Le bonheur des mots

Le bonheur des mots
17 février 2012

Je peux leur poser 20 questions dans la journée sans obtenir une seule réponse. Mais, le soir, après un bon lavage de dents, deux ou trois lectures et une chanson débile (histoire de finir la journée par un éclat de rire), j’ai droit au résumé de leur journée.

Du côté de ma fille, qui est encore à la garderie, c’est variation sur la même phrase. TOUS les soirs, elle me lance d’un seul souffle : « Suis arrivée à la garderie, z’ai posé mon manteau, z’ai descendu, z’ai zoué, z’ai ranzé, z’ai manzé, z’ai dormi et puis papa est arrivé. »

P-a-l-p-i-t-a-n-t.

Même si je manque de m’endormir chaque fois, je reste fidèle au poste. Soir après soir quand elle me dit : « Maman, tu veux que je te raconte ma zournée? », je réponds invariablement oui. J’ose quand même une ou deux questions pour pimenter un peu le récit. En vain. Elle ne se souvient jamais de rien. Je ne lui en veux pas. Moi aussi, j’en perds des bouts quelquefois. En attendant, c’est moi qui parle. Je lui raconte ma journée, lui parle de ses poupées, de ce qu’on va faire le lendemain. Elle adore ça. Je sais que les mots que j’attends sont à deux doigts de se réveiller. J’ai semé les mêmes graines chez mes deux plus grands et j’en récolte aujourd’hui les fruits.

Mon fils, longtemps très timide, est aujourd’hui intarissable lorsque j’éteins la lumière de sa chambre. Il a vite compris que me raconter sa vie lui permettait de gagner quelques minutes de plus avant de dormir. Mais je crois sincèrement qu’il adore ça. C’est le seul moment dans la journée où il se livre vraiment probablement parce que je suis seule avec lui. Cote à cote, nos regards tournés vers son plafond illuminé d’étoiles, on se parle de tout et de rien. Quand il ne sait pas quoi dire, il me pose des questions, puis me raconte ses amours, ses amis, ses rêves. Il me parle de son jeu vidéo préféré. J’écoute de plus en plus. Je parle de moins en moins. Ça dure 5 minutes parfois un peu plus. Je savoure chacun de ses mots en espérant qu’une fois devenu grand, il fasse la même chose que sa grande sœur.

À 15 h tapante, mon ado me rejoint dans mon bureau, s’assoit en face de moi, m’embrasse et me raconte sa journée sans que je lui pose une seule question. Un vrai moulin à paroles. Je suis incapable d’en placer une! Les mots fusent. Humeur, anecdotes, bonne ou mauvaise note. Je la regarde s’agiter, rire, s’énerver. Je souris en me trouvant bien chanceuse d’avoir réussi à construire ce lien avec elle.

Si vous êtes comme moi : patience! Continuez d’écouter leur silence ou la même maudite phrase aussi souvent que vous le pouvez. Racontez-leur vos journées, vos rêves, vos histoires d’enfance. C’est le meilleur moyen de leur donner envie de parler et découvrir que le bonheur est dans les mots.

Catherine Goldschmidt
Je suis une drôle de maman qui adore dénicher ou inventer des jeux simples et peu coûteux pour amuser les enfants.
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Commentaires (9)

  1. Anonymous 19 février 2012 à 19 h 27 min
    Je fais l'exercice tous les soirs depuis des mois mais je pensais pas de raconter ma journée à moi... bel exemple pour l'enfant. Tu es une maman pleine de ressouces et de bonnes idées! Merci pour ce partage avec nous!
  2. Catherine V. 20 février 2012 à 21 h 08 min
    Très beau billet.
    Nous, et c'était comme ça dans mon enfance aussi, c'est au souper qu'on se raconte nos journées. Mon plus petit, bientôt 3 ans, répète lui aussi la même chose tous les soirs : «Ai joué dewors!» ou «Ai pas joué dewors!». Rien d'autre. Le plus vieux, 4 ans, je réussis à avoir des détails en posant les bonnes questions!
    Mais l'idée de le faire un peu plus en privé, j'aime beaucoup.
    Merci :-)
  3. Catherine Goldschmidt 21 février 2012 à 12 h 00 min
    Merci! Nous aussi chez nous, on se parle beaucoup à table, mais comme mes deux filles sont particulièrement drôles et volubiles, mon fils a plutôt tendance à jouer le rôle de spectateur. Il rit beaucoup, mais s'exprime moins. Ce petit moment juste à nous lui fait donc beaucoup de bien
  4. Josyanne 22 février 2012 à 00 h 10 min
    J'ai beaucoup apprécié ce billet. C'est vrai que ça commence tout petit la communication. Aussi, bébé changera bientôt de lit et même de chambre et j'avais le goût de changer un peu la routine de dodo.. je pensais à lui lire une histoire, mais la discussion avec maman, je trouve ça génial!
  5. Amélia 22 février 2012 à 03 h 01 min
    Très belle histoire, merci! Avec preuve à l'appui en prime : vous êtes effectivement bien chanceuse d'avoir une ado qui vient se raconter ainsi naturellement jour après jour auprès de vous. On se le souhaite à tous!

    Un soir, j'ai dit à mon fils de 6 ans : «Tu sais, toi aussi, tu peux me demander ce que j'ai fait de ma journée.» Comme votre fils, le mien a compris qu'il gagnait ainsi quelques minutes avant le dodo. N'empêche, je me rends compte que ce que je lui raconte l'intéresse vraiment : il me pose mille et une questions sur le sujet du jour (ou «du soir»!). J'en suis la première étonnée. Vraiment.

    Parfois, c'est moi qui ne sais plus trop quoi lui raconter parce que je me dis que tel ou tel détail ne l'intéressera sûrement pas. Eh bien, j'ai tout faux, car un soir, nous avons épilogué sur les subordonnées circonstancielles (oui, oui) et un autre, sur la paralysie cérébrale et le cancer du cerveau chez les enfants -non, non, je ne suis pas une spécialiste en la matière!

    Comme quoi, il n'y a pas de mauvais sujet. L'important, c'est de discuter... «de construire un lien» avec son enfant, comme vous le dites si bien.
  6. Brigitte 22 février 2012 à 14 h 55 min
    Mon garçon de 6 ans ne se raconte pas beaucoup mais hier il avait vécu un conflit à l'école et il m'a demandé conseil. C'était très compliqué comme histoire mais à force de lui poser des questions, j'ai démêlé les cartes et pu lui donner conseil. Je me dis que s'il me raconte ses petites chicanes de récréation et que je suis à l'écoute, il y a des chances que plus tard il me confie des problèmes plus importants.
  7. Pascale 1 mars 2012 à 11 h 01 min
    Chapeau Catherine! J'adore la façon que tu t'y prends. J'en retire quelques astuces que je vais mettre en pratique dès maintenant. Il n'est jamais trop tard pour commencer.
  8. Catherine 5 mars 2012 à 16 h 37 min
    Merci pour le beau billet.

    Nous aussi avec fille de presque 3 ans on discute avant le dodo. Je lui demande quel est le plus moment de sa journée et je suis toujours surprise de voir la pertinence des ses réponses! Il y a parfois méprise sur la journée mais il en ressort toujours quelque chose.
  9. Catherine Goldschmidt 5 mars 2012 à 20 h 04 min
    On a tous une histoire à raconter et, même si j'adore les livres, j'ai découvert que je n'avais pas toujours besoin d'eux pour le faire.

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