TDAH: remettre en question ses croyances

TDAH: remettre en question ses croyances
Après une évaluation complète, le diagnostic tombe. Je suis donc confronté à un choix que je dois faire pour mon fils.

Ça commence souvent à la maternelle. On nous convoque pour discuter du comportement de notre enfant. Dans notre cas, il y a eu un événement hors de l’ordinaire. Je m’en souviens comme si c’était hier. Un élève de 6e année intimide Toshiro, qui est alors en 3e. Akira, 5 ans, est témoin de la scène. Il court vers le 6e et, du haut de ses trois pommes, saute sur lui, le prend par le cou et lui crie au visage :

- Si tu touches à mon frère, je te casse la gueule!

C’est le dernier épisode d’une série qui dure depuis le début de la maternelle. Sa mère et moi sommes convoqués à la direction. « Vous savez, nous dit la directrice, si ça continue Akira pourrait avoir à refaire sa maternelle l’an prochain! » Ma conjointe me regarde longuement et je sais ce qu’elle pense. Elle veut que j’accepte finalement de faire évaluer notre fils. Akira est envoyé chez une collègue neuropsychologue pour une évaluation complète.

Quelques mois plus tard, voici le diagnostic : trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Et selon la neuropsychologue, ce n’est pas un cas léger. Quelles sont nos options?

Mon dilemme : choisir ou non la médication?

Eh bien, il y a d’abord la médication et ensuite la psychothérapie. Et c’est là que la réalité me frappe. La médication? Je suis moi-même reconnu pour mes prises de position professionnelles contre l’utilisation systématique de la médication en psychothérapie. Les recherches sont claires, les traitements de psychothérapie sont aussi efficaces que les médicaments pour traiter les troubles anxieux ou dépressifs. De plus, la psychothérapie permet des effets à moyen et à long terme, effets absents dans ce type de médication.

Aussi, dans ma pratique, le recours à la médication, c’est seulement quand la psychothérapie ne fonctionne pas et, bien sûr, c’est le médecin qui doit alors prescrire. Je suis donc confronté à un choix que je dois faire pour mon fils.

On m’explique que les médicaments ne sont pas utilisés pour « guérir » le problème, mais bien pour en atténuer ses effets. La médication permet à l’enfant de mieux contrôler les déficits causés par le TDAH. Grâce à elle, l’enfant contrôle mieux son impulsivité. Aussi, il ne vit plus d’épisode douloureux après avoir demandé à un ami pourquoi il a les oreilles décollées ou après avoir pincé les fesses de la professeure pour « savoir ce qu’elle dirait ».

Cela lui permet également de se concentrer, de rester en place durant les explications du professeur, ce qui l’aide grandement à apprendre. Il est aussi plus facile pour lui de ne pas rester pris dans des pensées qui l’empêchent de bien raisonner. Ainsi, finie la chanson en boucle qui pollue son esprit et son jugement.

Remettre en question mes croyances

Mon premier réflexe est de refuser la médication. Je constate toutefois que l’utilisation de la médication pour le TDAH est d’un autre ordre que celle qu’on en fait en psychothérapie. À la lumière des informations qu’on me donne, je réalise que je dois assouplir ma croyance. Après tout, on parle du bien-être de mon garçon. Je décide donc d’accepter de faire l’essai de la médication pour quelques semaines.

En gros, la médication pour lui c’est comme avoir des lunettes. Les lunettes ne « guérissent » pas la mauvaise vue, mais elle permet de se déplacer comme les autres, de lire, d’apprendre et de communiquer. C’est ce que j’ai constaté avec la médication. Elle permet à Akira de faciliter ses apprentissages, de se faire des amis, de fonctionner dans un groupe et surtout d’avoir une bonne estime de soi à un moment de sa vie où c’est crucial pour le développement de sa personnalité.

Quand je vois les progrès des quatre dernières années, je suis content d’avoir été capable de remettre ma croyance en doute. De doubleur de maternelle, Akira est passé à premier de classe. Non seulement il est plus attentif en classe, mais il a su développer des liens forts avec son entourage sans avoir recours à des pitreries continuelles. Il se démarque dans son équipe de sport grâce à sa détermination et aux efforts qu’il met. Il peut se valoriser en public grâce à sa vivacité d’esprit et ses remarques pleines de bon sens.

Mais nous aussi avons grandi grâce à cette épreuve. Je suis aussi fier d’avoir su mettre mon ego de père de côté et d’avoir pris la meilleure décision pour le bien-être de mon fils. Un fils dont je suis aujourd’hui si fier.

 

Photo: GettyImages/GCShutter

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
Tous les billets de l'auteur

Billets sur le même sujet

Commentaires (11)

  1. Daniel 24 janvier 2017 à 19 h 35 min
    Salut Nicolas. Ton histoire est écrit comme si t'avais compté notre histoire. A. Est rendu à 7 ans et nous venons juste be changer sa molécule. Pas facile. C'est un autre histoire d'essai et d'erreur. Une histoire que beaucoup de parent peuvent écrire un roman... Merci pour l'article.
  2. Audrey 27 janvier 2017 à 08 h 57 min
    Bonjour Nicholas, moi aussi quand je lis votre article j'ai l'impression qu'on parle de mon fils...par contre le mien n'a que 3½ ans. Qu'il soit très actif et plein d'énergie est une chose mais toute l'agressivité et la colère qu'il contient nous attriste. Nous en avons discuter avec son médecin qui nous dit qu'il ne peut être diagnostiqué avant l'âge scolaire mais on en peut plus! Il a récemment donné des coups de pieds à son éducatrice au CPE, écoute rarement les consignes, se bagarres avec les amis, nous cri dessus, frappe sa soeur...plus je lis sur le sujet plus je soupçonne un TDAH avec trouble de l'opposition. Moi non plus je ne suis pas sur pour la médicamentation mais moi et mon conjoint sommes un peu épuisé. Le médecin veut nous suivre rapproché pour nous aider...on verra
  3. Etienne 27 janvier 2017 à 10 h 16 min
    Avec votre titre, j'espérait ENFIN que quelqu'un nous montre qui a d'autres bonnes avenues qui existe plutôt que de "droguer" (excuser le terme fort... mais c'est quand même ca) les enfants qui sont diagnostiqué TDAH. Mais finalement vous pointez vous aussi, comme TOUT ce que j'entend, que la seule bonne solution c'est de les medicamenter. J'ai un petit gars de 4ans qui est très actifs et pas facile avec nous/sa petite soeur/gardienne SURTOUT quand fatigué et il semble alergique aux dodos/sieste donc souvent fatigué. Notre entourage nous "avertisse" que peut-être qu'il pourrait bien être TDAH (comportement, actif, trouble avec les dodos,...). Moi je me croise les doights que non!!! J'ai été diagnostiqué narcoleptique (somnolence dans le jour) et donc à dû essayer ces médicaments (ritalin, vivance,...) qui sont des stimulants. J'ai donc pu voir qu'on est loin du tempra (qui à mon avis notre société à tendance à trop banalyser la prise de ces médicament... mais ca c'est un autre sujet). J'ai même prit la decision de vivre avec ma "somnolence" SANS ces pilules car la courte periode de bienfait que ca m'apportait par rapport à comment je me sentais (down, angoisse,trouble de concentration,...) quand l'effet se dissipait n'en valait pas la chandelle dans MON cas. Peut-être (j'espère) que l'effet de cette pillule sur les enfants n'est pas la même que pour moi!? Possible... mais on joue avec la chimi de leur corps pour leur permettre de se concentrer. Des moments d'activité/sport plus régulier aurait-il le même effet bénifique? Peut-être pas... mais j'aimerais vraiment trouver d'autre avenu/solution. Je peux comprendre qu'un enfant diagnostiqué TDAH rend la vie difficile pour les enseignants, parents et même,indirectement, lui même dû à la realité de la vie qu'on a de nos jours (2 parents travailles, pas beaucoup de temps pour faire bouger les enfants, les classes débordent, budget scolaire restreint donc moins d'activité, etc...). MAIS existe-t-il d'autre moyen à essayer? Ecoles specialisé/sports etude? De faire bouger les soirs et fds aide-t-il à ses enfants? Autres? Cette solution me fait peur. On joue avec la chimi du corps de nos enfants qui ne "fit" pas dans le "moule" de notre système d'éducation... et ce pas juste le temps d'un rume/otite! Y'a-t-il des parents qui ont réussis à trouver des solutions avec leur enfants diagnostiqué TDAH sans medications? Où c'est impossible?
  4. Etienne 27 janvier 2017 à 11 h 16 min
    Je voulais ajouter à mon commentaire... vous ont-il VRAIMENT menacé de lui faire redoubler la MATERNELLE!? J'avoue que mes souvenirs de maternelle remonte à très loin mais ne voit pas quelle matière aquise à la maternelle est necessaire pour aller en 1ere année?
  5. Dr Nicolas Chevrier 29 janvier 2017 à 10 h 28 min
    Bonjour Etienne, Mon blogue s’adressait justement aux parents comme vous. Ceux qui sont ouverts d’esprit. Ceux qui sont prêts à changer d’idée si on leur présente un argumentaire solide qui explique pourquoi une solution est meilleure qu’une autre. En ce moment, votre enfant a 4 ans. Ça ne donnera pas grand-chose, pour le moment de discuter du besoin ou non de prendre de la médication puisqu’on le fait très rarement avant 6 ans. Maintenant, ce qui importe ce sera de la faire évaluer par un neuropsychologue ou une psychologue lorsque ce sera le temps. Vous avez encore un an ou deux. Pendant ce temps, commencez à économiser (une évaluation coûte entre 1200$-1500$) et concentrez-vous sur ce que vous pouvez faire maintenant. De même, vous pouvez vous informer sur des interventions comportementales qui sont efficaces pour aider l’enfant à pallier aux difficultés que rencontrent ces enfants. Voici le lien pour un d’information document produit par l’Institut Québécois de Réadaptation du Québec. Il donne quelques grandes lignes d’interventions qui peuvent donner des pistes pour intervenir efficacement sur les comportements de votre enfant, qu’il soit TDAH ou non. ET finalement, peut-être que si tout le monde, chercheurs, médecins, éducateurs, psychologues, parents, tendent vers la médication pour cette problématique, c’est peut-être qu’il est temps de réviser nos croyances ! Eh bien, c’était exactement l’objectif de mon blogue. http://www.irdpq.qc.ca/guide-pratique-pour-intervenir-aupres-dun-enfant-presentant-un-tdah
  6. Etienne 31 janvier 2017 à 16 h 25 min
    Je crois que votre definition de "la croyance populaire" est completement l'opposée de la mienne. Vous parlez comme si "les croyances" étaient que la medications n'etait pas une solution pour un TDAH. Mais, à MON avis, c'est tout le contraire! Avec tout ce que j'entends, tous croient qu'un TDAH NÉCESSITE de la médication. Votre article/commentaire ne fait que renforcer cette croyance populaire. J'aurait TELLEMENT aimé entendre qu'il peut exister d'autre voie. Semble que non ...? :(
  7. Elisabeth 27 janvier 2017 à 17 h 59 min
    J'ai une fille qui vient de terminer son baccalauréat en soins infirmiers.Depuis la 6ieme année,elle prend un médicament pour le TDA.Je ne crois pas que son parcours aurais été le même sans médication ...Elle est maintenant adulte et prend une médication par choix.
  8. Alex 29 janvier 2017 à 09 h 06 min
    TDAH semble être très à la mode dans les écoles de nos jours et je comprends qu'il y en a qui le sont vraiment, mais quand le professeur étiquette les enfants tout seul sans diagnostic et qu'au lieu de nous dire que tous les enfant sont exités parce que les fêtes s'en viennent, ou activite spéciale, ou qu'il y a une tempête qui s'en vient. L'enfant est exité quand il agit comme un enfant et ne reste pas assis tout le long du cours sans bouger ni dire un mot surtout qu'il est au tout début du primaire... C'est un peu plus inquietant at surtout que les commissions scolaires ont plus d'argent pour les enfants avec des TDAH donc, tout a leur avantage d'en avoir le plus possible...
  9. Dr Nicolas Chevrier 29 janvier 2017 à 10 h 36 min
    Bonjour Alex, mon blogue s'adresse aux parents qui ont un enfant qui a été diagnostiqué en bonne et due forme par un psychologue ou un neuropsychologue. Ces enfants qui ne sont que "turbulents" ne passent pas le seuil clinique nécessaire pour diagnostiquer un TDAH. On peut donc dire qu'une bonne évaluation est une réponse appropriée à un environnement qui pourrait mettre de la pression sur un parent. Un rapport qui dit que l'enfant ne souffre pas de TDAH aura un impact important. Finalement, je me permets de commenter le mythe des subventions gouvernementales, je dis mythe par ce que c'en est bien un. Les écoles n'ont pas un sou de plus parce qu'elles ont des enfants TDAH. Au contraire, c'est beaucoup plus de travail, car elles doivent s'assurer qu'elles interviennent de façon diligente (fournir un plan d'intervention, faire une demande de subvention pour un ordinateur d'accompagnement...etc.)
  10. Melanie 31 janvier 2017 à 16 h 03 min
    Merci pour votre article. Mon petit a été diagnostiqué à 6 ans et 11 mois par un psychologue pour son TDAH avec impulsivité. Il est suivi par un psychiatre spécialisé en TDAH enfant et oui il prend beaucoup de médication à mon avis mais ca fait toute la différence. Ce fut difficile à accepter mais maintenant je ne reviendrais jamais en arrière car la vie est tellement plus agréable avec lui!!!
  11. Jacqueline 4 février 2017 à 11 h 03 min
    Étienne, la matière la plus importante de ta vie est acquise en maternelle... Savoir comment se comporter dans un groupe... dans une micro-société. Je suis une éducatrice et je ne suis pas pour la médicalisation. Je comprends votre frustration mais le défoulement par le sport n'est pas valable pour tous les enfants. Certains, lorsqu'ils sont trop excité (et le sport est un stimulant), ne sont plus capable de se calmer. Un service de garde plus petit est capable de s'adapter facilement au besoin de l'enfant mais dans une école ou une maternelle l'enfant évolue dans un cadre différent. LE TDAH n'est pas un trait de caractère, un handicap ne défini pas l'enfant. Mais les enfants sont plus résilients qu'on ne le croit. Il faut leur faire confiance car ils savent parfaitement ce dont ils ont besoin pour s'adapter. Mais le système médical est généralisé et non spécifique. Une fois qu'on sait cela, il faut écouter notre enfant et jouer notre rôle de parent qui consiste à le protéger et à l'aimer. Certains on réellement besoin de médicaments, d'autres enfants ont un modus operandi qu'il faut apprendre à développer et renforcer. Je me souvient de l'exemple d'un petit garçon adorable mais qui s'excitait facilement et qui ne savait pas se calmer. avec le temps, la méthode la plus efficace était de lui accorder un coin hors de la garderie juste a lui avec des lumières apaisantes et des matières douces.Ce n'était pas efficace dès la première fois, mais le temps fait aussi son oeuvre. Ils faut faire attention de ne pas être dans le jugement. On juge un parent selon nos propres connaissances et non selon celui du parent. On ne vit pas la réalité des autres. Ceux qui sont pris avec d'autres difficultés en plus d'un enfant à défis particuliers. Peut-être cet enfant dans cette situation et dans cette période serait mieux médicamenté parce que la charge de gestion est trop lourde pour les parents. Dans un cas comme dans un autre tout est question de paramètres. En bout de ligne, la décision que tu prends doit contenir plus d'avantages que d'inconvénients.

Partager