Jeux de mains, jeux de vilains

Jeux de mains, jeux de vilains
Par Dre Taz, Omnipraticienne
20 mai 2010

Il est 17 h 30. Chez moi, c’est l’heure fatidique. Je rentre du boulot, exténuée. Mais ma deuxième vie commence : le souper, le bain, les messages sur le répondeur, la lessive... Vous connaissez la chanson. En général, tout est sous contrôle. Mais toute généralité a une exception.

Il y a des jours où la vie ne m’épargne pas : un patient qui a chopé un cancer, une panne de métro, la toilette qui a encore débordé, etc. Et c’est à 17 h 49 précise que mon fils, malgré mes avertissements répétés, persiste à jouer au ballon dans le salon. Il ne réussit pas à me décapiter, mais en revanche, fait tomber mon ordinateur portable.

C’est la goutte qui fait déborder la mère. La cerise sur la maternité. Ma main part toute seule et l’écho du bruit fracassant de ma colère résonne encore dans ma tête au moment où j’écris ces lignes.

En 2006, l’ONU a adopté une politique interdisant le châtiment corporel envers les enfants (que seuls les États-Unis et la Somalie ont refusé de ratifier). Plus de 80 études sur le sujet ont conclu que la punition physique majore le risque de conduite agressive, de maladies mentales, de toxicomanie et de manifestations antisociales diverses.

Mais bon, on se doutait bien de tout ça. Nous ne sommes pas des bourreaux d’enfants! On sait que la punition corporelle est loin d’être la méthode de discipline idéale. Mais on a parfois l’impression qu’elle est la seule appropriée dans certaines occasions, surtout lorsque ça touche la sécurité. Mais je suis toujours un peu ambivalente lorsqu’un parent me dit qu’une fessée est parfois nécessaire pour que l’enfant « retienne le message ».

Il est clairement démontré que lorsqu’on tape un enfant, il n’enregistre que la douleur et l’humiliation immédiates et oublie l’objet de notre colère. On lui montre que frapper, c’est permis. Paediatrics, une revue sérieuse, affirme que les fessées se sont révélées inefficaces dans le passé à l’école et que leur suppression n’avait pas augmenté les mauvaises conduites. Le magazine analyse 166 publications et ne met pas en évidence de résultats positifs sur l’utilisation de la fessée.

Mais, plus que tout, la fessée altère le lien de confiance inconditionnel que votre enfant vous porte. Et la confiance, vous le savez, c’est long à reconstruire.

Quelle que soit notre opinion sur la question, il existe d’autres moyens d’appliquer la discipline. Si vous vous sentez en perte de contrôle, la première chose à faire est de respirer. Une bonne inspiration ralentit  votre poussée d’adrénaline et bloque votre impulsivité. Ensuite, quittez la pièce. Recentrez-vous sur autre chose que la « catastrophe » qui vient de se produire. Enfin, je vous suggère de prendre contact avec quelqu’un de votre entourage : un voisin, un ami ou un membre de la famille. Il faut ventiler.

Le temps s’est arrêté. Mon fils et moi nous nous regardons, stupéfaits. Mes yeux rougissent en même temps que les siens. Que de douleurs inutiles! La vie est parfois injuste, mais mon petit chéri n’a rien à voir avec mes problèmes de plomberie ou d’horaires. Cette soirée-là, c’est moi qui suis allée dans ma chambre pour réfléchir.

Et vous, comment gérez-vous la discipline dans votre foyer?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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Commentaires (9)

  1. crazyvalou 20 mai 2010 à 15 h 44 min
    Chez nous, avec ma fille de 2 1/2 ans, c'est le retrait sur une chaise dans le coin. Elle déteste, mais ça fonctionne. Mais j'avoue que quelque fois je dois me gérer aussi lors des grosses gaffes pour ne pas me laisser aller la main. Je l'ai malheureusement fait une seule fois, il y a 6 mois et je l'ai encore grandement sur la conscience... J'avoue que ce n'était vraiment pas le comportement à adopter, mais ce fut plus fort que moi (elle voulait prendre son frère de 1 mois même si elle savait qu'elle ne pouvait pas, donc elle l'a échapper à terre...)
  2. marie carré 23 mai 2010 à 02 h 39 min
    Beaucoup de plaisir à lire ce texte, et j'avoue avoir l'impression de me retrouver dedans (même si je ne suis pas docteur.)
    Personellement, j'utilise principalement le retrait dans le couloir, et ensuite discussion quand la tension est retombée, mes filles ont 5 et 10 ans.
    Mais papa trouve souvent que c'est trop gentil et lui, il sort les enfants dehors sans chaussures... méthode que j'aprouve moyennement!
    Depuis que l'aînée grandie, j'essaie aussi d'utiliser la méthode des lignes, parfois écrire sur toute une page la même chose (bon exercice pour l'orthographe aussi, à mon avis!!!) mais plus souvent je lui pose une question en haut de la page et elle doit répondre, tout ce qui lui passe par la tête, en général la première page, c'est juste des récriminations ou des injures envers maman, et ensuite, le coeur calmé elle commence à y voir plus clair sur ce que je lui reproche. En grandissant, j'essaie davantage d'apprendre aussi à mes enfants de réfléchir sur leurs actions.

    En Europe, d'ailleurs il y a même certains pays qui ont interdit la fessée. Mais pour la France, pour l'instant elle s'y refuse... affaire à suivre.
  3. Sony Lamarre 23 mai 2010 à 02 h 59 min
    J'estime tres profitable ces articles sur la methode de punition a utliser pour corriger les enfants. Actuellement je vis une misere avec mon garcon de 3 ans et demi qui a tendance a mepriser les grondements de ses parents. Dorenavant je crois necessaire d'experimenter vos conseils pour pouvoir le recuperer. Bon travail!
  4. Sony Lamarre Joseph 23 mai 2010 à 03 h 52 min
    Dans ma famille, pour reprendre un enfant apres une betise commise, on l'enferme dans une chambre. Sincerement cela a deja porte des fruits. On n'est pas encore au stade voulu, mais on est plus ou moins certain qu'avec vos precieux conseils ajoutes a ce que nous experimentons, notre misere sera moindre.
    Plein de fois on a tendance a recourir a la punition physique. Mais on s'est reellement rendu a l'evidence que cette methode fait plus de tort que de bien. Voila pourquoi les parents comme ma femme et moi, doivent s'evertuer a valoriser la communication en vue de meilleurs resultats en matiere de comportement chez les enfants. En ce sens j'estime necessaire que les parents fassent front commun. Ils doivent se mettrer d'accord sur tel ou tel point afin d'eviter de permettre a lenfant de creer une tension entre eux.
  5. Tasnime Akbaraly 23 mai 2010 à 06 h 26 min
    Bonjour Mme Carré,

    vous avez raison, plusieurs pays européens ont adopté une politique interdisant la punition corporelle mais la France n'a effectivement pas suivi.

    j'aime beaucoup votre méthode de l'écriture, c'est une autre façon de favoriser la communication! Le but d'une punition est en effet de faire réfléchir sur la mauvaise action et ses conséquences!
  6. Tasnime Akbaraly 23 mai 2010 à 06 h 34 min

    La cohésion entre les parents est essentielle pour une discipline efficace. C'est la seule façon pour que les enfants comprennent que les règles sont fixes et importantes.


    Si papa et maman ne s'entendent pas, vaut mieux sauver les apparences devant l'enfant et en discuter plus tard!


    Mais je vous l'accorde, tout ce n'est pas du tout évident, surtout à certains âges où les enfants testent leur autonomie... et votre patience!

  7. Tasnime Akbaraly 23 mai 2010 à 06 h 42 min
    Salut Crazyvalou,

    la frousse que vous avez dû ressentir quand vos avez surpris la petite de 2 ans avec le petit frère dans ses bras... c'est difficile de garder son sang-froid dans de telles circonstances!

    la méthode de la chaise est très connue, mais j'ai toujours eu du mal à l'adopter, car mon fils se lèvait impunément et je passais mon temps à le faire rasseoir... la situation devenait risible et perdait toute crédibilité!
  8. Marge 25 mai 2010 à 18 h 34 min
    J'ai été autoritaire avec mon premier enfant et j'ai récolté un enfant opposant et irréfléchi.

    Pour les suivants j'ai donc adopté une méthode beaucoup plus "tolérante".
    Je m'efforce de les regarder comme de petits "apprentis".

    Chaque erreur de leur part ne provoque plus "mais tu le fais exprès !?" mais "ok tu ne voulais surement pas mal faire, je vais t'apprendre" (ou te re-re-re-réapprendre....).

    Ils progressent 2 fois plus vite ! Et moi aussi d'ailleurs....
    Je n'ai plus jamais la voix cassée ou la main qui fait mal !
  9. Catherine Goldschmidt 27 mai 2010 à 11 h 29 min
    Marge, je suis comme vous! ma fille aînée est la reine de l'opposition. Moi aussi, j'ai changé radicalement de méthode avec mes deux plus jeunes. Ce n'est pas toujours au point, mais au moins ils n'ont pas ce sentiment d'humiliation ressenti après une fessée. J'adore votre phrase "je vais t'apprendre". Merci Dre Taz pour cet excellent billet.