Faut-il se soucier du nombre de mots dits par un tout-petit?

Faut-il se soucier du nombre de mots dits par un tout-petit?
Par Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
7 avril 2015

Mon Renaud vient d’avoir 18 mois. Il s’exprime comme la moyenne des enfants de son âge, même s’il parle beaucoup moins que son frère au même âge. À 1 an et demi, les différences de langage entre les enfants peuvent être importantes sans que ce soit préoccupant. C’est qu’entre 16 et 20 mois environ, l’enfant connaît généralement une explosion de son vocabulaire : au lieu de dire un nouveau mot de temps en temps, il se met à utiliser de nouveaux mots plus régulièrement. Cela se produit souvent lorsqu’il dit 50 mots environ. Ainsi, l’enfant qui ne dit qu’un nouveau mot par semaine n’est peut-être pas si loin de « débloquer »!

Le nombre de mots utilisés

Au Québec, une étude a été menée auprès de plus de 1 000 parents d’enfants de 16 à 30 mois. Les parents ont rempli un questionnaire dans lequel ils devaient cocher les mots que leur enfant disait. Dans la liste, il y avait des bruits (ex. « vroum ») et des sons d’animaux (ex. « miaou ») dont on peut aussi tenir compte lorsqu’on calcule le nombre de mots qu’un enfant dit. Selon les résultats de cette étude, les enfants de 18 mois qui disent environ 25 mots sont dans la norme, tout comme les enfants qui produisent 100 mots et plus… ce qui prouve la grande variabilité entre les enfants.

Mais, au fait, est-ce que le nombre de mots dits par l’enfant est si important? Pas nécessairement! Le plus important, à 18 mois, demeure la compréhension du langage. Ainsi, à cet âge, l’enfant comprend normalement de petites questions simples comme « où? » et des questions auxquelles on peut répondre par « oui » ou « non ». Il est aussi capable d’aller chercher des objets connus qu’il ne voit pas lorsqu’on le lui demande. Mais encore là, ce n’est pas nécessairement parce qu’un enfant a de petites difficultés à comprendre le langage à 18 mois qu’il en aura à 5 ans. C’est d’ailleurs seulement vers 4 à 5 ans que l’on peut conclure à un trouble du langage, c’est-à-dire à des difficultés qui persisteront à l’âge scolaire. À 18 mois, il demeure très difficile de prédire l’évolution langagière d’un enfant.

Pourquoi se soucier du développement du vocabulaire?

Puisque le nombre de mots utilisés est si variable d’un enfant de 18 mois à l’autre, pourquoi s’en soucier, alors? Surtout parce que le fait qu’un enfant emploie peu ou pas de mots à 18 mois peut parfois refléter un manque d’intérêt à communiquer, une difficulté à produire des sons ou des difficultés de compréhension. Dans ces cas, le petit nombre de mots dits peut mettre « la puce à l’oreille » et aider à détecter les autres difficultés. Des stratégies simples gagnent alors à être appliquées (voir les liens plus bas).

En somme, le langage ne se résume pas au nombre de mots que l’enfant dit; c’est aussi la compréhension, les différentes raisons qu’a l’enfant d’utiliser des mots, etc. Le langage permet à l’enfant d’exprimer ses désirs et ses besoins et l’aide à socialiser. Un peu plus tard, il lui permet aussi de contrôler ses émotions en les nommant. Chercher à voir si l’enfant présente des difficultés de langage et l’aider à les surmonter au besoin, ce n’est donc pas simplement compter ses mots et chercher à lui en enseigner de nouveau; c’est surtout l’accompagner dans son besoin de comprendre le langage et de se faire comprendre.

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Marie-Ève B-Gaudin, Orthophoniste
À la fois orthophoniste et maman, je vous parle dans mes mots du développement de la communication et du langage de mes deux enfants.
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Commentaires (3)

  1. Nadia 8 avril 2015 à 11 h 31 min
    Cléante, petit Garçon de 3ans et demie, scolarisé en Septembre dernier, vivant dans une famille Bilingue. Son instit m'a brandi un jour une liste trouvée sur internet, démontrant le nombre des Mots formulés par les enfants à 18, 24, 30 mois. M'a dit que d'apres la liste notre fils n'avait pas le niveau d'un 18mois et qu'il fallait le faire tester par un psy , car pour elle il etait autiste.
    Aujourd'hui il commence a s'exprimer doucement et n'est pas autiste, ni mal-entendant.
  2. Guilhemette 13 avril 2015 à 16 h 26 min
    Mon grand garçon, qui est maintenant une véritable pipelette de 5 ans et demie avec un énorme vocabulaire (et qui réalise sans trop de problèmes des concordances des temps avec du subjonctif), a commencé à parler à 2 ans et demie pour dire "veux pas"... Maintenant il est en tête de sa classe de maternelle et passe au CP sans problèmes l'an prochain.
    Quand il est rentré à la maternelle à 3 ans, il faisait péniblement des phrases très simples. En un an, il a rattrapé l'intégralité de son retard relatif et pris pas mal d'avance.
    Ses frères jumeaux prennent le même chemin. Ils ont 19 mois et 0 mots à leur vocabulaire. Ils babillent entre eux par contre, se font des phrases avec des intonations et dialoguent (c'est passionnant de les entendre babiller dans leurs lits après les avoir couchés d'ailleurs).

    Les tous-petits ont tendance à avoir un domaine de prédilection et à négliger un peu les autres (mon grand était très manuel et ses frères aussi mais ils ont tous du retard sur le langage et la marche). Je ne vois pas l'intérêt de se faire excessivement du soucis avant que l'enfant ne soit scolarisé, comme le dit l'article. L'enfant a vraiment besoin de se faire comprendre à ce moment là, et peut faire des progrès fulgurants.
  3. Mélina 21 avril 2015 à 07 h 32 min
    Une petite nuance s'impose cependant car les enfants du Québec ne sont scolarisés qu'à partir de 5 ans, voire presque 6 ans pour ceux qui sont nés à l'automne, tandis qu'en France on rentre à l'école à 3 ans... Attendre l'école peut être une option en France, mais attendre au Québec me semble moins responsable.

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