La famille Facebook

La famille Facebook
Il arrive souvent que la réalité soit bien loin de l’image projetée sur les réseaux sociaux.

Récemment, une maman m’a parlé de ses difficultés avec ses deux jeunes enfants. Elle était découragée, certaine de ne pas faire les bonnes interventions, de ne pas avoir les bons réflexes avec eux. Certaine de ne pas être une assez bonne mère.

Nous avons discuté de quelques événements qui s’étaient produits durant la semaine précédente : une fillette qui fait des caprices à table, un garçon qui se fâche quand vient le temps de se coucher, des enfants qui se lèvent à table, qui ne disent pas merci, qui font des commentaires désobligeants sur le repas (ah non, pas des carottes!). À mesure qu’elle me décrivait ces scènes, je me rendais compte que j’avais également vécu cela hier soir chez moi. Ça me rappelait également la visite de mes adorables nièces et de mes voisins qui ont également de jeunes enfants.

Je lui ai donc demandé :

- Qu’est-ce qui te fait dire que tes enfants sont différents des autres?

- Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que c’est seulement chez nous que c’est difficile. Que chez les autres, ça se passe bien. Je regardais sur Facebook les photos de famille de mes amies et je les trouve bien chanceuses. Je vois des familles heureuses, de belles journées de plein air dans la neige, des Noël heureux et de beaux gâteaux de fête.

- Et puis?

- J’aimerais ça, moi aussi avoir une vie heureuse comme ça.

Cette maman a donc le réflexe de comparer sa vie à ce qu’elle voit sur les réseaux sociaux. En fait, elle s’est construit une image de ce qu’est un bon parent à partir des informations qu’elle recueille sur Facebook.

Cette image ressemble à un « best of » (comme le diraient nos amis américains) des pratiques hors-norme chez les parents. Selon sa définition, un bon parent devrait :

- passer une journée en plein air sans pleurs ni punition;

- jouer à un jeu de société sans que les enfants se chicanent pour le jeton bleu;

- regarder un film ensemble collés le samedi sans que personne ne s’obstine sur le titre du film ou sur celui qui aura la place à droite de maman ;

- pouvoir faire un gâteau d’anniversaire en forme de Minion (comme Stéphanie l’amie pâtissière);

- allez à Disneyworld, dans le Sud et à New York chaque année pour avoir des enfants heureux, reposés et cultivés.

On voit donc ici un des effets nuisibles de Facebook : le développement d’attentes irréalistes vis-à-vis du rôle de parents. On remarque le même effet dans les autres milieux : travail, sport et loisir. Ces attentes irréalistes s’immiscent dans notre façon de nous percevoir et peuvent nous amener à nous sentir inadéquat dans notre rôle de parent. Il faut donc en être conscient et ajuster nos attentes à la réalité. Comme parent, accepter nos forces et nos faiblesses reste la clé du bien-être.

Il arrive souvent que la réalité soit bien loin de l’image projetée sur les réseaux sociaux. Dites-vous que, comme vous, vos amis Facebook perdent parfois le contrôle avec leurs enfants, doutent d’eux-mêmes, se chicanent avec leur chum ou leur blonde, ratent leur recette de curry au chou Kale… Ils ont probablement eux aussi géré une crise à la fin de la journée de ski, c’est juste qu’ils ont eu le réflexe normal d’afficher la photo où, une heure avant, tout le monde avait l’air d’avoir du plaisir. Il y a ces sages paroles qu’on dit depuis longtemps et qui n’ont jamais été aussi vraies qu’aujourd’hui : l’herbe a toujours l’air plus verte chez le voisin…

 

Photos : iStock.com – JackF et Solovyova

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
Tous les billets de l'auteur

Commentaires (5)

  1. Muriel Gaiqui 3 février 2016 à 08 h 57 min
    Merci pour cet article, C;est vrai que nous nous comparons souvent aux autres parents ou nous comparons nos enfants à ceux des amis qui sont plus tranquils. Mais on voit juste une partie, on ne vt pas avec eux tous les jours. Merci de me rassurer
  2. Marie Anne B 8 février 2016 à 08 h 01 min
    Merci pour cet article. Je tiens à préciser que le phénomène de comparaison se fait, selon moi, parfois bien inconsciemment et que même si on se dit que ça ne correspond pas toujours à la réalité (les photos parfaites, choisies parmi des centaines, bien souvent!) ça "joue" des tours à notre cerveau... J'avais lu que, chez certaines personnes (dont je fais partie!), Facebook pouvait augmenter l'incidence de dépression... C'est à ne pas prendre à la légère! Facebook dépeint une réalité qu'on aime "faire croire" aux autres... Pour paraître meilleurs, société de performance oblige. C'est très vicieux selon moi... J'ai depuis longtemps désactivé mon compte et en suis très fière. Il faut savoir reconnaître les effets de cela a sur NOUS. Vive la VRAIE vie imparfaite !!! ;)
  3. Annie 8 février 2016 à 11 h 42 min
    À une amie découragée de ses enfants me disant qu'elle aimerait tant que ses filles soient comme celles de la voisine qui ont l'air si heureuses, serviables et polies, j'ai répondu qu'à mes yeux, les siennes étaient parfaites avant qu'elle me parle de ses difficultés. Je suis convaincue que sa voisine doit faire face elle aussi à d'autres difficultés. Les enfants sont là pour nous apprendre tellement de choses! :) Et on s'entend que l'on ne prend pas de photos quand ils sont épouvantables ou pire... quand nous le sommes! ;) De là à les mettre en plus sur Facebook....
  4. Nathalie 8 février 2016 à 20 h 45 min
    Personnellement j'adore Facebook pour plusieurs raisons, dont le contact avec famille et amis que cela me permet de conserver actif alors que ma vie de maman de trois enfants (dont un au sein) me laisse peu de temps pour faire visites ou jasettes (Avec Facebook, en quinze minutes je peux avoir une idée de ce qui se passe ici et là dans mon entourage..). Et J'ADORE encore plus les photos et les souvenirs (Le scrapbooking étant mon passe-temps favori!). Du coup, celle qui prend vingt-cinq photos pour réussir "LA Photo", c'est Moi!! Bien sûr, j'en suis fière et j'aime la partager à mon entourage Facebook :))) Ceci dit, il me semble ÉVIDENT que mes photos "parfaites" ne veulent pas dire "regardez, j'ai une vie parfaite"!... Je trouve bien triste de lire que certaines personnes peuvent déprimer à regarder défiler les photos des autres... À mon sens, le problème ne vient pas des images qu'elles voient, mais de leur "paire de lunettes"!... À mes yeux, il est clair que nous passons tous (plus ou moins) par les mêmes "phases générales plus difficiles" propres au couple, à la vie de famille, à ci et à ça... Et, à mes yeux, mes enfants, avec leurs travers, sont les plus extraordinaires, tout simplement parce que ce sont les miens! Et lorsque je regarde les superbes photos de l'Amie Facebook, je trouve simplement ça très beau de la voir célébrer le fait que ses enfants sont pour elle, Extraordinaires! Et avec raison: Tous les enfants sont MerVeilleuX!! Et cela me fera toujours plaisir de célébrer cette beauté de la Vie à travers les photos de mes contacts Facebook!! Cela ne m'empêche pas de savoir que tous ces beaux enfants, comme mes trésors, ont très certainement fait une "crise de bacon" ou "du gros boudin" entre deux photos... Hahahahahaha C'est ÇA La Beauté de la Vie!!!
  5. Elange 9 février 2016 à 14 h 23 min
    Wow merci beaucoup pour cet article. Justement moi pis mon mari on vient d'avoir un bb et on est en train de vivre une période de séparation mais je m'affiche sur Facebook comme la femme la plus heureuse au monde.Je crois qu'il est temps de vivre la vraie vie pour le bien de mon bb.

Partager