Juste des humains

Juste des humains
Par Josée Bournival, Auteure, animatrice et blogueuse
17 avril 2018
Acceptez-vous d’être humain aux yeux de vos enfants? Ou préférez-vous leur offrir un modèle parental fort et inébranlable?

Je regarde ma boîte de courriels. Elle déborde. Mon précédent billet, sur le thème de la dépression, a fait couler beaucoup d’encre. Il n’y a que la pointe de l’iceberg qui est visible sur le blogue de Naître et grandir. Le reste est caché… dans ma boîte de courriels personnelle ou dans Messenger. Je ne compte plus le nombre de messages privés qu’on m’a fait parvenir.

Je vais tous vous lire. Je vais tous vous répondre. Mais je n’ai pas l’énergie pour absorber vos confidences en une seule bouchée. C’est trop d’amour pour mon cœur sensible. Trop de souffrance pour ma tête fragile. Je me suis dit que vous seriez indulgents. Respecter mes limites est justement un apprentissage que la dépression m’oblige à faire.

Savez-vous ce qui m’a le plus marquée de vos réactions? C’est le nombre de fois où on m’a félicitée de m’ouvrir publiquement sur ma dépression. Je n’ai pas l’impression que ça mérite vos applaudissements.

Pour moi, il n’y a rien de plus normal que d’être humain. C’est-à-dire : imparfait. Et puisque je suis un livre ouvert, je n’ai aucun problème à parler de mes difficultés ou de mes torts.

La preuve?

En plus d’être dépressive, je suis naturellement impatiente, j’ai tendance à vivre dans le futur plutôt que le présent, je commence à être trop dépendante de mon cellulaire. J’ai vraiment les cheveux rebelles et secs. Je me coiffe rarement avant d’aller conduire les enfants le matin (vive le temps froid qui se prolonge pour les tuques); souvent, je garde même mon haut de pyjama et j’enfile simplement un jeans. Je mange des biscuits en cachette quand mes enfants ont le dos tourné parce que je ne respecte pas le quota que je leur impose. J’achète beaucoup trop de tissu pour assouvir mon passe-temps : la couture. Je n’appelle pas assez souvent mes proches. Je suis soupe au lait la veille d’un gros contrat d’animation. Je sacre même à l’occasion.

Ça ne m’empêche pas d’être un humain formidable. ;-)

Je trouve important de présenter ces aspects de moi à mes enfants. Pour qu’ils sachent bien que maman n’est pas parfaite. Pour qu’ils comprennent que leurs défauts sont normaux, qu’ils méritent d’être aimés dans toute leur imperfection. Afin qu’ils ne cherchent pas à performer toute leur vie dans le but d’être aimés. Parce que l’amour, le vrai, se donne. Il ne se gagne pas au prix des efforts qu’on fait.

Parfois, je doute de mon choix. Je songe que mes enfants se sentiraient plus en sécurité avec une maman forte et toujours en contrôle. Puis, je surprends une de mes filles en train de se fouiller dans le nez. Je lui fais de gros yeux. Elle se dirige vers la boîte de mouchoirs; dégage son nez adéquatement; me sourit et me dit : « Moi aussi, je t’aime, maman. »

Et là, je ne doute plus.

Et vous? Acceptez-vous d’être humain aux yeux de vos enfants? Ou préférez-vous leur offrir un modèle parental fort et inébranlable?

 

Photo : GettyImages/Geber86

Josée Bournival, Auteure, animatrice et blogueuse
Je suis la maman de 3 grandes filles et d’un petit garçon. Je souhaite échanger avec vous sur une foule de sujets reliés à la vie de famille.
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Commentaires (14)

  1. Annie Magnan 17 avril 2018 à 15 h 56 min
    Ça fait déjà 2 ans et demi pour moi. La dépression est merveilleuse dans ses bons et moins bons moments. Elle permet à nous et à notre entourage immédiat d’être plus conciliant les uns envers les autres. J’ai beaucoup appris sur moi-même et sur ma famille. Et un petit garçon qui à l'époque avait 6 ans qui en a pas souffert mais il a plutôt compris que maman est imparfaite dans sa perfection de maman pour lui.
  2. Josée Bournival 18 avril 2018 à 14 h 47 min
    Bonjour Annie. Contente de lire votre expérience. La façon dont nos enfants apprivoisent la chose est fascinante, je trouve. Ils acceptent tellement plus facilement que nous l'état des choses. Josée XX
  3. Frédérique 17 avril 2018 à 19 h 31 min
    "En plus d’être dépressive, je suis naturellement impatiente, j’ai tendance à vivre dans le futur plutôt que le présent, je commence à être trop dépendante de mon cellulaire. J’ai vraiment les cheveux rebelles et secs. Je me coiffe rarement avant d’aller conduire les enfants le matin (vive le temps froid qui se prolonge pour les tuques); souvent, je garde même mon haut de pyjama et j’enfile simplement un jeans. Je mange des biscuits en cachette quand mes enfants ont le dos tourné parce que je ne respecte pas le quota que je leur impose. J’achète beaucoup trop de tissu pour assouvir mon passe-temps : la couture. Je n’appelle pas assez souvent mes proches. Je suis soupe au lait la veille d’un gros contrat d’animation. Je sacre même à l’occasion." Merci...
  4. Josée Bournival 18 avril 2018 à 14 h 49 min
    Ça me fait tellement plaisir!! ;-) Josée XX
  5. Imene 17 avril 2018 à 22 h 26 min
    Bonjour Josée, franchement moi aussi je voulais vous envoyer un courriel afin de vous raconter toute l'histoire de ma dépression, c'est sur que je vais vous écrire le plutôt possible mais j'aimerais aussi vous remercier d'avoir ouvert une porte qui était fermé dans nos coeurs, merci beaucoup
  6. Josée Bournival 18 avril 2018 à 14 h 50 min
    Imene... votre message me touche beaucoup. J'attends votre récit personnel. Au plaisir. Josée XX
  7. Andrée-Anne 18 avril 2018 à 20 h 23 min
    Bonjour Josée, Je me remets d’une depression post-partum (bébé de 5 mois). Pas facile de pleurer devant sa grande fille de 2 ans. Mais j’ai décidé de vivre les émotions que j’avais à vivre et de lui expliquer que maman aussi pouvait avoir de la peine parfois. Comme si, parce qu’on est maman, on se devait d’être parfaite!!! Alors qu’au fond, avant d’être maman, on ne l’était probablement pas... Bref j’apprends beaucoup en ce moment sur moi, et j’apprends avant tout à délaisser ce perfectionnisme... Lentement mais sûrement! Bonne continuité xxx
  8. Elaine Guilbault 24 avril 2018 à 20 h 25 min
    Bonjour Andrée-Anne, Quel beau cadeau que de montrer à ta fille que c'est correct et normal de vivre des émotions. C'est en se permettant de les vivre qu'on peut sortir de la dépression. Bravo!
  9. Magali 19 avril 2018 à 15 h 22 min
    Bonjour à vous, je partage beaucoup le sentiment général de devoir, pour notre équilibre en tant que parent, accepter l'imperfection. En même temps, je me perds dans ce désir de m'améliorer. Moi aussi impatiente. Moi aussi soupe-au-lait. Et je deviens une vraie plaie pour mon entourage quand tout ce que je veux, c'est avoir une demi-heure pour faire une activité que j'aime et que j'en tiens rigueur à mes garçons (4 ans et 18 mois) de m'empêcher de vivre!!! C'est disproportionné, je le sais. Et je ne veux plus être comme ça. Je ne veux plus être imparfaite, je veux devenir comme ces grands-mamans qui ne haussent jamais le ton et savent se faire obéir, vous voyez de qui je parle? Comment faire la part des choses entre "chercher à s'améliorer" et "lâcher prise"? Qu'ai-je le droit d'accepter comme imperfection? À vous toutes, à vous Josée, bon printemps.
  10. Michelle 21 avril 2018 à 21 h 37 min
    Bonjour Magali, Je ne sais pas si vous connaissez les "matins magiques" mais ce que j'en retire depuis que je les lis peut répondre à votre recherche d'équilibre entre "vouloir s'améliorer" et "lâcher prise": tout simplement s'aimer et s'accepter. Donc je dirais de commencer par lâcher prise sur nos défauts, erreurs, imperfections, les accepter et nous aimer complètement avec tout ce que l'on est et fait. Pour ensuite, dans l'amour de soi, aspirer à de nouvelles façons de faire, de penser, de vivre, selon ce qu'on ressent qui est mieux pour nous, doucement, sans nous juger. C'est comme ça que je vois ça... Aimons-nous avant tout! Comme nous le ferions avec une bonne amie...
  11. Elaine Guilbault 24 avril 2018 à 20 h 41 min
    Bonjour Magali, Comment mettre un équilibre entre nos propres besoins et ceux des autres? Une chose est certaine, c'est que lorsqu'on s'oublie trop pour les autres, mêmes ceux qu'on aime le plus au monde, cela provoque des signaux de frustrations chez soi-même. Ce n'est pas être parfaite que de nier une partie de soi (frustrations) qui est saine et nous indique nos besoins et limites. C'est notre responsabilité de prendre soin de nous et nos enfants ne sont pas responsables du fait qu'on se laisse tomber. Si on persiste longtemps ainsi, (à s'oublier) c'est la dépression qui guette. Pour trouver de nombreux moyens d'être en équilibre psychologique, je te suggère, ainsi qu'à toutes les belles personnes, dont tu es, qui écrivent ici, d'aller voir une mine aux trésors de moyens pour être en santé psychologique sur le site www.simplementhumain.com Bonne lecture et bonne écoute (il y a aussi des chroniques radios) à toutes. Bonne chance Magali.
  12. Anaïs 20 avril 2018 à 14 h 27 min
    Ahhh Josée! C'est tellement bon de vous lire car même quand vous parlez d'une vraie difficulté, vous le faites avec humour et beaucoup de justesse... Je crois que vous avez soulevé un problème qui nous concerne beaucoup, nous les mamans (et les femmes en général d'ailleurs)... Je veux parler de cette perpétuelle quête de la perfection! Qu'est-ce qu'on se met comme pression : être une mère disponible et tout faire pour nos enfants, bien tenir la maison... Il faudrait aussi faire des repas dignes des grands chefs et équilibrés, être une efficace au travail, faire du sport pour garder de jolies fesses, meme après la grossesse,avoir des habits à la mode, avoir le temps de sortir entre filles, avec son amoureux, avoir l'énergie de recevoir des amis, la famille... Sans jamais être fatiguées et sans râler! Et oui, Josée, si on arrêtait d'être parfaites pour être joliment imparfaites, c'est une bonne idée! De toute façon, nos enfants et nos hommes le savent (qu'on est pas parfaites)....et nous aiment! Est-ce qu'on essaye pas de nous tromper nous-mêmes finalement? Merci en tous cas pour vos textes et votre sincérité. Prenez bien soin de vous. (Courage, pas à pas, on s'en sort de cette *** de dépression...) Au plaisir de vous lire!
  13. Julie Q 22 avril 2018 à 08 h 50 min
    Je n'ai jamais réagit en commentant un blogue mais celui-ci actualise trop bien ce que je vis et ce que je suis. Je m'efforce d'accepter d'être qui je suis et d'en présenter autant de version que possible à mes enfants. Comme ça, il ne pourront décider de faire le tour de la médaille en parlant ou en pensant à moi plus tard, je n'aurai pas été qu'un seul côté, j'aurai été vraie, pas remodeler, pas retouchée, une vraie de vraie moi, authentique, précieuse et unique.
  14. Gabrielle 24 avril 2018 à 09 h 40 min
    Bonjour Josée, Super billet, comme d'autres lectrices ont dit effectivement la dépression a des supers côtés. Je dis souvent à ma mère que sa dépression a été la meilleure chose qui lui est arrivé dans la vie. Elle a commencé à mettre ces limites, à prendre soin d'elle et tout. Elle nous a aussi aidé à voir qu'il faut penser à ce qui est le plus important pour nous et à ne pas tomber malade à cause du reste. Effectivement nous sommes humains et c'est super de le montrer à nos enfants. Par contre, permets moi de douter que t'es enfants savent que tu triches sur les biscuits! 😂 Moi, je n'ai pas le courage d'affronter leur question pour ça! C'est une imperfection que je garde pour moi et mon chum! 😜 Merci!

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