Baby blues et dépression

Baby blues et dépression
8 mars 2013

Quelles cochonneries ces maladies! J’ai eu les deux à la naissance de mon premier enfant.

Heureusement, le baby blues m’a tellement fait pleurer dans des circonstances étranges que j’ai fini par en rire. J’étais heureuse, mais je pleurais sans raison. Le présentateur de nouvelles disait : «Bonsoir mesdames et messieurs», j’éclatais en sanglots! Mon chum me racontait une blague à table. Je riais. Il se penchait pour ramasser sa fourchette. Je pleurais! Il oubliait de me regarder avant de partir au travail: mes yeux s’embuaient. J’observais mes dents dans le miroir: ma machine à pleurer se mettait en larmes. Sans raison (mes dents étaient très belles!) Heureusement, on a vite identifié le coupable alors mon homme et moi avons fini par en rire. M. Baby blues est allé voir ailleurs si j’y étais. J’en garde même un souvenir amusé.

Pour la dépression, c’est autre chose. Cette petite sournoise s’est infiltrée discrètement dans ma vie sans que je m’en aperçoive. Un jour, j’avais moins d’énergie, l’autre, je me trouvais moins jolie. Enfermée à la maison avec mon bébé, j’ai fini par penser que j’allais passer ma vie à changer des couches et faire le ménage à la maison avec mon ventre mou! Je sortais très peu. Aucune famille pour m’aider. Aucune activité extérieure. Comme j’avais un beau bébé en santé que j’aimais profondément, j’ai essayé de prendre sur moi. Je n’ai rien dit. J’ai souri. J’ai fait croire aux autres que tout allait bien.

Le silence est terrible vous savez. Il vous enferme dans votre fierté. Vous éloigne des gens qui pourraient vous aider. Je n’avais pas envie d’être faible. Je l’étais, mais j’ignorais pourquoi. Alors je tournais en rond dans ma tête en me sentant coupable pendant que cette terrible maladie me désagrégeait de l’intérieur. Elle m’a laissée croire que je ne valais plus rien. Que je n’avais plus envie de rien. J’étais si fatiguée que composer un numéro de téléphone était au-dessus de mes forces. Alors j’ai eu honte. Honte de moi-même. Heureusement, j’ai repris le chemin du travail plus tôt que prévu et, sans le savoir, cela m’a aidée à retrouver l’estime de moi. Passer un peu de temps en dehors de la maison et voir du monde m’a redonné le goût de moi-même. C’est seulement des années plus tard que j’ai compris que j’avais vécu une dépression durant cette période.

Si j’avais su.

Si j’avais su, j’aurais parlé. Si j’avais su quel nom portait mon ennemie, je me serais battue contre elle. Je me serais inscrite à des activités malgré l’hiver. Je me serais confiée à mon médecin. J’aurais rencontré plus souvent d’autres parents. Bref, j’aurais trouvé des alliés pour m’aider à profiter pleinement de ma nouvelle vie de maman. Lors de mes deux autres congés de maternité, je suis restée à l’affût des symptômes et croyez-moi, la petite sournoise est restée sur le palier!

Catherine Goldschmidt
Je suis une drôle de maman qui adore dénicher ou inventer des jeux simples et peu coûteux pour amuser les enfants.
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Commentaires (11)

  1. Rosette 9 mars 2013 à 01 h 42 min
    C'est aussi le travail qui m a sauvee. Mais pas seulement. Je me souviens tres bien d'un long coup de telephone d'une amie tres chere passe depuis l'autre cote de l'ocean. Une amitie solide comme un chene peut aussi vous sauver.
  2. Catherine Goldschmidt 11 mars 2013 à 09 h 11 min
    Le chêne sera toujours au bout du fil ou du clavier. Toujours :-) J'ai les larmes aux yeux, c'est malin!
  3. Soso 9 mars 2013 à 23 h 20 min
    C'est extraordinaire que vous en parliez, de ces maladies. C'est encore plus extraordinaire de le faire en parlant de sa propre expérience.

    Car s'il demeure un tabou concernant la maternité, c'est bien la dépression post-partum. Le baby blues, presque toutes les femmes vont l'expérimenter après une naissance. Mais la dépression est plus grave, plus profonde. Heureusement qu'elle touche moins de femmes, mais tout de même (10 à 20% selon les statistiques). Pourquoi en parle-t-on que très peu? Pourquoi les femmes ne s'en parlent pas entre elles? La honte, bien évidemment, comme vous dîtes. Pourquoi être dépressive après la venue au monde d'un bébé en santé?! Mais pour plein de raisons!!!

    L'image d'une nouvelle maman resplendissante allaitant son beau bébé au crâne bien rond et aux joues bien roses, sur un fond de mur tout aussi rose, les deux se regardant les yeux dans les yeux... Quelle hypocrisie! Les premières semaines avec un nouveau bébé, surtout un premier, sont assez difficiles pour la plupart d'entre nous. Mais ça, personne ne le dis dans les cours prénataux...

    Avant, j'offrais des pyjamas tout mignons aux futures mamans d'un premier poupon. Maintenant, je leur offre des lectures, de l'écoute et surtout une réelle conversation sur ce à quoi elles doivent s'attendre.

    Mais bien sûr, une fois la routine bien installée et les hormones revenues à la normale, mais surtout l'émotion passée, le petit mur rose n'est pas bien loin...
  4. Catherine Goldschmidt 11 mars 2013 à 09 h 13 min
    C'est votre réponse et votre attitude qui sont extraordinaires :-)
  5. Rosette 12 mars 2013 à 14 h 32 min
    Pour une fois que c'est moi qui te fait pleurer...
  6. Véronique 11 mars 2013 à 12 h 35 min
    Merci d'en parler.. publiquement. Sans honte. Ça fait du bien. C'est rafraîchissant. Ça fait changement du discours "wondermaman sans peur ni faiblesse" qu'on se doit de tenir, tout le temps, au risque d'être sévèrement jugée.

    Qu'est-ce qui a changé dans notre société pour que la pression soit maintenant si grande sur les parents (principalement la maman, malheureusement, "on" la paie pour s'occuper de son enfant pendant un an, hein!) et que demander de l'aide soit rendu si mal vu? Qu'est-ce qui n'a pas changé pour que la dépression, même en 2013, soit toujours considérée comme de la paresse, de la faiblesse?

    Je suis maman de deux magnifiques enfants. J'ai eu deux grossesses plutôt difficiles mais deux merveilleux enfants en santé. Mais la pression est si grande pour accoucher naturellement, allaiter à la demande jusqu'au sevrage naturel, pour tenir une maison en ordre en ne dormant que 3 heures (non consécutives!) par nuit... l'information est omniprésente, on devient vite saturé, sur-informé et on ne peut même plus faire "semblant qu'on ne savait pas". Le cocon familial est souvent éclaté, géographiquement parlant, les amis sont trop occupés et, qu'on se le dise, demandé de l'aide, avouer qu'on n'y arrive pas c'est ouvrir la porte à des commentaires désobligeants, des jugements gratuits, qui ne font qu'empirer la situation. Demander de l'aide, avouer qu'on est dépassé, c'est accepté d'entendre des: "Bin c'est ça, des enfants!" "Prends sur toi ma grande!" et le pire: "Pourquoi t'a fait des enfants alors?" Pourquoi, aujourd'hui, alors que tout va si vite, que la plus part des femmes mènent de front une carrière, une vie de couple, une vie de famille, des relations amicales, etc. n'existe-t-il plus de "relevaille" ? Ces 40 jours "octroyés", sans jugement, à la femme pour se remettre? 40 jours où famille et amis se relaient pour s'occuper de tout pendant que la maman apprivoise son allaitement, sa nouvelle vie? J'imagine qu'il faut préserver cette image de wonder-woman à tout prix.

    J'ai eu deux grossesse difficiles, deux enfants en santé et surtout, deux dépressions post partum. La première fois, moi non plus, je ne savais pas. Et je n'osais pas parler de mes états d'âme et de mes difficultés, même à mon médecin: j'avais beaucoup trop peur qu'on m'enlève mes enfants! Il semblerait que je m'en suis sortie seule. Je n'ai jamais su réellement ce qui s'est passé... j'ai probablement cru qu'on passait toute par là. Le retour au travail, après 1 an où j'ai plus souvent pleuré que rit, m'a sauvé la vie.

    Puis s'est arrivé une 2e fois. J'ai su plus rapidement que quelque chose clochait. J'ai consulté, je consulte encore. Ça me fait du bien. J'ai toujours une piètre opinion de moi-même, je me demande sans cesse "pourquoi "elles" y arrivent et pas moi?" "Pourquoi "elles" n'ont pas besoin d'aide, et moi oui?" mais au moins, cette fois-ci, j'ai quelqu'un de compétent pour me guider dans mes réflexions et mes découragements.

    Moi aussi, quand une amie m'annonce une première grossesse, je n'offre plus de pyjamas rose ou de petit soulier bleu. C'est inutile quand nos rêves ne rencontrent finalement pas la réalité. J'offre une séance en ostéopathie, j'offre de la lecture déculpabilisante (ô diable Dr Chicoine!), j'offre une bonne jasette mais j'offre surtout de l'aide et je me montre telle que je suis. Avec mes forces mais surtout, mes faiblesses.

    Parce que c'est souvent là, le problème... à force de trop cacher nos difficultés, tous et chacun finissent par croire qu'ils sont les seuls à trouver ça difficile. Si les gens ne se sentaient pas obligé de faire comme si tout était merveilleux, obligé de cacher des larmes de fatigue ou de désespoir, si les gens ne se sentaient pas tenu d'afficher, en toute circonstance, une image de femme forte, qui gère tout d'une seule main, sans problème. Ça ne devrait pas être tabou de dire: "Au début, ma mère a dû venir faire mon ménage à tous les vendredi parce que je n'arrivais pas à tout faire".

    Si on se donnait le droit d'être un peu plus honnête, sans avoir à craindre les jugements souvent sévères d'autrui, on se sentirait moins seul quand nous avons l'impression que tout bascule. C'est tellement difficile de passer nos journées à se demander pourquoi on y arrive pas alors que tout le monde SEMBLE y arriver tout seul. Mais il est là le mot clé.. il y a un monde de différence entre ce que les gens laissent paraître de leur quotidien et ce qu'ils vivent vraiment.

    Je me sors présentement de ma 2e Dépression Post Partum (DPP) et il n'y a qu'une seule phrase qui me fait du bien:

    "La dépression n'est pas un signe de faiblesse. C'est un signe qu'on a essayé d'être fort trop longtemps."

    Donc non, je ne suis pas moins bonne ou plus faible que n'importe quelle autre maman... ;)
  7. Julie 11 mars 2013 à 13 h 30 min
    Merci les super-mamans de vos commentaires!

    Moi aussi, j'ai deux enfants fantastiques en santé et je sors tranquillement pour une seconde fois de cette fameuse dépression sournoise... Ce qui m'a surtout aidée, c'est de sortir de la maison, jaser avec d'autres mamans, bref savoir que l'on n'est pas seule à trouver ça difficile parfois! Comme dit Véronique plus haut, beaucoup trop de pression (que l'on se crée souvent soi-même), peu d'aide de l'entourage parce que l'on n'ose pas la demander. Non, mais pour qui se prend-on??

    Brisons le mythe du congé de maternité qui n'offre que bien-être et plénitude. Honnêtement, si on me demande comment c'est avec mon petit dernier, je réponds que c'est difficile. Être maman, c'est de loin ma plus grande fierté, mais c'est aussi le rôle qui m'a le plus obligée à me remettre en question.

    Pour toutes les mamans qui trouvent ça difficile au jour le jour, je peux vous dire qu'il existe des ressources, il ne s'agit que de faire le premier pas et de demander de l'aide. Personnellement, j'ai eu beaucoup d'aide de la conférencière Isabelle Dagenais (qui donne souvent des conférences gratuites) et de la Ligne Parents, à vous de trouver ce qui répond à vos besoins.
  8. Véronique 11 mars 2013 à 13 h 53 min
    Effectivement, il faut arrêter de croire qu'on est la seule qui a besoin d'aide. Il faut arrêter de prétendre que c'est rose, c'est beau, c'est doux. Oui, ce l'est... mais ce n'est pas facile, surtout si on a eu une carrière, de se retrouver à la maison. Un bébé qui pleure, pour "je ne sais pas pourquoi mais c'est moi sa mère donc je devrais le savoir non?" c'est pas toujours facile à gérer. Il faut s'avoir accepter de se sentir dépassée et surtout, surtout, ne jamais jamais avoir honte ou peur de demander de l'aide. Que ce soit de demander à belle maman de nous préparer quelques pots de sauce à spaghetti. De demander à une amie de "surveiller le p'tit" le temps d'une douche. D'engager une femme de ménage si on en a les moyens. Personne n'y arrive seule sans aucune difficulté. Le prétendre c'est se mentir à soi même.

    Il faut un village pour élever un enfant (et surtout, pour aider sa maman!). Pourquoi nous isolons-nous, parfois jusqu'à en faire une dépression? Pourquoi acceptons-nous toute cette pression de performance, de perfection? Pourquoi ce besoin de tout savoir si c'est pour se rendre compte que finalement, on fait ce qu'on peut, pas toujours ce qu'on veut?

    Utilisez les ressources mises à votre disposition, n'hésitez pas à vous inscrire à un cours "maman bébé" même si, sur le coup, ça semble juste une autre tâche de plus à cadrer dans un horaire surchargé, ça fait tellement de bien, de développer un réseau. Et surtout, n'hésitez pas à le dire, quand ça va moins bien. Vous seriez surprise de constater ce par quoi les autres mamans ont dû passé, parfois.

    Il n'y a aucune honte à prendre le temps de s'adapter à une nouvelle réalité.
  9. Jennifer 11 mars 2013 à 19 h 14 min
    Ça fait du bien de vous lire...Je suis actuellement en congé de maternité avec une petite puce de 5 mois et demi et je trouve ça DIFFICILE...Pourtant, j'ai de l'aide, beaucoup d'aide de ma maman qui prend ma puce à dormir pour me laisser du temps pour moi. Mais, on dirait que je n'arriverai jamais à reprendre le dessus. Je fais des sorties, je vais à des rencontres mamans-bébés (qui me font énormément de bien)! Et quand j'ose dire que je suis fatiguée, à bout et que je trouve ça difficile on me répond: "au lieu de sortir et faire toutes sortes d'activités couche-toi l'après-midi"...Parfois, je me remets en question et je me sens dis, "ben coudon" je dois pas être normale (des fois je me sens faible et je me sens coupable), mais non je constate que c'est normal et que j'ai le droit, oh combien le droit, de dire que ce n'est pas toujours rose d'être maman. C'est difficile, mais c'est la plus belle chose au monde! :) Merci vous me réconfortez beaucoup avec vos commentaires!
  10. Marie-Pier 12 mars 2013 à 15 h 32 min
    J'ai fait une dépression majeure suite à ma première césarienne car personne ne m'a écouté quand à mon inconfort et quand cela s'est produit, je suis tombé dans gouffre....pour en sortir 15 mois plus tard! Je n'ai pas été capable de faire comprendre à mon entourage que j'étais figé de peur, je n'ai pas pu profiter des premiers mois avec mon fils car je ne faisais que pleurer. J'ai perdu mon emploi, ma fierté et plusieurs de mes amis. Lorsque j'ai eu ma 2e césarienne l'an dernier, je connaissais les signes et 6 mois après avoir eu ma fille, j'étais de retour au travail et en début de dépression (2e...). J'ai pris sur moi et j'ai été consulter tout de suite avec mon conjoint. Je suis en rémission présentement et je n'ai pas peur de le dire.

    Jennifer, dis-toi bien que la fatigue est normale, ce n'est pas nécessairement du repos physique mais aussi mental qu'il te faut. Les siestes, oui mais les sorties et voir du monde sont essentiels pour ton équilibre psychologique. C'est en en parlant que j'ai sensibilisé mon entourage à ceci et cela m'a fait énormément de bien d'en parler. Moi on me disait toujours de dormir quand mon fils dormait mais malgré des 18-20h de sommeil par jour j'étais encore fatigué. Ce qui m'a également aidé est d'avoir consulté une assistante sociale (référé par un psychiatre) et la 2e fois je me confiait à quelqu'un qui me connaissait moins personnellement et ça fait du bien de se confier à quelqu'un autre que notre entourage, qui ne nous jugera pas.
  11. Pascale 3 avril 2013 à 11 h 27 min
    Véronique , j'aime beaucoup ça : « La dépression n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signe qu’on a essayé d’être fort trop longtemps. »
    Quand j'étais en dépression, quelqu'un me disait aussi : « Dans le mot dépression, il y a DÉ-pression : comme la pression qui redescend....» . La grossesse, l'accouchement, les premières semaines avec bébé sont souvent source de beaucoup de stress. Du stress normal dû à l'adaptation et du stress de performance qu'on se rajoute aussi.. Pour ma part, j'ai accepté de me mettre beaucoup trop de pression sur les épaules autour de cette période. Je n'avais pas figuré à quel point je serais vulnérable et en constante adaptation. Au début ça allait, tout allait bien alors je me rajoutais des défis. Mais quand ma fille a eu environ 6-7 mois j'ai atteint un point d'épuisement intense et je réussissais de moins en moins à tout porter. Je me suis séparé peu après pour délester un peu de ce « poids ». La culpabilité que je vivais à ne plus réussir la vie de couple que j'avais souhaité, à briser la famille pour ne pas ignorer des gros problèmes et à ne pas être aussi bonne et énergique auprès de ma fille, mêlé à un manque de soutien quotidien m'ont plongé dans des états dépressifs... Heureusement, tout au long de cette période je continuais a fréquenter un groupe de mamans et à consulter mon psy. Cela m'aidait beaucoup à tenir le coup et avoir des remparts pour cette période plus confuse. J'ai repris le travail quand ma fille avait 10 mois et je me suis mise à remonter la pente peu à peu et à régler les problèmes un à un. Même si je ne souhaitais pas reprendre le travail comme plusieurs l'ont dit plus haut, ça m'a aussi sauvée! Je me valorisais dans ce que je faisais et je socialisais avec des adultes.

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