La joie des enfants, une émotion à cultiver

La joie des enfants, une émotion à cultiver
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir
17 mai 2016
Bien que les enfants soient d’un naturel joyeux, les parents ont un rôle important à jouer pour leur permettre de simplement vivre la joie sans la freiner.

Qui n’aime pas voir un enfant éclater de rire ou crier de joie? Mais vous êtes-vous déjà arrêté à votre propre réaction devant l’explosion de joie de votre enfant? Vous laissez-vous envahir par la même émotion que lui ou avez-vous plutôt tendance à la freiner? C’est là un des exercices proposés par la psychologue française Isabelle Filliozat dans son récent livre Les chemins de la joie pour nous aider à comprendre notre tolérance à l’égard de cette émotion.

Les enfants vivent la joie de façon très intense, ce qui peut nous déranger comme adultes, car nous avons l’impression d’avoir perdu le contrôle. Alors, nous avons souvent le réflexe de vouloir réduire leur expression de joie en leur disant, par exemple, de se calmer. « Évidemment, un parent ne se dit pas “Je vais diminuer la joie de mon enfant” ou “Je n’ai pas de tolérance à la joie.” Mais si nous avons une difficulté à tolérer l’expression de la joie, c’est l’ensemble de l’émotion que l’enfant risque de ne pas pouvoir exprimer », explique-t-elle en entrevue lors de sa visite lundi à Montréal.

Selon la psychologue, qui a écrit une dizaine de livres sur la parentalité, plus on accueille les émotions des enfants, plus ils pourront vivre de la joie. « À partir du moment où l’on réprime les émotions, que ce soit la peur, la colère ou la tristesse, ça coince le diaphragme, la respiration, et alors on se ferme à toutes les émotions », ajoute-t-elle.

Bien que les enfants soient d’un naturel joyeux, nous avons comme parents un rôle important à jouer pour leur permettre de simplement vivre la joie sans la freiner. Oui, les faire rire ou être nous-mêmes joyeux, c’est un bon départ, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi une bonne dose de lâcher-prise sur certains de nos comportements de parents!

Ici et maintenant

Un des principaux ingrédients pour transmettre la joie à nos enfants fait, hélas, souvent cruellement défaut dans nos horaires surchargés de parents : profiter du moment présent. « On a toutes sortes de projets pour et avec notre enfant. On est très souvent dans le futur ou bien dans le passé, mais assez peu dans le ici et maintenant. Or, l’enfant se sent aimé et en connexion avec nous lorsqu’on est vraiment dans l’instant présent. Et cette capacité d’être dans le moment présent, c’est ça qui nous confère la joie. Si je suis dans l’instant présent et avec mon enfant, je vais éprouver de la joie », soutient Isabelle Filliozat.

Laisser les enfants bouger

En bougeant, les enfants ne font pas que dépenser de l’énergie, ils nourrissent aussi leur cerveau : bouger, courir ou danser aide « à mémoriser, apprendre, réguler les émotions, se concentrer… et ça donne la joie! » avance la psychologue dans son livre. Il faut aussi les laisser prendre certains risques plutôt que de les restreindre dans leurs jeux de peur qu’ils ne se fassent mal. Lorsqu’ils peuvent prendre des risques, les enfants joueraient plus longtemps, seraient plus créatifs et auraient davantage d’interactions positives avec les autres.

Ne pas les surprotéger

L’auteure le souligne plusieurs fois dans son livre : pour connaître la joie, il faut pouvoir sortir de sa zone confort. Les enfants doivent donc pouvoir être libres, autonomes et vivre l’aventure pour ressentir cette émotion. Il faut donc, comme parents, éviter de les surprotéger et de faire les choses à leur place. « De façon générale, nous – surtout les mamans – faisons trop pour nos enfants, nous faisons tout à leur place, perdant ainsi une occasion de leur permettre de développer leurs propres compétences », écrit-elle.

Être ensemble et jouer ensemble

Les discussions, les promenades, les soirées en famille sont des rituels nous permettant de connecter les uns avec les autres et donc de créer des moments de joie. Activité essentielle pour les enfants, le jeu entre aussi dans cette catégorie. Bien sûr, ils adorent jouer, mais encore plus quand on est avec eux. « Jouer avec nos enfants, c’est ce qui va nous permettre à nous et à eux d’être plus dans la joie », affirme Isabelle Filliozat.

Toutes ces occasions de liberté et de connexion que nous faisons vivre à nos enfants créeront aussi des souvenirs qui, plus tard, pourront faire émerger la joie. Et ce ne sont pas toujours les événements marquants qui dominent la mémoire. Dans quelques années, votre enfant vous parlera peut-être avec joie de ce jeu auquel vous avez joué tous ensemble un jour de pluie dans un chalet, alors que vous, vous vous souveniez plutôt des cinq jours consécutifs de mauvais temps… 

 

Référence

Filliozat, Isabelle, Les chemins de la joie : l’émotion du sens de la vie, JC Lattès, 2016.

 

Photos : iStock.com/ArtMarie (enfant), courtoisie (Isabelle Filliozat)