Étienne et Virginie: histoire d’une naissance

Étienne et Virginie: histoire d’une naissance
Par Geneviève Doray, Directrice, Naître et grandir
29 août 2013

Touchée par les mots de cette maman qui nous fait revivre les dernières heures de sa troisième grossesse, j’ai eu envie de partager son témoignage avec vous.


Jeudi matin, environ 5 h
Des douleurs dans le bas du ventre. Le jour est levé, je regarde à côté de moi… Tiens, ton grand frère a pris la place de Papa. Je me lève sans bruit. Des contractions se font sentir toutes les 15 minutes. Je m’en vais prendre un bain, vais-je partir ce matin pour faire ta rencontre?

7 h
Plus rien. Je ne partirai pas ce matin. La journée se passe, une contraction par-ci, par-là. Mon plus vieux se demande si mon bébé est encore dans mon ventre… Eh oui, il y est.

Je caresse ce ventre rond, pour les dernières fois. J’aime ce ventre, te savoir là en moi. J’aime voir ce même ventre se soulever d’un côté puis d’un autre. J’aime deviner si c’est ton talon, ou tes petits orteils. J’aime ces soirées où avec ton papa, on passe du temps à te parler, à te sentir, avec cette admiration chacun dans nos yeux. À l’idée qu’une vie est là dans mon être, je me sens si petite devant ce mystère et en même temps si grande et si fière d’être une femme et d’avoir la chance, cette chance si précieuse de porter la vie.

Et soudain, les larmes m’inondent. La fin de nous deux en moi. Je ne peux pas y croire. C’est une tristesse inexplicable que je ressens, comme si je me préparais à faire un deuil. J’ai porté la vie 3 fois, tu es la dernière que je porterai dans cette vie. Du haut de mes 30 ans, je me demande s’il est possible de vivre encore des instants aussi merveilleux et magiques que celui de porter et de donner la vie. Je sèche ces larmes, me ressaisis en pensant à toi dans mes bras ce soir… Je dois déjà me concentrer pour accoucher naturellement comme pour tes frères. Ils ne me toucheront pas avec leur grosse aiguille… pas moi! Nos grands-mères, nos mères, et toutes les autres l’ont fait alors je suis capable aussi, la nature est bien faite, faisons-lui confiance.

17 h
Les contractions recommencent toutes les 15 minutes. Me revoilà dans mon bain. Cette fois-ci, elles persistent et signent ta venue imminente.

18 h 30
Le futur papa veut partir à l’hôpital. À moi de lui répondre d’attendre qu’elles soient toutes les 5 minutes, sinon ils vont nous renvoyer à la maison aussi vite qu’on est arrivés. Il gagne, je capitule, allons-y, nous verrons bien. Nous voilà arrivés. Dans le stationnement, un homme nous félicite déjà! Attendez qu’il soit sorti! Arrivés à l’accueil de la maternité, on nous envoie dans la salle d’attente où une future maman fait ses respirations. Et moi, je la suis dans cet exercice si simple et pourtant si fastidieux en cet instant précis. Sur le bord d’accoucher, et mise en attente, je crois rêver... Y a-t-il une lune pour que toutes les mamans soient là ce soir?

19 h 30
Contractions toutes les 5 minutes, on a bien fait de prendre de l’avance finalement. Mon nom retentit enfin dans le haut-parleur… Ouf, ça ne fait que 15 minutes, mais j’ai l’impression que ça fait plus. L’infirmière m’ausculte enfin. Elle me pose des questions, et m’annonce que le col est dilaté à 5! Le travail est effectivement commencé! Encore une, ok, on respire, on sent les fleurs, on souffle les bougies… Courage ça ne fait que commencer. Concentrons-nous. Mon infirmière vient me chercher et m’installe dans ce qui va être, temporairement, ta première chambre. J’ai mal dans le bas du dos. Trois minutes plus tard, j’ai mal dans le ventre. Respire ma Nini, respire. Ouf, encore une de passée, elles sont assez fortes. L’infirmière écoute ton cœur, tout va bien. Elle me surveille, me dit que je fais bien ça, ma respiration est bonne. Ok me voilà en confiance. Je fais ça bien, et je dois continuer ainsi.

Vincent, lui, trouve ça amusant et me dit que c’est pas mal moins stressant… Ben oui, ouille! Encore une! Allez, sens les fleurs, souffle les bougies, on continue. C’est sûrement moins stressant, mais ça n’en est pas moins douloureux. Cesse tes niaiseries, et tiens-moi la main à la place! Ok, elle est passée, je reprends le sourire. Encore une de faite, et encore une minute plus proche de toi!

Le jour se couche dehors, le ciel lumineux, orange vif, nous annonce encore une belle journée pour demain. Je rêve déjà que dans quelques heures, tu seras dans mes bras.

21 h
De plus en plus intenses, les contractions sont nombreuses et très rapprochées, 1 minute, 2 minutes, tout devient intense. Mon infirmière est d’une douceur exemplaire, elle m’encourage, me félicite. Elle a bien trouvé sa vocation. Me voilà dans ma bulle. C’est le moment où… oh, j’ai mal au cœur… Une poubelle vite! Non, c’est bon, fausse alerte. Donc c’est le moment où je peux me coucher enfin. J’ai dû faire 10 km depuis qu’on est dans cette chambre. Là je veux m’allonger, fermer mes yeux, partir dans un monde merveilleux où moi seule peux avoir accès. Je me tortille. J’ai mal. Je crois que je broie la main de Vincent avec une force qui me dépasse. Mais pour l’instant, ce n’est pas mon souci, et si j’y repense je m’excuserai peut-être! Mais après tout, si je suis ici à me tortiller comme un ver, c’est en partie sa faute, je peux bien lui broyer une de ces mains! Le docteur vient me voir. J’arrive au bout… Je n’en reviens pas, tu seras bientôt dans mes bras.

21 h 35
Je ne sais plus comment m’installer, la douleur est ininterrompue, ce moment fou dans ma vie de femme restera gravé pour toujours dans ma tête. Les infirmières s’agitent et préparent tout le nécessaire.

21 h 40
Tel un raz de marée, que je ne comprends pas tout de suite, la poche des eaux se crève. Comme ça d’un coup, pof! Concentration, moment critique, vite sens les fleurs, souffle les bougies… plus que quelques minutes et toi mon bébé que j’ai porté 9 mois, que j’ai flatté affectueusement à travers mon ventre, à qui j’ai parlé dans l’invisible, tu seras une réalité pour le reste de ma vie, de nos vies.

21 h 45
Bébé est sur mon ventre, tout petit, fébrile. Ventre contre ventre, après quelques secondes d’admiration, je te soulève enfin… et que vois-je?? Un zizi! Je m’exclame, entre rires et larmes de joie, c’est un garçon, encore un, c’est Étienne. Je regarde le nouveau papa, heureux, fier, les yeux pleins d’eau lui aussi. Nos regards se croisent, puis on te regarde, nous sommes tout simplement heureux. Papa coupe le cordon, qui sonne la fin de notre belle fusion. Ce cordon qui nous unissait, par lequel je t’ai nourri tout ce temps. Et lui en un coup de ciseaux, il met un terme à notre vie commune. Je le regarde faire avec déchirement. Je veux l’empêcher de couper ce lien unique entre un bébé et sa maman. Clac!! Au placenta de quitter mon corps aussi. C’est fait, cette union est finie. Une nouvelle étape commence : la vie.

Nous ne faisons plus un, nous sommes deux personnes à part entière.

Tu es Étienne.

Je suis mère, femme, je suis à nouveau et simplement Virginie.

Virginie Daries, Québec

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Commentaires (21)

  1. fleurs 29 août 2013 à 07 h 52 min
    bonjour,
    et bien fèlicitation ,pour se nouveaux bohneur et oui cest tellement magique de donner la vie et encore plus extraordinaire de la porter quand on decouvre ce que la nature cree nous pouvons etre effreyer et tellement surpris cest fabuleux alors vie cette fusion a 100 pour cent entre une mere en fil et puis felicite l homme qui te la apporter et que les grand freres
    se prepare a caliner ............vero de paris sincerement beaucoups de bohnneur
  2. Catherine Goldschmidt 29 août 2013 à 09 h 08 min
    Quel magnifique témoignage. Doux et si émouvant. Si vrai. Merci mille fois de ce partage.
  3. Mireille Dion 29 août 2013 à 20 h 47 min
    Quel beau texte, merci! Je le partagerai lors de mes rencontres prénatales :)
  4. Virginie Daries 2 septembre 2013 à 21 h 40 min
    Bonjour Mireille,
    Ce sera un honneur pour moi!!! Merci.
  5. Catherine Fortin 29 août 2013 à 21 h 14 min
    Félicitations!
    Tout d'abord pour Étienne, ses 2 grands frères et pour les mots mis sur des émotions si vraies.
    Vous m'avez touchée. Vous m'avez fait revivre la naissance de mes 2 bébés miracles.
    Merci.
  6. Mireille 29 août 2013 à 21 h 26 min
    J'adore ces belles émotions ! Merci de ce partage. Cela ravive mon bonheur d'accoucher ! J'ai tellement hâte au prochain.
  7. Isabelle 29 août 2013 à 21 h 59 min
    Ohhhhh, que de souvenirs... moi qui vient d'accoucher le 7 juillet dernier. Des moments tellement intense et fabuleux !!! Merci de m'avoir fait revivre ce si beau moment qu'est d'accoucher. Même dans cette douleur, ça reste le plus beau moment de ma vie !
  8. diane allard 30 août 2013 à 11 h 50 min
    Wow..en lisant ce texte je me suis retrouvé 33 ans en arriere et pourtant je le revivais comme ci c étais hier, cette dure déchirure de séparation je m en souviens tellement, le deuil de cette symbiose extraordinaire qui ne peut se vivre qu en donnant la vie, je crois que c est ce lien unique qui donne aussi naissance a l amour inconditionnelle, merci pour ce moment de bonheur et pleins de bonheur a vous tous...
  9. Milou 30 août 2013 à 17 h 41 min
    Merci de ce beau témoignage. Ça m'a beaucoup émue car je viens de donner naissance également à mon troisième et probablement dernier enfant. C'est tellement merveilleux mais tout un déchirement en même temps... Pour ma part aussi, mes grossesses, mes accouchements et mes bébés étaient mes plus grands moments de bonheur. Et déjà, c'est terminé? Vais-je connaître d'autres bonheurs aussi intenses? Ça me rend un peu nostalgique mais quand je me tourne vers l'avenir, je vois du bonheur avec mes 3 beaux enfants qui grandissent. Quel miracle!! Plein de sentiments contradictoires se font sentir. Dans votre témoignage, j'y ai trouvé du réconfort en prenant conscience qu'une autre personne a vécu sa troisième grossesse de la même manière que je l'ai fait.

    Félicitations à vous 5 et je vous souhaite beaucoup de bonheur à partager pour les années à venir!
  10. Céline boucley 31 août 2013 à 06 h 49 min
    Quel beau témoignage! Merci de nous l avoir fait partagé et bienvenu au petit Etienne
  11. Henriette 1 septembre 2013 à 07 h 17 min
    Chère Virginie,
    Tu as si bien décrit cet intense et merveilleu moment unique d'éternité que nos corps de femme traversent à chacune des fois que nous donnons naissance à nos p'tits êtres d'amour. Félicitation pour tes pensées d'amour te dirigeant vers cet accueil inévitable à tous les sens du futur imminent. Je partage ta joie, ton attente, cet émerveillement du troisième de tes fils. Nous, c'était les yeux dans l'eau pour notre troisième fille que nous avons vécu "notre" monde d'amour. C'était hier encore, il y a 28 ans.
    Merci de m'avoir donné le plaisir de revivre la naissance de Marie-Michelle.
  12. Virginie Daries 2 septembre 2013 à 21 h 38 min
    Bonjour Henriette,
    Merci beaucoup pour votre mot, tout le plaisir est pour moi.
    Amitié à Marie-Michelle!
  13. Mamilou 2 septembre 2013 à 10 h 03 min
    Quelle merveilleuse façon d'accueillir votre petit Étienne! Félicitations!
  14. Stéphanie 2 septembre 2013 à 16 h 40 min
    Perso, je trouve ce témoignage vraiment trop mièvre et tristement axé sur la séparation. Comparer sa dernière journée de grossesse à un deuil me choque (surtout à 30 ans). Au contraire, c'est l'aboutissement de notre oeuvre, de notre création en tant que mère. Il n'y a aucune disparition dans ce processus. Tout est création car en même temps que l'enfant, naissent un père et une mère, même s'ils sont déjà parents.
    Par ailleurs, "la grosse aiguille" procure un confort vraiment appréciable. Il n'est pas nécessaire de souffrir pour gagner ses galons maternels ! Vivons avec notre temps !
    Quant au cliché du père qui coupe le cordon et "sépare une mère de son bébé", pauvre papa ainsi inutilement culpabilisé.
    Moi au contraire, je vois dans ce geste une participation gestuelle du père à la venue au monde de son enfant.
    On ne fait pas des enfants pour les garder en nous, ni pour nous mais pour leur offrir le plus beau cadeau : une vie.
  15. Virginie Daries 2 septembre 2013 à 21 h 17 min
    Bonjour Stéphanie
    Désolée de vous choquer en parlant de deuil! Ca reste que je précise le bonheur vécu grâce à cette naissance. Et je vis avec mon temps, même si je ne veux pas de la "grosse aiguille", se sont mes convictions que j'exprime...
    On ne vit pas les grossesses pareilles d'une femme à une autre. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez vécu la ou les vôtre?
    Bonne soirée.
  16. Stéphanie 16 septembre 2013 à 15 h 42 min
    Merci Virginie de me donner la parole.
    J'ai adoré être enceinte, vécu une grossesse de rêve mais j'avais hâte de voir, sentir, toucher mon bébé et surtout de pouvoir échanger avec lui.
    Surtout vers la fin car j'ai accouché quasiment au terme et parler à mon ventre ne me suffisait plus !
    Le jour J, j'étais sereine malgré les douleurs, avec un fort sentiment que tout irait bien. En fait, je serrais les dents pendant les contractions, mais aussitôt la vague douloureuse passée, nous rions du bonheur que nous étions en train de vivre avec mon mari.
    Je suis heureuse d'avoir choisi la péridurale (qui n'a été installée qu'au moment ultime) car elle m'a permis de vivre mon accouchement en gardant juste les sensations de mon corps mais sans douleur. Elle s'est aussi avérée utile quand à la suite, il a fallu me réparer car j'ai été très abîmée en raison de la mauvaise estimation du poids du bébé (4,150 Kg). Mon mari m'a soutenue et encouragée car les choses ne se sont pas déroulées facilement. Il m'a aidée à donner tout ce que je pouvais alors que je savais que le bébé était coincé et que sans cet effort, j'allais être césarisée en urgence. Et dans ces cas là, le mot "urgence" fait plus peur que tout. Je peux dire qu'on l'a vraiment fait à deux, ce bébé !
    Et puis, par dessus tout, je me souviens quand on m'a posé notre fils sur la poitrine en peau à peau et que son père et moi le caressions et l'embrassions dans un bonheur et une joie indescriptibles.
  17. Stéphanie 16 septembre 2013 à 15 h 46 min
    J'ai oublié de dire pourtant ce qui me semble essentiel : quand on m'a posé notre fils sur le ventre, j'ai ressenti une drôle de sensation ; celle de le reconnaître. Oui ce petit être avec son visage tout gonflé, j'avais l'impression de le connaître déjà.
  18. Maryse 2 septembre 2013 à 20 h 21 min
    Quel beau récit de naissance!
    Et oui quand on sait que c'est notre grossesse, on peut le vivre avec un peu de nostalgie.
    J'ai adoré être enceinte et accoucher! Mes accouchements ont été pour moi des rites de passage de femme à mère. La douleur fait partie pour moi de ce processus sacré et me permets d'être connectés avec mes enfants dans leur naissance... (Eux aussi c'est difficile et souffrant, lorsque la mère a mal elle sécrète des endorphines qui aide à supporter la douleur autant pour la mère que pour le bébé, tandisque sous anesthésie, la mère ne produit pas d'endorphines....)

    Lire des beaux récits de naissance qui se déroule bien sans aucune intervention redonne confiance aux mères dans leur capaciter d'enfanter!

    C'est beau la vie! :)
  19. Virginie Daries 2 septembre 2013 à 21 h 24 min
    Bonjour Maryse,
    Merci pour votre commentaire, et j'espere effectivement redonner confiance à d'autres femmes. Et finalement on est nombreuse à vivre ce double sentiment de bonheur et de nostalgie.
    Bonne soirée.
  20. lingerie de charme 3 septembre 2013 à 03 h 18 min
    Je voulais souligner par ce commentaire que je suis content de
    la qualité de ce site web. Pour une fois les commentaires ne sont pas
    pourris par du spamco et on peut donc avoir
    un vrai débat. Merci à vous, c'est réconfortant.
  21. Dominique De Ceglia 17 septembre 2013 à 21 h 15 min
    Un fois de plus tu fais passer tes émotions dans ton texte, c'est magnifique!
    Par la simplicité de tes mots tu nous apporte du bonheur, Merci infiniment Virginie d'avoir partager ce moment précieux de votre famille avec nous:) Tes talents d' écrivaine se sont rependus sur ton rôle de mère et amie: quelle aubaine:)))

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