Prévenir l'anorexie, ça commence tôt

Prévenir l'anorexie, ça commence tôt
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
25 février 2012

On ne se doute pas que les belles joues rondes de notre bébé qu’on aime tant bécoter puissent un jour se creuser au point de nous inquiéter. On n’imagine pas que ses cuisses dodues qu’on aime bien chatouiller puissent se décharner. On ne s’imagine pas que celle qui boit avidement à notre sein ou qui mange son repas avec appétit puisse un jour refuser de s’alimenter. On refuse de croire que son regard rieur puisse un jour déformer son corps. Pourtant, l’anorexie nerveuse et la boulimie menacent toutes les petites filles (et même les garçons). Dont la mienne.

On croyait que les troubles alimentaires comme l’anorexie nerveuse et la boulimie ne touchaient que les adolescentes. C’est faux. Des fillettes de moins de 10 ans en souffrent. Les médecins eux-mêmes sont mystifiés. Et préoccupés, il va sans dire. L’anorexie nerveuse menace tout de la croissance : la solidification des os, le développement des muscles et du cerveau, la maturation sexuelle, etc. En fait, l’anorexie nerveuse menace même la vie.

Cette réalité me donne froid dans le dos. Puis-je prévenir une éventuelle dégringolade menant à l’autodestruction?

Oui et non. Il existe une prédisposition génétique à l’anorexie et à la boulimie à laquelle je ne peux rien. Ma fille peut être vulnérable, peut ne pas l’être. Et si elle est vulnérable, elle développera peut-être la maladie si un événement ou une condition la déclenche. Ça fait beaucoup de « peut-être » sur lesquels je n’ai pas de pouvoir. Les seuls facteurs sur lesquels j’en ai, ce sont les attitudes, les comportements et les paroles qu’elle observe et qu’elle entend à la maison. On ne peut pas la protéger de tout, mais on peut la protéger de nous. (Oui, j’ai écouté la chanson Les belles années, de Vilain Pingouin récemment!)

Mes enfants ont seulement 3 ans et 5 ans et, déjà, j’ai cette protection et cette prévention en tête. Concrètement, leur père et moi (parce que c’est l’affaire des deux parents) :

  • évitons les commentaires relatifs à leur poids;
  • évitons les commentaires relatifs au poids de leurs petits amis ou éducatrices;
  • évitons de critiquer notre poids ou notre silhouette devant eux;
  • demandons gentiment à leurs grands-mamans de faire la même chose;
  • ne parlons pas « d’aliments qui font grossir ou non »;
  • n’essayons pas de contrôler les quantités d’aliments que nos enfants mangent;
  • ne privons pas les enfants de dessert ou de croustilles quand nous en mangeons.

Comme parents, nous sommes des modèles pour nos enfants. Avec nos qualités et nos défauts. À travers tout ce que nous faisons, disons et même pensons, nous influençons leur développement. Il faut donc être conscient qu’à travers nos travers, ils sont susceptibles de développer une préoccupation à l’égard de leur poids et de l’alimentation. Pour les aider à s’aimer comme ils sont et pour les aider à aimer manger sainement, il faut essayer d’appliquer ces principes à soi aussi.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (6)

  1. Anne Marie 25 février 2012 à 20 h 36 min
    Je suis à 100% d'accord avec vous, et j'ajouterais que malheureusement si l'industrie de la mode pouvait faire un effort cela aussi aiderait grandement! Quand je vois des femmes mannequins de 60 livres, ou encore des photos tellement retouchées qui montrent une silhouette impossible à atteindre, moi aussi je frissonne. Ou encore, tout dernièrement, j'ai vu un article qui parlait de la fille de Cindy Crawford qui a fait ses débuts dans la mode avec une photo que plusieurs ont jugé trop sexy pour ses 10 ans. (Taper Kaia Gerber sur google) En mini-jupe! Très controversé d'ailleurs...

    Vous donnez une liste de conseils sages à suivre et celui qui dit de dire aux grands-mamans de faire attention me rejoint particulièrement. Mes parents sont d'une époque bizarre! Je ne me souviens pas de mon enfance à table vraiment, mais quand je les vois avec mes enfants insister pour une bouchée de plus, et féliciter lorsque cette bouchée est prise, genre "ah! là Grand-Maman est contente!" c'est moi qui a envie de me faire vomir! Mais je réplique toujours à mes enfants: ne mange que si tu as faim, tout le monde t'aimera quand même.

    Merci pour cet article de sensibilisation!
  2. Anne Marie 25 février 2012 à 20 h 41 min
    J'oubliais de dire....(désolée j'écris beaucoup):

    sait-on si ces troubles alimentaires sont de notre époque ou ont-ils existé depuis la nuit des temps? Je me questionne à savoir si le fait que nous vivions à l'ère des communications (publicité, mode, etc) aurait une relation. Si on recule à des temps ou la vie n'était pas superficielle comme elle l'est aujourd'hui, voyait-on ces maladies se manifester?
  3. Eve 26 février 2012 à 12 h 25 min
    Très bel article. Moi aussi ça m'inquiète beaucoup. J'ai une amie qui a une fille de 6 ans et déjà je l'ai entendu dire qu'elle ne voulait pas mangé car elle avait peur d'engraiser. Imaginez vous la surprise que j'ai eu en entendant ça. La société devrait focuser beaucoup plus sur la santé de la population que du "look" des gens. Un mannequin de 60 livres est probablement beaucoup moins en santé qu'une jeune fille qui a 10 lbs en trop. J'ai même vue récemment une compagnie qui commence à utiliser des mannequins virtuels pour les photos de magasine et sur son site internet. Imaginez les petites filles ( car cette compagnie est principalement pour les jeunes filles et jeunes garçons) qui regardent ces photos en voyant des femmes "parfaite". Un "idéal" impossible à atteindre car les mannequins sont faux. ( Quand je parle de "parfaite" et " d'idéal" c'est selon la compagnie et non mpn opinion). D'après moi, nous devrions enseigner à nos enfants les principes de base d'une bonne alimentation et surtout leur dire que le corps parfait est celui dans lequel ils sont bien et se sentent bien pas celui que la mode nous montre.
  4. minina lyna 28 février 2012 à 12 h 49 min
    Je suis vraiment contente d'avoir lu votre article, et vous remercie beaucoup pour ça. Je suis d'ailleurs parfaitement d'accord avec vous quand vous dites que -non seulement- il ne faut pas faire de remarques (incessantes parfois)à nos enfants sur leur alimentation ou sur leur poids, mais qu'il est aussi necessaire de faire attention quant aux propos qu'on tient sur nous-memes quand ils nous ecoutent!!! Car on s'en rend pas forcement compte, mais c'est déja l'image qu'on a de nous memes qui les influence beaucoup, parfois on passe notre temps à dire qu'on voudrait perdre du poids, qu'on est au régime...alors que ces petits sont des radars et des eponges qui entendent tout, et réflechissent en silence a nos paroles. bon couraje a toutes et a tous!
  5. Anonyme 29 février 2012 à 17 h 48 min

    Ne vous mettez pas de pression inutile sur ce que vous ne devez pas dire ou faire. Aidez-les à comprendre la différence entre la réalité et la fiction ? En effet inculquer une éducation alimentaire saine et équilibrée, introduire des habitudes alimentaires dès le plus jeune âge, va outiller les plus petits pour l'avenir et prévenir des fluctuations de poids.
    C'est en effet déplorable que des tout-petits soient mis face à cette fausse réalité et les complexes qui peuvent en découler. Mais tant que les parents sont présents et à l'écoute il est possible d'agir sur les perceptions des jeunes enfants. Avant tout aimez-vous enfants et dites-leur, car rendus à l'adolescence il faudra qu'ils soient profondemment et inconsciemment convaincus que vous les aimez.
    L'heure de l'inquiétude est à l'heure de l'adolescence. L'anorexie mentale est un suicide lent qui gruge, mine et détruit sournoisement et efficacement. Les dommages psychologiques, physiques et collatéraux liés sont des bombes atomiques à retardement. L'anorexie mentale ne se résume pas à la recherche d'une apparence parfaite, d'une silhouette irréprochable, c'est le moyen efficace pour disparaître. Tant que l'ado n'est pas majeur, l'hospitalisation ultime reste la solution, mais une fois ado, personne ne l'obligera à se faire hospitaliser. L'anorexie mentale tue, celles et ceux qui s'en sortent ne sont pas à l'abri de tomber de l'autre côté du versant dans la boulimie. L'anorexie aussi vicieuse et destructrice soit elle, apporte une sensation de pureté par le vide qu'elle crée, la boulimie quant à elle apporte un sentiment de dégoût et de rejet envers soi-même, sauf que l'apparence prouve le contraire (tant que le corps est charnu = tout va bien) c'est faux et c'est même pire. Le corps n'est plus en danger de mort, mais l'esprit quant à lui est tout autant meurtri.
    Prenez soin de vos petits et petites. Ils sont vulnérables à tout ce qui les entoure : TV, journaux, paroles, mais les relations d'adultes, les non-dits, les mauvaises interprétations, les relations nocives peuvent tout autant détruire que des images. Les paroles détruisent autant que des images.


    L'anorexie mentale exprime un mal être, cette maladie n'est pas uniquement une envie d'avoir un corps parfait, c'est un suicide lent.
  6. Stephanie Cote 1 mars 2012 à 01 h 39 min
    Merci à tous pour vos commentaires et témoignages. C'est un sujet troublant. Et en effet, le problème de l'anorexie va au delà de la recherche du corps "parfait". Les personnes qui en souffrent vivent une grande détresse...

    @Anne Marie, l'anorexie existe depuis plusieurs siècles. La première description répertoriée remonterait à la fin des années 1600. Le terme anorexie mentale serait employé depuis la fin des années 1800 environ. C'est un trouble mental qui n'a pas seulement comme origine un idéal esthétique. Est-ce que les changements de normes sociales, les médias, la mode et autres facteurs ont influencé la prévalence? C'est fort possible. Cela dit, je n'ai pas trouvé de données sur l'augmentation des cas au fil du temps.

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