Allergies: l’impuissance des parents

Allergies: l’impuissance des parents
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
31 août 2013

- Maman, mon ami Damien est allergique aux fraises. Il a de petits boutons rouges s’il en mange.

- C’est dommage. Sais-tu que ton cousin Olivier lui, est allergique aux kiwis?

- Ah oui? Et il a de petits boutons verts s’il en mange?

Si j’ai trouvé mon fils bien mignon quand il m’a parlé d’allergies, ma sœur Mélanie, elle, n’a pas trouvé ça mignon du tout quand son fils a eu sa première réaction allergique. Un choc anaphylactique, ça fait peur! Une fois la situation contrôlée, son conjoint et elle se sont posé la question : « A-t-on fait quelque chose de pas correct? »

Plusieurs parents d’enfants allergiques se sentent coupables et cherchent leurs erreurs de parcours qui auraient pu causer le problème. Même si certaines études ont conclu qu’allaiter son enfant et ne pas introduire d’aliments complémentaires avant 4 mois diminueraient le risque d’allergies, ce n’est pas non plus une garantie puisque la génétique y joue pour beaucoup. Selon la Dre Marie-Josée Francoeur, allergologue, le fait de ne pas pouvoir prévenir les allergies amène un sentiment d’impuissance chez les parents, mais les aide aussi à se déculpabiliser.

Quand bébé commence les purées

Ne peut-on vraiment rien faire? Même lors de l’introduction des aliments? Selon les nouvelles recommandations à cet égard, non. On peut offrir n’importe quel aliment à n’importe quel moment à partir de l’âge de 6 mois. Ce sont l’Association québécoise des allergies alimentaires ainsi que l’Association des allergologues et immunologues du Québec et autres experts qui le disent. Ils se sont appuyés sur les plus récentes données scientifiques pour émettre leurs recommandations.

Beaucoup de parents sont mal à l’aise ou incrédules devant cette idée. Surtout s’ils ont eu un son de cloche différent de la part du médecin. C’est un fait, le discours n’est pas uniforme chez les professionnels de la santé. Certains tiennent encore au calendrier d’introduction des aliments solides (ex. : les œufs à 1 an, les fruits de mer à 2 ans, etc.), ce qui n’aide pas les parents à agir autrement et avec confiance. Le principe de « dans le doute, on s’abstient » prévaut souvent.

Lors de l’introduction des aliments solides, il y a au moins 2 choses à savoir à propos des allergies. Premièrement, une réaction allergique survient moins de 1 heure après avoir mangé l’aliment problématique. Pas 2, 3 ou 4 jours après. Si une réaction allergique survient, cherchez le coupable parmi les aliments tout juste mangés.

Deuxièmement, allergie ne rime pas avec nouveauté. Une allergie ne se manifeste jamais lors de la première exposition. Il faut que le système immunitaire ait déjà été en contact auparavant, possiblement à plusieurs reprises. Cela  peut avoir été le cas à travers le lait maternel. Autrement dit, même si on offre un nouvel aliment à bébé 3 jours de suite pour s’assurer que tout va bien, rien ne garantit que l’allergie se manifestera dans ce délai. Une réaction peut aussi bien survenir à la 2e exposition qu’à la 10e ou à la 1 000e. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi l’allergie à la mangue de la maman d’Olivier s’est déclarée après qu’elle en ait mangé pendant plus de 30 ans. Ce qui justifie également que lorsqu’une réaction allergique survient, il ne faut pas soupçonner uniquement les aliments récemment introduits.

Pour vous rassurer, vous pensiez faire passer des tests d’allergies à votre bébé avant de commencer les purées? Ce n’est pas pertinent. On procède à des tests pour confirmer une suspicion envers un ou des aliments précis, pas pour en tester 20 ou 50 en même temps « au cas où ». Les aliments dont l’ingestion a généré des doutes – lèvres enflées, toux, changements du timbre de voix, etc. – sont ceux visés par les tests. En inclure trop inutilement risque de donner des résultats faux-positifs aux tests cutanés, c’est-à-dire provoquer des rougeurs témoignant d’une sensibilité, mais pas nécessairement d’une réelle allergie. Cela conduirait à exclure inutilement certains aliments de l’alimentation de votre enfant.

S’il est difficile de prévenir les allergies, on peut à tout le moins prévenir les réactions une fois l’allergie confirmée. Oui, l’auto-injecteur comme l’ÉpiPen est là pour éviter le pire, mais ce n’est pas une raison pour banaliser les réactions et pour prendre les précautions suivantes à la légère.

  • Apprendre à bien lire l’étiquette des aliments.
  • Ne pas partager ou échanger de nourriture, d’ustensiles ou de contenants alimentaires.
  • Superviser les enfants lorsqu’ils mangent.
  • Se laver les mains avant et après les repas.
  • Laver soigneusement les surfaces sur lesquelles les aliments sont préparés.


Si vous avez un auto-injecteur à la maison, il doit être facilement accessible (pas dans une armoire barrée) et conservé dans des conditions adéquates (il est sensible aux variations de température). Il faut aussi surveiller la date de péremption et réviser la technique d’utilisation avec les personnes en contact avec l’enfant.

Dans l’entourage d’Olivier, tout le monde est au courant de ses allergies. Autant ses grands-parents que ses éducatrices, ses amis et même les parents de ses amis. Et maintenant que mon fils sait qu’il y a beaucoup plus que des petits boutons verts en jeu, lui aussi prend ça au sérieux.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (6)

  1. Alexe 31 août 2013 à 19 h 06 min
    Je voulais simplement mentionner que certaines réactions se produisent plus d'une heure après l'ingestion. J'ai personnellement fait un choc anaphylactique près de trois heures après mon repas il y a plusieurs années.
  2. Isabelle Martineau 1 septembre 2013 à 10 h 52 min
    Je confirme les dires d'Alexe concernant le délai pour les réactions allergiques: elles peuvent survenir bien au-delà d'une heure après voir consommé l'aliment.

    Je suis moi-même allergique aux crustacés et il a fallu un bon moment avant de parvenir à l'identifier justement parce que les réactions se produisaient 2-3 heures après l'ingestion et n'étaient pas toujours présentes.Mon médecin n'y croyait pas, à cause du délai de réaction justement, d'autant plus que j'en ai mangé pendant 40 ans sans problème.

    Ce que m'a expliqué mon allergologue, c'est que la-dite réaction est déclenchée lorsque la consommation de crustacés est SUIVIE d'activité physique. Les deux éléments doivent être présents pour que l'allergie se déclenche, avec risque de choc anaphylactique. La réaction dépend donc du moment où on s'active physiquement, dans les 6 heures suivant l'ingestion de l'aliment. Et une simple marche pépère peut être suffisante pour déclencher la réaction.
  3. Martine Desautels 31 août 2013 à 19 h 56 min
    Bonjour! Bien qu'il s'adresse aux enfants d'âge scolaire (6 à 12 ans), je me permets de suggérer un superbe outil de sensibilisation et de vulgarisation destiné tant aux enfants, qu'aux parents et divers intervenants. Cet album documentaire jeunesse est coloré et adapté à la réalité des enfants. Le fils de ma collègue, Simon, 4 ans, l'adore! Il demande même à sa mère de lire les étiquettes des produits achetés à l'épicerie afin de voir si le personnage principal, Félix-Olivier, pourrait les consommer!

    Martine Desautels
    maman d'un garçon poly-allergique, enseignante au primaire
    et co-auteure de Laisse-moi t'expliquer...Les allergies alimentaires
    http://www.miditrente.ca/Sante/Allergies.html
  4. Genevieve Fontaine 31 août 2013 à 20 h 48 min
    J'ai allaitée mon garçon 2 ans, suivi toutes les recommandations pour l'intro de nourriture, je n'ai pas capoter sur les microbes et la surdésinfectation comme tout le monde fait. Et bien malgré cela mon garçon est allergique aux arachides, sésame, oeufs crus et pollens. Il a la peau méga sensible: plaque si je fais lécher par un chien( pas d'allergie a été testé) si jus des tomates coule sur son menton idem pour le jus de prunes. C'est héréditaire pour nous moi petite j'étais allergique aux chiens et avais la fièvre des foins. Maintenant plus rien mais son père est allergique aux bouleaux ce qui veut dire une bonne dizaine d'allergie alimentaire donc une récente et pouvant causer choc après 35 ans et bien des fois manger aux calmars!!! Le fais aussi que notre société utilise beaucoup trop OGMS ne doit certainement pas aider !!!! Les fraises ne sont pas toutes faites pour être méga rouge ..... ni pour être injectée de truc de poisson pour le restée !!!!! C'est bien dommage que les compagnies ne comprennent pas ça mais tout est une question $$$ Ils doivent surement être entrain d'inventer un médicament pour contrer tout ça pour faire encore plus $$$ Et j'exagère à peine je crois car en France ou Suisse me semble ils ont inventés des arachides non-allergène c'est épeurant !!!!
  5. Stéphanie Côté 3 septembre 2013 à 10 h 34 min
    il y a des exceptions à toutes les règles, semble-t-il! En effet, dans certains cas, l'activité physique fait partie de l'équation pour certaines personnes. Bref, plusieurs raisons qui rendent le diagnostic difficile. Merci pour vos précisions et suggestions.
  6. Febreze 5 septembre 2013 à 09 h 49 min
    Pourquoi faire lécher son enfant par un chien? C'est impropre et pas très ragoutant.

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