Faire une liste de vos bonheurs

Faire une liste de vos bonheurs
27 février 2018
Karine repense aux vacances des fêtes, dont elle est revenue épuisée. Elle ne souhaite pas revivre la même chose durant la semaine de relâche.

Avec la relâche qui s’en vient à vitesse grand V, Karine repense aux vacances des fêtes, dont elle est revenue épuisée. La petite a été malade; la belle-mère a été plate; son amoureux et elle se sont disputés deux ou trois fois. Et pour des niaiseries, en plus. Des fêtes vraiment décevantes, alors que ce devrait être une période de bonheur, surtout avec les enfants. Karine ne souhaite pas revivre la même chose durant la semaine de relâche.

Toute l’année, les parents doivent se conformer à de nombreuses attentes collectives : gagner largement sa vie, avoir une maison bien entretenue. Avoir un travail valorisant, s’occuper des réparations à faire et inscrire ses enfants à des activités intéressantes. Toute l’année, des conventions sociales jalonnent le calendrier. Il semble que nous devions « rentrer » les enfants dans tout ça.

Moi aussi j’ai déjà cru tout cela. Moi aussi j’ai placé les enfants devant la télé afin de faire « ce qu’il y avait à faire ». Je les ai bousculés le matin pour les faire rentrer dans l’horaire. Je leur ai dit si souvent « pas maintenant » qu’ils ont fini par ne plus insister. Oui, j’ai pensé qu’on aurait du bonheur plus tard.

Qu’est-ce qui vous procure du bonheur?

Un jour, j’ai réalisé que quelque chose clochait dans mon beau plan bien organisé de parentage. Je ne trouvais pas tellement de joie dans cette vie de parent. Alors, j’ai fait la liste des activités et des occasions qui me donnaient du bonheur et de la joie avec mes enfants. Il ne s’y trouvait vraiment rien d’extraordinaire... Se lancer dans la neige folle et y tracer un ange en bougeant les bras et les jambes. Lire une histoire, collés ensemble; les bercer jusqu’à ce qu’ils s’endorment dans mes bras. Faire une cabane dans le salon avec des couvertures et les coussins du sofa, et y prendre ensemble la collation.

J’ai trouvé du bonheur dans nos activités de cuisine ensemble qui viraient souvent en expérience de chimie, sans les explosions, mais le même genre de dégâts. Dans les figures fantastiques que nous trouvions dans les nuages, couchés dans l’herbe. Dans les parties d’échecs que le plus vieux perdait si souvent, jusqu’au jour où il m’a battue et rayonnait de fierté! Pendant leur adolescence, j’ai trouvé ma joie dans leur musique qu’ils me faisaient écouter. Dans les discussions sur l’amour et la mort. Pendant nos randonnées en forêt sur la montagne. Au cours de nos turbulentes parties du jeu Colons de Catane.

Encore aujourd’hui alors qu’ils sont de jeunes adultes, ma liste ne compte rien d’extraordinaire. Des discussions, des soirées de cinéma, des jeux de carte et encore d’autres discussions.

Ce qui ne se trouve pas sur cette liste

Ce qui ne se trouve pas sur cette liste est peut-être le plus révélateur. Je n’y ai jamais inscrit que plier du linge, pendant que les enfants jouent dehors, m’apportait de la joie. Ni de les reprendre pour un comportement dérangeant, pour la troisième fois devant leur grand-mère qui fronce les sourcils. Ni d’avoir eu la plus belle pelouse du quartier.

Sur ma liste de bonheur, je n’ai jamais trouvé la course effrénée du matin pour les amener à la garderie. Ni les soirées à travailler pendant qu’ils regardaient la télé. Ni aucune des innombrables recommandations d’experts.

Savez-vous ce que je regrette aujourd’hui? C’est d’avoir trop souvent choisi de plier du linge au lieu de passer du temps avec eux. C’est d’avoir cru si souvent qu’il valait mieux faire plaisir à ma belle-mère, plutôt que de rester à la maison à prendre soin d’une grippe. Je regrette qu’il m’ait fallu tout ce temps pour comprendre que nourrir mes liens avec ceux que j’aime remplit mon cœur de joie. Et surtout, que jamais une maison impeccable n’a eu cet effet-là.

Qu’y a-t-il sur votre liste?

Qu’est-ce qui se trouve sur votre liste de bonheur? Qu’allez-vous retirer de l’agenda pour y faire entrer ces choses ordinaires qui tissent des liens avec vos enfants? Qu’est-ce que vous faites avec eux et qui vous remplit le cœur?

Ça y est? Vous avez quelques idées? Alors, faites-les. Faites-les souvent.

Faites-les maintenant.

Le reste peut bien attendre.

 

Ce texte a été publié originalement sur le blogue de  France Paradis.

Photo : GettyImages/FatCamera

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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Commentaires (14)

  1. Francine 27 février 2018 à 20 h 01 min
    Vraiment touchant, je m’y reconnaît beaucoup et j’espère que je pourrai faire encore mieux avec mes petits-enfants.
  2. Doris 27 février 2018 à 20 h 21 min
    pourquoi faut-il que "la belle-mère' soit plate. C'est déjà assez difficile d'être qualifié de 'belle-mère' avec toute sa connotation négative, faut pas en rajouter. On essaie juste de faire notre possible avec notre besoin de connaître nos petits-enfants, faire plaisir aux enfants et leurs conjoints.
  3. Sophie 28 février 2018 à 08 h 48 min
    Mme Doris, Votre message m'interpelle...vous êtes probablement une bonne belle-mère...mais elles ne le sont pas toutes! Il y a des belles-mères qui ne se mêlent pas de leurs affaires...qui croient que leur méthode est la meilleure...qu'elles connaissent tout... Et il y a des belles-mères qui sont à l'écoute...qui offrent leur soutien... Dans ce texte, il semble que la belle-mère ne soit pas une allier de la maman... Ne le prenez pas personnel. Bonne journée! :)
  4. Karine 28 février 2018 à 12 h 21 min
    Magnifique - merci pour ce texte inspirant
  5. Anaïs 28 février 2018 à 13 h 48 min
    Wahoooo.... Ca recadre, merci beaucoup! Votre texte me touche puisque j'ai décidé d'arrêter de travailler pour m'occuper de notre petit bonhomme (1 an et demi maintenant)... Mais, finalement, il y a tellement de choses à faire dans une maison que, oui, moi aussi, je plie du linge au lieu de jouer avec lui! C'est bon d'entendre (par quelqu'un d'autre que chéri) qu'on s'en fout du repassage en retard, de la poussière ou des traces sur les vitres... Finalement, c'est plus important de prendre le temps de faire de belles traces de doigts sur les vitres que de les nettoyer! Vous allégez ma culpabilité de maman au foyer qui se sent obligée de tenir parfaitement sa maison! Mais, vous avez raison et j'essaierai d'y penser plus souvent, une maison propre ne fait pas le bonheur!! 😉
  6. johanne 28 février 2018 à 14 h 05 min
    Beau texte inspirant En lisant je me disais c est ce que je fais maintenant..... mais je suis une grand maman ! Les plus beaux moments c est d etre la pour eux tout simplement
  7. Célyne 1 mars 2018 à 14 h 34 min
    Moi je suis une Mommydoo ( grand mère ) et je garde mon Bbdoo 1/sem depuis 4 ans . Quel bonheur de le voir grandir . Mon secret , se mettre à son niveau dans les jeux, dans les créations, dans nos marches extérieures: savoir s'arrêter pour un caillou, un bâton et entrer dans son imaginaire . Se dire souvent que l'on s'aime, l'initier au jeu de société "Serpents&Échelles" et être contente même dans la défaite car l'important est de s'amuser ensemble ! Enfin, lui donner du temps !!!!!😍
  8. Émilie 1 mars 2018 à 16 h 09 min
    C'est pile ce qu'il me fallait! Tant de journées passées à briquer la maison faire à manger etc qui se terminent en frustration de n'avoir eu aucun ou pas assez de moments "vrais" avec mes 3 têtes blondes! Merci beaucoup pour cet article,c'est le coup de pied aux fesses dont j'avais besoin!
  9. Maryse 1 mars 2018 à 20 h 08 min
    Merci pour cette belle réflexion! Qu'il est difficile de tout faire rentrer dans l'horaire et ne pas céder aux pressions sociales (cours, activités, ménage, etc.). Ce que je trouve le plus difficile, c'est entretenir les relations que nous avions avant d'avoir des enfants et qui nous enlèvent du temps précieux de famille. En même temps, ces relations sont aussi précieuses, alors j'ai l'impression d'être tiraillée de tous les côtés... Je voulais mentionner que je trouve très spécial de voir que des grands-mamans (qu'elles soient belles-mères ou non ;) ) lisent Naître et Grandir; ça me réchauffe le coeur!
  10. Christine 1 mars 2018 à 23 h 05 min
    Je le réalise c'est temps-ci et je souhaite m'arrêter plus pour être avec eux. J'ai même proposer à ma grande fille qu'à tous les jours on fera ensemble une activité de son choix et une de mon choix pour avec deux bons moments ensemble. Malheureusement, un jour ou l'autre il faut bien la faire la vaisselle... et ça, encore plus malheureusement, c'est à tous les jours!
  11. Lysanne 2 mars 2018 à 21 h 44 min
    Oui, je suis tellement d'accord avec le principe d'accorder du temps de manière équivalente entre les enfants et nous-mêmes, comme parents. Comme j'ai décidé de retourner travailler à temps partiel après la naissance de mes enfants, je divise maintenant mon temps "supplémentaire" en deux: par exemple, je m'assure que la première partie de la journée soit consacrée à une activité pour les enfants (parc, bibliothèque, parc d'amusement, promenade..) et l'autre partie de la journée est pour "les choses de maman": épicerie, commissions, ménage... En divisant mon temps de manière obsessionnellement égale dans une journée, la culpabilité prend le bord! Est-ce que ce principe d'activités "pour enfants" puis "pour maman" en temps équivalent peut s'appliquer pour une fin de semaine ou une journée de congé? Est-ce que c'est réalisable?
  12. Andree 2 mars 2018 à 13 h 47 min
    Tellement ça le bonheur ❤️👍🏻🤗
  13. Catherine 8 mars 2018 à 11 h 17 min
    Wow! ça fesse ça quand tu le lis en pliant du linge! J'ai versé quelques larmes dans ma pile de couches lavables. Merci de nous remettre les pendules à l'heure. Je vais rédiger cette liste de mes petits bonheurs et m'assurer de la regarder souvent. Bonne journée de la femme à toutes!
  14. Elyse 26 mars 2018 à 23 h 33 min
    Merci, la vie, l'enfance passe si vite. Bercer notre enfant, avoir allaité et avoir pris le temps de nourrir la vie, faire un pique-nique au salon et entendre mon garçon si heureux, faire des pirouettes.... le bonheur est fait de petits instants intense, serein ou joyeux!