Le terrible two ou Leeloo version T.2

Le terrible two ou Leeloo version T.2

Ça se passe dans la cuisine Chevrier. Ma femme m’entend revenir du travail et me demande tout de go : « Quand vas-tu parler du terrible two  dans ton blogue? »  Je regarde au-dessus de son épaule et je vois le champ de bataille : un verre de lait par terre, des Cheerios partout dans la cuisine, des pâtes dans une assiette renversée et une petite fille de 2 ans rouge de colère, avec le visage barbouillé de yogourt… Bienvenue dans le monde de Leeloo version T.2!

En fait, ce qu’on décrit comme le terrible two est une période parfaitement normale du développement de l’enfant. Il s’agit même d’une période importante pour l’enfant, car en quelques mois, il connaîtra un développement, intellectuel, social  et affectif sans précédent dans sa vie.

Durant cette période, l’enfant passe de la dépendance complète à l’adulte à un désir d’indépendance important pour assouvir ses nouveaux besoins. Que ce soit un besoin de curiosité en prenant les objets dans ses mains, un besoin de socialiser en tentant de communiquer avec ses parents, un besoin moteur en courant dans la maison, un besoin émotionnel en se blottissant dans la jupe de sa mère, l’enfant veut assouvir ces besoins et va tenter de le faire avec différents comportements. Mais ces comportements ne seront pas tous efficaces et le décalage entre l’assouvissement de ces besoins et la réalité peut faire apparaître des comportements difficiles.

Parmi ces comportements, on note d’abord la difficulté de tolérer la frustration. Lorsque je dis non à Leeloo quand elle me demande de lui lâcher la main dans un stationnement, elle devient rapidement un sac de patates que je dois traîner à raz le sol jusqu’à ce qu’on rejoigne le prochain trottoir. J’ai beau lui répéter avec calme que l’on doit tenir la main de Papa dans un stationnement, rien n’y fait. De même lorsqu’elle commet un impair social, par exemple frapper son frère derrière la tête avec un sabre laser, et que j’interviens avec un « non » bien senti, elle pleure et se sauve en courant vers Maman.

En fait, le terrible two c’est beaucoup plus que seulement dire non. C’est notre enfant qui développe son autonomie avec des outils rudimentaires, outils qui sont eux aussi encore en développement. Ce fait est d’ailleurs très marqué à table. Combien de fois est-ce que Leeloo demande quelque chose d’inintelligible durant le repas et le redemande jusqu’à ce qu’elle rougisse de colère? L’outil commence à être disponible (la parole), mais il n’est pas encore à point, car son vocabulaire n’est pas encore assez développé pour l’aider à exprimer son désir.

Mais, même si on sait que ces comportements sont normaux, que fait-on lorsqu’ils se produisent? Voici quelques propositions.

  • Avant tout, on reste calme. Déjà le fait de savoir que le comportement de l’enfant n’est pas intentionnel aidera le parent à désamorcer sa frustration et à augmenter sa tolérance à la frustration. (Voir à ce sujet mon blogue précédent : Colère d’enfant, colère de parents.)
  • Utiliser l’humour avec l’enfant peut également être une stratégie gagnante. Par exemple, Leeloo a une fixation sur le fait d’enlever ses bottes et ses chaussons dans la voiture. Or, plutôt que de lui demander de garder ceux-ci pour qu’elle n’ait pas froid (ce qui ne fonctionne pas), j’ai plutôt commencé à faire le « monstre qui mord les orteils ». Ainsi, elle garde ses bottes lorsqu’elle n’a pas envie que je lui fasse le « monstre ». J’ai ainsi réussi à réduire la probabilité à une fois sur deux. J’avais bien tenté les collants, mais elle faisait des colères noires en voiture parce qu’elle n’arrivait pas à enlever ses bas…
  • Choisissez vos batailles. Certains comportements changeront tandis que d’autres ne changeront pas,. Il faut accepter que vous ne puissiez pas changer tous les comportements qui vous gênent. Ainsi, à table, Leeloo peut lancer son contenant de yogourt par terre après qu’elle l’ait terminé, mais elle sait très bien qu’elle ne pourra pas se nourrir exclusivement de yogourts et de bananes durant le repas, elle va devoir manger une partie de son plat principal.
  • Autre stratégie efficace, mettre en place artificiellement des situations afin que l’enfant puisse émettre le bon comportement pendant que nous renforçons celui-ci. Ainsi, lorsque Leeloo prend une bouchée de son plat principal et qu’elle a droit à un tonnerre d’applaudissements de toute la table (ses frères sont bons joueurs pour ce type de comportements!), elle replonge avec vigueur dans son spaghetti pour tenter de reproduire l’effet.


Le terrible two ne sera pas le même pour tous les enfants. Il est important de retenir que cette période de développement de l’enfant peut être à la fois fascinante et frustrante pour le parent. Mais dans tous les cas, elle est parfaitement normale! Je vous invite quand même à lire mon blogue sur  la loi antibacon. On ne sait jamais, ça pourrait servir…

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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Commentaires (9)

  1. Tasnime akbaraly 19 novembre 2013 à 15 h 15 min
    Merci pour ce texte! Mon premier n'ayant pas passé par cette période de façon mémorable, le deuxième me paraît absolument insurmontable.... Des pleurs à tout propos, une impatience exceptionnelle, un "non" tonitruant a répétition... Mais ça va passer...
  2. Deux 19 novembre 2013 à 16 h 04 min
    Quelle période difficile ! Cependant, je me demande s'il est recommandé de renforcer les comportements d'un enfant quand il s'agit de nourriture . Quid des risques de TCA par la suite ?
    Personnellement le livre d'Isabelle filliozat, "j'ai tout essayé" est mon livre de chevet ( limite ma bible ) il est très bien fait et accessible .

    Bon courage !
  3. Lolave 22 novembre 2013 à 14 h 31 min
    Je suis parfaitement d'accord avec vous en ce qui concerne le renforcement via la nourriture, totalement à proscrire afin d'éviter les troubles alimentaires...
    Il y a de meilleures façons d'aider un enfant à apprivoiser les aliments sans qu'il ne sente de pression à en manger! Ça peut être long, mais pour avoir eu 2 garçons totalement différents (un curieux et l'autre moins), la variété à fini par l'emporter sans jamais avoir eu à insister!
  4. isabelle jouin 19 novembre 2013 à 16 h 12 min
    Voilà que je me lève ce matin en me disant:<> Je manque de sommeil et de patience par ce fait même, pour bien affronter les sauts d'humeurs ,et les frustrations de mon grand de 2 ans!

    Et ensuite je vous lis, et me rappelle que je ne suis pas la seule au monde à vivre cette épreuve ,où j'ai l'impression de gérer un adolescent en pleine crise, qui ne peut s'exprimer comme il le désire, et croit que le monde entier ne le comprend pas!!! Merci merci merci!

    Soyez sûr que subtilement, je partagerai cet article, afin d'avoir moins de regards de jugements lorsqu'en tant que jeune parent, je ne fait pas la ''discipline d'autrefois'' lorsque j'ignore mon enfant faire une crise de bacon dans un centre d'achat!
  5. supamam 19 novembre 2013 à 16 h 22 min
    En plein dedans, je suis souvent désarçonnée par les comportements de supabb. J'essaie de trouver des "trucs" pour faire passer la crise ou l'aider à comprendre mais qu'est ce que c'est difficile parfois ! Merci pour ces conseils ;)
    Au plaisir de vous lire
  6. Sweety 19 novembre 2013 à 22 h 29 min
    Bonjour,
    Justement ma fille à 19mois et demi et on est en plein dedans cette superbe phase. Où qu'en tant que parents nous devons apprendre à respirer longuement parfois.
    C'est difficile, car ils croient être capables de faire plusieurs choses seul, mais ils ont besoin de notre aide pour leur montrer la bonne technique ou tout simplement pour superviser leur action. Mais souvent ils ne veulent pas et veulent le faire seul. Étend donner nos décisions , cela vire en crise de colère.
    On garde le courage et patience !!
    Le fameux "non" provenant des parents, oh lala que ce n'est pas facile de recevoir celui ci.
    Le lançage de nourriture lors des repas , aussi fait parti de notre quotidien.
    Je vais essayé ces quelques trucs, en espérant que ceux ci fonctionnent du moins nous aide à passer au travers un peu plus facilement de çette phase.
  7. Jen 19 novembre 2013 à 22 h 51 min
    En plein dedans aussi! Ouf! Ça fait du bien de vous lire! Moi aussi je suis tannée de tous ces regards....comme si tous les parents d'enfants plus vieux ne se souvenaient pas de cette période. Ce qui fonctionne bien chez moi, ce sont les "faux choix". Par exemple, si fiston ne veut pas prendre son bain on lui donne le "choix" : tu prends ton bain ou ta douche, choisi (mais en bout de ligne il sera propre, tel qu'on voulait, nous les parents, à la base!) ou encore fiston ne veut pas garder ses bottes dans un endroit publique (Clinique médicale) choix = tu restes assis sur maman pas de botte ou tu peux aller au sol AVEC tes bottes, un autre qui fonctionne bien avec fiston est le "choix" du tu donnes la main dans le stationnement ou tu es dans les bras de maman.
  8. Nathalie 20 novembre 2013 à 08 h 45 min
    moi aussi je suis dans cette phase avec mes 2 garçons de 2 ans et 3 1/2! oui ça fait du bien de lire votre article et sentir qu'on n'est pas les seuls à vivre tout ça! ça permet de relativiser et ça me donne un sourire en coin :-) c'est pas toujours facile mais ils sont tellement coquins, on les aime tellement, on ne pourrait plus imaginer notre vie sans eux!
  9. Soso 20 novembre 2013 à 15 h 01 min
    Je dirai pour ma part que cela fait un an et demi qu'on est dedans (!). Il a 3 ans et demi et ça ne fait qu'empirer. Encore là, il ne veut pas entrer/sortir de la voiture, ne veut pas prendre son bain et ensuite ne veut pas en ressortir. Il lance son verre après les repas et fait une crise pour chaque non. Lorsque je vais aux toilettes, il frappe dans la porte et veut que je cède la place illico.
    Il était si mignon bébé!

    Et pourtant, c'est un ange en public. Il se comporte très bien et respecte les consignes. Il est doux avec les enfants, surtout les bébés. Mystère!

    Alors, pour nous les parents, c'est extrêmement difficile, d'autant plus que nous étions deux enfants très tranquilles. Nous sommes malgré tout très unis en tant que couple élevant un enfant si intense. Cela ne veut pas dire que nous n'avons pas de plaisir ensemble! Car notre fils est très intelligent, il s'exprime comme un grand et est si drôle.

    On a juste hâte de redevenir une famille «normale» sans être constamment dans un champ de bataille! Garder son calme, voilà comment il faut réagir. C'est dur, mais l'enfant veut tellement nous tester tout en ayant besoin de se sentir en sécurité malgré ses bêtises.