer les émotions. Quand Fiston était contrarié par une situation imprévue, j’ai réalisé que toutes les solutions que je pouvais proposer ne fonctionnaient pas du tout tant que je ne m’étais pas centrée sur son émotion. Alors, d’abord, je lui disais « Je comprends! Ce n’est pas ça que tu souhaitais et tu es déçu. » Ça changeait vraiment les choses. Quand il reprenait son calme, on pouvait alors mieux explorer ensemble les solutions possibles.

Et vous, comment s’est vécue cette période du « 2 ans » avec vos enfants? Courte ou plus longue? De forte intensité?

 

Photo : GettyImages/portsmouthnhcharley

Solène Bourque, Psychoéducatrice
Psychoéducatrice et auteure, j'œuvre dans le domaine de l'intervention et de l'éducation depuis plus de 20 ans. Je suis aussi la maman de deux grands enfants.
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Commentaires (16)

  1. Alexa 14 novembre 2018 à 18 h 58 min
    Ma première qui a dit ne faisait pratiquement pas de crises, le petit de 22 mois en fait déjà souvent... Ma meilleure technique, c'est de lui chanter une chanson qu'il aime, ça le calme immédiatement. J'espère que ça fonctionnera encore longtemps!
  2. Solène Bourque 14 novembre 2018 à 23 h 19 min
    Bonsoir Alexa, Merci de nous partager votre stratégie! C'est une belle idée de chanter une chanson pour calmer les crises. Votre stratégie semble bien répondre au besoin de votre petit bonhomme!
  3. Joanie 14 novembre 2018 à 22 h 54 min
    Moi depuis qu il a 1ans 1/2 il a commencer a s affirmer avec le NON . A 2 ans il a commencer les crises et tout ce qui sort de ca zone de confort le rend facher .. mais maintenent qu il a 2ans 1/2 il s exprime tres bien et il aime qu on explique chaque chose et il est de plus en plus relax . Mais je sens que toute ca vie il aura du caractere , mais ce n est pas mauvais dans la vie !
  4. Solène Bourque 14 novembre 2018 à 23 h 22 min
    En effet, quand le langage est mieux développé, il est plus facile pour les enfants de nommer leurs émotions négatives et aussi de apaiser! Et s'il apprend à utiliser cette capacité d'affirmation de soi positivement, ça sera effecttvement gagnant pour lui!
  5. Sandra 15 novembre 2018 à 12 h 32 min
    Ma fille est comme ça depuis sa naissance. Elle aura 2 ans dans deux semaines. Le truc d’offrir le choix entre deux options aide beaucoup. Mais j’avoue me sentir parfois dépassée par la situation. Son frère de bientôt 7 mois semble moins colérique, mais il pleure beaucoup aussi. La bonne nouvelle, c’est que j’étais préparée longtemps d’avance pour faire face à ce fameux terrible two!
  6. Solène Bourque 15 novembre 2018 à 16 h 54 min
    Le tempérament de chaque enfant est unique et oui, certains enfants présentent cette "intensité" bien avant deux ans, et bien après aussi! Les choix, c'est vrai que c'est une belle façon de leur donner un peu de contrôle sur les choses et que ça apaisent leurs émotions vives! Merci de votre partage!
  7. Gem 17 novembre 2018 à 19 h 45 min
    Mon fils aussi est très intense dans ses réactions. Il a aussi beaucoup de difficultés à dire les choses avec des mots malgré son vocabulaire avancé (il parlait à 16 mois, faisait des phrases à 18 mois...). Comprendre le concept des émotions n'est pas du tout facile à leur âge! Bien que tout les trucs citer dans l'article soient très bons (je les utilise souvent), il y a des moments où rien ne fonctionne. J'ai découvert avec mon fils qu'il ne sert à rien d'insister. Quand il ne m'entend plus tellement il est "dans sa crise", je le laisse seul quelques instants. Il peut hurler et sortir le méchant. Je ne suis jamais loin et quand il est prêt, il vient me voir et me demande de l'aide pour se calmer. Alors je suis là pour l'accompagner et nommer ce qu'il ressent. On respire ensemble. C'est très intense et ça peut sembler drastique de le laisser seul mais il en a besoin. Quand j'essaie de lui imposer ma présence, mes methodes, ça met de l'huile sur le feu. Des fois, il faut savoir écouter son instinc aussi. Bref, long texte DSL haha! Merci pour cet article, on se sent moins seul quand on voit ça.
  8. Solène Bourque 19 novembre 2018 à 14 h 18 min
    Bonjour Gem! En effet, je n'ai pas détaillé toutes les interventions que je faisais avec Fiston, mais oui, le laisser tranquille, décanter seul avant d'en parler a été parmi les interventions qui ont bien fonctionné à partir de 5 ou 6 ans (avant cela, ça semblait le rendre plus insécure et les crises s'intensifiaient). Bref, toujours écouter son instinct de maman et adapter nos interventions à ce qui semble à la fois le plus sécurisant et efficace pour nos petits! Merci de votre témoignage! :)
  9. Gem 20 novembre 2018 à 07 h 11 min
    J'ai oublié de mentionner que mon fils n'a même pas encore 3 ans (en janvier). C'est pour cette raison que bien des gens nous trouvent drastique car il est tout petit encore! Mais on lui demande, "as tu besoin de temps pour te calmer?" Ou "as-tu besoin d'être seul un moment?" Et il nous dit oui. Par la suite, il vient nous voir et dit "Je veux me calmer" alors nous allons l'aider. Ça fait du bien de partager ce genre d'expérience avec d'autre! Merci beaucoup pour votre réponse!
  10. Solène Bourque 20 novembre 2018 à 14 h 54 min
    Oui, c'est vrai que c'est encore petit! Mais d'un autre côté, c'est vous qui connaissez le mieux votre enfant et si ça répond à ses besoins, c'est parfait ainsi! Il semble avoir une belle capacité à savoir ce dont il a besoin lui aussi, c'est super! :)
  11. Joannie 17 novembre 2018 à 20 h 52 min
    Ma première, qui a maintenant 6 ans et demi, ma fait vivre toute la gamme d'émotion avec ses crises fortes qui ont continué jusqu'à 5 ans et plus... elle était très colérique et encore aujourd'hui elle fond en larme quand elle est offusquée. Ma stratégie était de faire diversion..toujours lui proposer des choix, lui demander de choisir un jouet pour la route, lui promettre une récompense si elle agissait gentiment... aujourd'hui elle sait très bien identifier ses émotions. Je sais aussi qu'elle tolère mal la fatigue accumulée, la surstimulation et les jeux vidéo le matin par exemple... Toutefois, plus le temps passe, plus elle devient une belle enfant avec de bonnes valeurs et ça c'est ma fierté! 😊
  12. Solène Bourque 19 novembre 2018 à 14 h 20 min
    Oui, ces petites boules d'émotions sont aussi des enfants sensibles aux autres, ce qui en fait de très belles personnes! :) La diversion est aussi une stratégie vraiment gagnante pour plusieurs! Merci de nous partager votre réalité aussi!
  13. Jennifer 23 novembre 2018 à 06 h 44 min
    Bonjour, Ma petite a maintenant 26 mois, et après une période difficile ou son manque de capacité à parler, les crises s'espacent. Elle était incapable de se calmer, et ceux malgré le choix, la diversion.... Aujourd'hui elle fait encre des crises mais j'arrive à la calmer en lui faisant dire "au revoir colère" , puis une fois calmée je prends le temps de lui expliquer qu'elle a le droit de crier et être en colère mais qu'il faut savoir lui dire au revoir à la colère pour pouvoir exprimer autre chose. J'ai pour cela des cartes qui représentent les émotions et cela commence à bien marcher. Et parfois un simple câlin une fois un peu calmée fait aussi des miracles avec elle. Mais il faut dire que nous avons déménagé il y a peu et que cela à fait empirer les crises de façon exponentielle.
  14. Solène Bourque 25 novembre 2018 à 20 h 28 min
    Bonsoir Jennifer! Je pense que vous avez bien compris que les changements que votre petite a vécu peuvent expliquer que les crises étaient un peu plus fréquentes. Et aussi qu'en réussissant à mieux s'exprimer et comprendre ses émotions, avec votre soutien, les crises s'espacent! Effectivement, quand les enfants maîtrisent mieux le langage, le niveau d'agressivité dans leurs comportements diminue grandement! C'est une belle stratégie de laisser place à la colère, mais d'aussi lui dire au revoir pour laisser place à d'autres émotions! Merci de vos petits trucs, fort appréciés!
  15. Josépier 25 novembre 2018 à 19 h 52 min
    C’était justement très difficile aujourd’hui. Mon fils va bientôt avoir trois ans et son terrible two a commencé vers 18 mois. Ce qui nous chagrine son père et moi, c’est qu’il comprend très bien, il est très habile pour verbaliser ce qu’il fait, comment il se sent, mais il s’emporte quand même très rapidement. Il a pourtant une grande sœur qui l’aide beaucoup et qui est toujours prête à tout partager avec lui... Parfois, nous avons l’impression qu’il cherche carrément une attention négative, malgré nos efforts pour mettre l’emphase sur le positif.
  16. Solène Bourque 25 novembre 2018 à 20 h 33 min
    Chaque enfant est différent! Et comme je l'expliquais dans mon billet, certains tout-petits, même s'ils réussissent à bien nommer leurs émotions, ont tout de même une faible capacité d'autocontrôle. Comme si une pulsion était plus forte que leur volonté à maîtriser leurs comportements. Et oui, c'est également possible qu'il ait compris qu'il avait votre attention dans ses moments de crise. Et de miser sur l'attention positive peut être en effet gagnant. Je vous invite à ce sujet à aller lire cette fiche sur Naître et Grandir. Ça pourra vous donner quelques pistes. Bonne fin de journée! https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/comportement/fiche.aspx?doc=bg-naitre-grandir-besoin-attention

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