Dents: efficaces les colliers d'ambre et de noisetier?

Dents: efficaces les colliers d'ambre et de noisetier?
Par Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
22 mars 2016
Que sait-on de l’efficacité des colliers de noisetier et d’ambre pour soulager l’inconfort causé par la poussée dentaire?

Lorsque les premières dents font leur apparition, elles sont parfois accompagnées de douleur et d’irritabilité. Devant l’inconfort de leur bébé, certains parents se tournent alors vers des colliers de dentition comme le collier de noisetier ou le collier d’ambre. Cependant, que sait-on réellement de l’efficacité de ces bijoux?

Une chercheuse australienne, Kathryn Steadman, s’est penchée sur le cas des colliers d’ambre. Selon les fabricants de ce type de collier, les perles d’ambre contiendraient de l’acide succinique qui aurait des propriétés bénéfiques. Après avoir laissé des billes d’ambre dans des solutions salines ou d’alcool pendant 6 mois, Kathryn Steadman n’a pu détecter que quelques traces d’acide succinique et seulement dans un échantillon où une bille s’était brisée. Elle a donc conclu que même si un collier d’ambre (33 perles) contient en effet environ 20 mg d’acide succinique, il est improbable que cette substance soit libérée des billes d’un collier. De plus, en raison de la structure même de la molécule, elle ne pourrait pas être efficacement absorbée par la peau du bébé de toute façon.

Pour ce qui est du collier de noisetier, ce bois contiendrait des molécules appelées polyphénols, selon le fabricant. Ces molécules auraient des propriétés antioxydantes, antibactériennes et anti-inflammatoires. Lorsque le collier est en contact avec la peau, il agirait donc comme un timbre qui libère ses molécules bénéfiques, croit la compagnie Pur Noisetier.

Une étude réalisée en 2012 par des chercheuses de l’Université Laval semble en effet indiquer que le noisetier est riche en polyphénols. Il faut toutefois demeurer prudent devant les résultats de cette étude. En effet, elle a été payée par la compagnie Pur Noisetier elle-même. Une des chercheuses est d’ailleurs devenue directrice du département de recherche et développement de la compagnie.

Selon Kathryn Steadman, la chercheuse australienne que j’ai contactée à ce sujet, le bois de noisetier pourrait davantage libérer ses molécules bénéfiques que les billes d’ambre. Cependant, tout comme l’acide succinique, les polyphénols sont des molécules qui ne risquent pas d’être absorbées par la peau du bébé. « Peut-être que si quelqu’un suçait ou mâchouillait des perles de bois, alors les polyphénols seraient avalés et absorbés par l’intestin comme ils le sont dans la nourriture, explique Kathryn Steadman. Les polyphénols ont effectivement les activités biologiques mentionnées, mais je ne m’attendrais pas à ce que l’absorption à partir d’un collier soit assez importante pour entraîner un effet pharmacologique significatif. »

Les fabricants du collier de noisetier mentionnent d’ailleurs que les résultats de leur étude ne donnent aucune information sur la façon dont le collier pourrait fonctionner. Ils vont même jusqu’à écrire sur leur site que « les symptômes, méthodes, traitements et résultats présentés dans les témoignages et les commentaires de ce site sont des expériences personnelles basées sur des cas individuels et ne sont pas une indication, posologie, traitement, façon de faire approuvée par Santé Canada ».

En bref, aucune étude sérieuse ne démontre que les colliers de dentition ont une quelconque efficacité pour traiter l’inconfort associé à la poussée dentaire.

Et les risques?

Bien que les fabricants de colliers de dentition mentionnent que leur produit peut être utilisé chez les bébés, Santé Canada pour sa part met les parents en garde et déconseille son utilisation chez les tout-petits de moins de 3 ans. Un enfant risquerait en effet de s’étrangler avec le bijou. De plus, si le collier se brise, le nourrisson pourrait également avaler une bille et s’étouffer. En 2013, Santé Canada mentionnait avoir « recueilli de nombreux signalements d’incidents d’étranglements mortels ou quasi mortels associés à des objets ménagers munis de cordons (…) notamment des colliers de dentition ».

Le fabricant lui-même recommande d’ailleurs de « ne pas laisser les enfants porter ou manipuler le collier sans surveillance lorsqu’ils se trouvent dans un berceau, un lit ou un lit d’enfant ».


Kathleen Couillard est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette.

 

Photo : iStock.com/princessdlaf

Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
D'abord microbiologiste, je suis maintenant journaliste scientifique et maman. Je concilie donc, pour mon plus grand plaisir, science, parentalité et enfance.
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