Quand un enfant de 4 ans quitte la maison sans avertir

Quand un enfant de 4 ans quitte la maison sans avertir
Comment intervenir sans que ma fille développe une crainte du quartier, tout en la protégeant?

Leeloo a maintenant 4 ans et demi. Une grande fille, comme elle aime si bien le dire. Une grande fille qui, parfois, veut se comporter comme une vraie grande fille! Une grande fille qui aime beaucoup les petits chiens et qui s’est prise d’affection pour nos sympathiques voisines. Alors, il n’y a qu’un pas à faire, lorsqu’il prend à Leeloo l’envie de flatter les chiens ou de voir nos voisines. Elle quitte simplement la maison sans demander ou sans nous avertir. En un mot, elle fugue…

Cette situation est assez courante pour nécessiter une intervention, c’est-à-dire une à deux fois par semaine, malgré nos demandes répétées de cesser ce comportement. Il semble qu’à certains moments, son désir d’autonomie soit plus fort que la conséquence appréhendée. Et ça ne s’arrête pas chez la voisine; son désir d’exploration amène Leeloo à vouloir découvrir le quartier, à la recherche d’amies de son âge ou d’animaux à cajoler.

Vous comprendrez que dans un tel contexte, l’intervention doit se faire avec doigté. D’un côté, je ne peux lui parler des grands dangers qui pourraient se produire dans le quartier (enlèvements, agressions sexuelles, accidents de voiture, etc.) sachant que ces dangers ont plus de risque d’arriver dans mon imagination. Je ne voudrais pas qu’à cause de moi, elle développe une crainte du quartier ou une fausse croyance selon laquelle le monde extérieur est dangereux. Je ne peux non plus ignorer un comportement dont les motivations sont saines (le désir d’exploration). D’un autre côté, je dois quand même la protéger.

Comment intervenir?

J’ai donc décidé de m’inspirer des recherches sur les fugues des enfants atteints d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) chez qui ce type de comportement est souvent présent*. L’approche proposée auprès des enfants autistes qui fuguent est intéressante et elle a changé ma perspective sur ma façon d’intervenir. Plutôt que de tenter de mettre fin au comportement, l’approche prône une acceptation de ce comportement et propose des mesures préventives pour limiter les risques. J’ai l’impression que cette approche m’a permis de trouver un juste milieu avec Leeloo.

J’ai commencé par changer mes propres habitudes parentales à l’égard des mesures de sécurité. D’abord, papa doit apprendre à barrer les portes en tout temps. Premier apprentissage difficile pour moi! Il s’agit donc de sécuriser les lieux dans la mesure du possible. J’ai également demandé aux grands frères de Leeloo de faire la même chose.

Ensuite, je lui ai rappelé les mesures de base essentielles à sa sécurité, comme traverser une rue au bon endroit et regarder des deux côtés avant de le faire. Ensuite, j’ai insisté sur une habileté fondamentale pour un jeune enfant : apprendre à nager! On ne souligne jamais assez l’importance d’apprendre à nager à nos enfants, particulièrement au Québec où l’eau est si présente.

De plus, je lui ai fait réciter par cœur son adresse et son numéro de téléphone. Si un enfant n’y arrive pas, on peut écrire les infos sur la languette de leur chaussure et ne pas oublier de lui indiquer où se situe le numéro.

Finalement, nous avons fait connaissances avec les autres voisins du quartier. Faire une tournée le vendredi soir, par exemple, pour se présenter avec son enfant est utile pour se faire des alliés qui pourront le reconnaître et le reconduire à la maison en cas de fugue.

Ce genre de situation demande bien sûr de l’adaptation. Puisque j’ai un contrôle limité sur le comportement de ma fille, je dois me tourner vers la prévention et accepter que le risque zéro n’existe pas. Par contre, je dois m’assurer de bien contrôler ce que je peux contrôler. Ainsi, c’est avec tristesse que je devrai faire le deuil de ma liberté banlieusarde dans les prochains jours en installant une clôture dans mon jardin. C’est dans ces moments que je dois reconnaître que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre !

*Important

Pour intervenir auprès de Leeloo, je me suis inspiré de certaines techniques d’interventions utilisées avec les enfants autistes. Toutefois, en aucun cas, ce blogue ne doit être appliqué à un enfant autiste. Si vous désirez plus d’information concernant la gestion des fugues chez les enfants qui souffrent de troubles du spectre de l’autisme, je vous invite à consulter le guide de la Fédération québécoise de l’autisme ou à en parler à un professionnel qui connaît bien votre enfant.

 

Photo : iStock.com/onebluelight

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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