Ma mère et moi…

Ma mère et moi…
8 juin 2011

Ma mère était une super maman, comme toutes les mères de son quartier. Elle fumait dans la maison (on n’avait pas encore découvert la fumée secondaire), me nourrissait au biberon (les spécialistes affirmaient que c’était meilleur pour ma santé que le lait maternel), me couchait sur le ventre en me laissant pleurer des nuits entières dans mon lit (sa voisine lui avait dit que c’était un truc infaillible pour m’apprendre à m’endormir seule) et évitait de me prendre trop dans ses bras (non! aux bébés capricieux). À 3 mois, elle me nourrissait avec des céréales et à 3 ans, m’obligeait à finir mon assiette si je voulais manger mon dessert. À 4 ans, elle me laissait faire du vélo sans casque, ne m’attachait pas dans l’auto, ne jouait presque jamais avec moi et me racontait rarement des histoires avant de me coucher.
 
Si l’Inquisition existait encore, je crois que ma pauvre mère serait brûlée vive sur le bûcher de l’irresponsabilité pendant que moi, pauvre victime, serais élevée au rang de sainte Survivante pour avoir résisté à cette mère sans bon sang. Pourtant, ne vous en déplaise... je la défendrai corps et âme.

Évidemment, quand elle m’a raconté comment ça se passait à son époque, j’ai failli courir à l’hôpital pour réclamer un examen complet de mon corps et de mon esprit. Faute de temps, je me suis ravisée pour me concentrer sur le bien-être de mes propres enfants en suivant les conseils de ma génération de spécialistes. Après tout moi aussi, j’ai le droit d’être une super maman comme toutes les mères de mon quartier, de la blogosphère.

Alors, pourquoi la défendrai-je? Lorsque je rembobine ma mémoire, je n’ai pas l’image d’une femme en bigoudis, cigarette au bec en train de m’enfourner un biberon dans la bouche, mais plutôt celle d’une femme aimante et souriante qui m’attend à la sortie de l’école avec un croissant au chocolat. Je la vois aider ma maîtresse à préparer une activité en classe, coudre mon costume d’oiseau des îles, ranger ma chambre, me border le soir après avoir déposé un baiser sur mon front, jardiner près de moi pendant que j’invente des histoires de monstres avec des brins d’herbe. Je la sens encore me serrer dans ses bras pour sécher mes larmes de petite fille blessée. Je l’entends rire de mes blagues, changer mon lit de place pour me donner l’impression de dormir dans une nouvelle chambre. Bref. Elle est là, aux 4 coins de mon enfance. Ce sont ces images que j’ai gardées bien au chaud dans ma mémoire pour les offrir à mon tour à mes enfants, avec quelques gestes en moins (coudre!) et quelques autres en plus (lire et jouer!).

Et vous (je suis curieuse), qu’avez-vous gardé de votre éducation et que faites-vous de différent?

Catherine Goldschmidt
Je suis une drôle de maman qui adore dénicher ou inventer des jeux simples et peu coûteux pour amuser les enfants.
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Commentaires (14)

  1. Caroline 8 juin 2011 à 14 h 05 min
    J'ai toujours hâte de lire votre billet! Et celui-ci m'a beaucoup inspiré!!

    Ce que je garde de mon enfance... les vendredis soirs! Les crêpes pour le souper, un film après le bain avec un petit bol de pop-corn et un petit verre de liqueur que l'on savourait! Et l'hiver, on ajoutait à cette soirée une grosse doudoune et un beau feu de foyer!

    Mon enfance, c'est aussi les vacances d'été et le camping. Le camping dans une tente à terre!!! Le bruit des gougounes d'une personne qui passe près de la tente à 5h30 du matin pour aller aux douches. C'est l'odeur des toasts et des oeufs que mon père nous préparait sur le petit poêle. Ce sont les après-midis pluvieux où l'on ne pouvait se rendre à la plage et où l'on jouait à des jeux de société dans la cuisinette extérieure! Les châteaux de sable, la baignade, les hot-dogs et les magasins sur la grande allée à Old Orchard!!!

    Mon enfance, c'est aussi les réunions de famille. Ma mère vient d'une famille de 16 enfants et mon père de 13! Alors, imaginez... Je me souviens encore des Noël chez tante Claudette où l'on mangeait toujours des vol-au vent, mais où règnait une ambiance de fête avec les cousins et cousines, la musique et les chansons, les nuits écourtées où l'on dormait 5 ou 6 par lit dans le grenier de la maison familiale. C'est aussi le jour de l'An chez ma marraine Monique dans la Beauce avec les Bye-Bye, l'échange de cadeaux, les jeux de cartes et le fuseau, le patin sur le petit lac artificiel devant la maison, les balades dans la rue en traîne-sauvage attachée au quatre-roues de mon parrain...

    Évidemment, il y a des choses de mon enfance que je ferai différemment avec mes enfants. Surtout à l'adolescence!!! Mes parents sont des parents fantastiques, mais qui étaient très sévères. Ma mère a décidé de ce que j'allais porter comme vêtements jusqu'à mes 16 ans( comme toute bonne adolescente, j'apportais du linge de rechange à l'école dans mon sac-à-dos!!). Ma soeur et moi étions réveillées à 8h30 le samedi matin pour participer aux tâches de la maison ( ce qui n'est pas mauvais, mais... à moins fort dosage!!!). Nos sorties le week-end devaient être jumelées avec les commissions en ville de mes parents ( nous restions un peu à l'écart de la ville), ce qui n'aide pas les relations sociales si importantes à cet âge. Pour terminer, il n'y avait pas beaucoup de communication chez nous pour les choses plus "personnelles". Rien ne nous as été vraiment expliqué... Il y avait des sujets tabous, comme la sexualité et la religion.

    Comme tous les parents, les miens ont fait de leur mieux avec ce qu'ils étaient tout comme je fais de mon mieux avec les miens. Aucun parent n'est parfait et chaque enfant garde dans l'éducation qu'il reçoit, ce qui lui plaît et ce qu'il apprécie et comble le reste avec ce qu'il est, ce en quoi il croit et ce qu'il voit autour de lui!!

    Merci pour ce beau billet qui m'a fait replonger dans ce que je suis!!

    Caroline, 32 ans
    maman de 3 enfants en bas de 4 ans!!!
  2. Danielle 8 juin 2011 à 14 h 52 min
    Très touchant encore une fois. Je crois que tu as eût une super maman et qu'elle est une grand-maman tout aussi formidable pour ses petits enfants.
  3. Tasnime Akbaraly 8 juin 2011 à 17 h 46 min
    Ces histoires ressemblent bien à la mienne...
    j'en conclue que nos mères, malgré tout, nous ont inculqué une certaine ouverture d'esprit et une forme d'intelligence et de sensibilité sinon nous serions incapables aujourdhui de faire la part des choses!
  4. Isabelle 8 juin 2011 à 19 h 30 min
    Alors, pourquoi nous démenons-nous à en faire autant pour nos petits alors que nous gardons des mémoires nostaligiques et positives de notre propre enfance cahotique?
  5. Catherine Goldschmidt 8 juin 2011 à 20 h 04 min
    @ Caroline Waouh! Quelle belle bouffée d'enfance. C'est très touchant.
    @ Danielle Oh que oui!
    @ Tasnime avec l'amour comme même fond commun :-)
    @ Isabelle C'est une e-x-c-e-l-l-e-n-t-e question! Nous avons accès à tellement d'informations et d'opinions aujourd'hui. Peut-être réfléchissons-nous trop au lieu de vivre les choses plus simplement. Je ne sais pas... Je vais y réfléchir! ;-)
  6. Eve C 8 juin 2011 à 21 h 27 min
    Autre temps, autre moeurs. Par contre, je suis certaine que nos mères ont étés aussi inquiètes et soucieuses de faire le mieux pour nous et de nous éduquer de la bonne façon autant que nous le sommes pour nos enfants!! Les informations sont différentes et plus abondantes, c'est tout!
  7. rosette 9 juin 2011 à 08 h 00 min
    Des parties de dames endiablées, le meilleur gâteau au chocolat du monde (une recette qui se transmet de génération en génération !), elle, fumant sur le balcon en cachette de mon père, elle, un peu saoule un soir de jour de l'an (mais tellement drôle !), des bras aimant qui me serrent pour me réchauffer...
  8. Anne-Marie 9 juin 2011 à 13 h 14 min
    Le bonheur de cuisiner avec elle. Un bonheur que je partage avec mes enfants maintenant. La lecture aussi. Ma mère aimait les livres. J'aurai tellement voulu lui envoyer votre texte et lui dire merci maman de m'avoir tant aimé.
  9. Tanya 9 juin 2011 à 14 h 29 min
    Ma mère m'a allaité seulement 3 semaines jusqu'à ce que je commence mes coliques. Elle mettait ma doudou dans la sécheuse et m'installait dans mon siège sur le dessus afin de pouvoir faire pipi (j'ai fait beaucoup de coliques). À 3 mois, je me faisais garder à la maison car elle recommencait à travailler. Mes deux parents fumaient dans la maison etdans la voiture (et on n'avait pas le droit d'ouvrir les fenêtres, sinon on attraperait ub rhume!).

    Les dimanches, on allait à la messe avec ma mère et en revenant, on se dépêchait de se changer pendant que mon père nous faisait des oeufs, des crêpes ou du pain doré avec du boudin, du bacon ou du baloney cuit dans la poële. Et ensuite, nos parents nous mettaient dehors, mon frère et moi et on n'avait le droit de rentrer avant 16h - c'était leur temps à eux!

    Je me souviens aussi de ma mère qui rentrait du travail à 16h30 et commencait à préparer le souper pendant qu'on regardait la téléau lieu de faire nos devoirs. Si elle nous demandait de l'aider, on chignait (désolé maman!). Mon père arrivait à 18h00 et tout le monde se mettait à table (et nous aussi on devait finr notre assiette). Ensuite devoirs, bain, histoie et dodo.

    Mes parents n'étaient pas parfaits, mais ils ont toujours fait de leur mieux et j'ai l'intention d'en faire de même avec mes enfants.

    Tanya, 26 ans, maman d'une petite fille de 4 mois.
  10. M 9 juin 2011 à 17 h 14 min
    Tu m'as fait revivre des souvenirs de mon enfance sous ta plume! ;-)) Lorsque je me surprends à penser que je ne joue pas assez avec mes enfants, je me dis que je passe beaucoup plus de temps à faire des trucs avec eux que mes parents ne l'ont fait avec moi! Et ditto: je crois que nos parents nous ont élevés avec tout leur amour, au meilleur de leurs connaissances et capacités et que nous ferons tous de même, à NOTRE façon. L'amour est la base de tout et transcende tout!
  11. Catherine Goldschmidt 14 juin 2011 à 01 h 50 min

    Un jour, à une mère qui l'interrogeait sur la meilleure méthode d'éducation, un certain docteur Freud lui a répondu : "Faites comme vous l'entendez, de toute façon, ce sera mal" Pauvre femme!

  12. Anonyme 14 juin 2011 à 13 h 49 min
    J'aime bien ce dernier commentaire. Peut importe ce qu'on fait ou ne fait pas, c'est mal.

    Je suis une maman qui a manqué d'amour étant petite. Ma mère m'aimait mal, très mal.

    Pourtant, aujourd'hui, je n'ai aucun effort particulier à faire pour aimer mes enfants. Je suis souvent accusée d'en faire trop et de M'EN faire trop. Je surprotège, j'allaite longtemps, je porte. J'ai même osé dormir avec mes enfants jusqu'à leur 18 mois chacun.

    C'est le jugement des autres, de nos jours, qui blesse souvent. On jalouse ou on croit détenir la vérité. Dormir avec son bébé, quelle inconscience! Allaiter trop longtemps les rend pervers! Ce sont des exemples de choses déjà venues à mes oreilles.

    Entre ça et mes souvenirs tristes, je préfère de loin surprotéger mes enfants.

    Cela dit, j'adore votre billet. Peut importe ce qu'on fera !
  13. Julie 15 juin 2011 à 00 h 56 min
    Moi ce que je me souviens d emon enfance avec ma mère... les sorties d'école. Elle nous accompagnait toujours et partout. Elle travaillait que le osir, alors elle était toujours avec nous!

    Aujourd'hui, pou rmon fils je veux lui rendre la pareille... être là pour toutes ces sorties excitantes avec les amis de l'école... Je me souviens aussi de tous les costumes et linge de poupée que ma mère faisait... de tout le temps qu'elle a pu nous donner à mon frère et à moi, elle jouait avec nous, nous chantait des chansons avant de nous border le soir... on cuisinait ensemble...

    Elle enseignait, alors on l'avait à nous tout l'été... ça c'était vraiment l'fun! Nos piques-niques en famille sur le bord de l'autoroute... quels bons souvenirs!
  14. Lynda 10 juillet 2011 à 06 h 21 min
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