La naissance d’un père

La naissance d’un père
20 janvier 2010
En triant de vieilles photos, j’ai retrouvé celle-ci, qui m’a fait sourire jusqu’aux oreilles. C’était leur premier biberon. En levant la tête, je les ai vus en chair et en os allongés sur le sol, côte à côte en train de jouer à un jeu de société. Leur passe-temps favori. Entre père et fils.

Je me suis alors demandé à quel moment les hommes devenaient vraiment des pères. Je veux dire pas techniquement, mais émotionnellement.

Je me trompe peut-être, mais leur chemin me semble si différent du nôtre… Pas mieux, ni moins bien. Juste différent.

Ça commence par une phrase dont ils ne sont pas toujours le sujet, mais qui les concerne pourtant directement : « Je suis enceinte, j’attends un bébé, etc. », qu’ils doivent souvent traduire eux-mêmes par : « Je vais être papa. » Ils ne sentent rien bouger dans le creux de leur ventre. Pas de nausées, de peau qui craque, de mouvements intérieurs, de sensations d’être habité. De flux d’hormones qui les déstabilisent. De mots qui leur manquent ou qui débordent pour un oui ou pour un non. Pas de cordon qui les relie à leur petit. Pas de lien continu qui leur rappelle qu’ils ne seront plus jamais seuls. Personne pour les soutenir ou leur expliquer en mille et un détails le pourquoi et le comment de leurs sensations, de leurs peurs ou de leurs doutes. Pas de surinformation.

Surtout au début, comment font-ils pour tisser le lien quand, pour eux, tout part de nous? De l’extérieur. Un test de grossesse, une phrase, une bedaine qui s’arrondit... Certains y arrivent naturellement parce qu’ils y pensent depuis longtemps. D’autres non et je les comprends. Ça doit être tellement abstrait! Ils essaient. S’absentent. Reviennent. Observateurs en quête de sensations, la main posée sur nos rondeurs. Chercheurs de preuves. Certains tracent leur chemin en fonction de nous ou malgré nous. Au fil des jours, souvent impuissants devant nos débordements physiques et psychologiques. Nos attentes. Nos questions existentielles. Notre sens du détail ou du drame : « Argh! Il n’a pas de mitaines, il va mourrrrrrrir! » « La bavette : jaune ou bleu? Avec ou sans nounours? T’as pensé à lui mettre sa crème? Comment ça, tu n’as pas demandé ce qu’il a fait à la garderie aujourd’hui? »

Pas facile de s’y retrouver dans ce brouhaha maternel.

Alors, à quel moment l’évidence viscérale d’être un père se fait-elle vraiment ? Quand le test est positif? Quand le ciseau coupe le cordon? Au premier regard? Au premier biberon? Au premier rire? La première fois que l’enfant dit le mot « papa »? Est-ce que ça arrive d’un coup ou ça grandit doucement?

Mystère et boule de gomme!

Catherine Goldschmidt
Je suis une drôle de maman qui adore dénicher ou inventer des jeux simples et peu coûteux pour amuser les enfants.
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Commentaires (7)

  1. Anonymous 22 janvier 2010 à 19 h 51 min
    Je n'en voulais pas de bébé, du moins pas tout de suite. Je crois que la magie a opéré quand il a interagi avec moi. Avant j'avais l'impression d'être l'assistant de ma blonde! Changer les couches, donner des bains, etc... Ça me dérangeait pas, mais bon... Et puis un jour, j'ai réussi à le faire rire. C'est niaiseux mais c'est là que c'est arrivé. Ce jour là, le changeur de couches est devenu son papa!
  2. Danny Raymond 22 janvier 2010 à 20 h 00 min
    Moi, je suis devenu père à la vue du test de grossesse. À cette seconde précise, je devenais responsable. Psychologiquement du moins! Et comme le père plus haut, c'est aussi en faisant rire mon petit que j'ai senti sa présence! Bon, enfin une interaction!
  3. Manouane Beauchamp 22 janvier 2010 à 21 h 34 min
    Quand devient-on père? Lors du couper du cordon ombilical? Non. Le geste est symbolique, mais la symbolique ne donne pas un biberon. En fait, je suis devenu père le matin où, tout de suite en me levant, une phrase m'est venue en tête : "Il y a un enfant dans cette maison dont je suis le père".
  4. Annie M. 22 janvier 2010 à 21 h 46 min
    C'est fou et carrément passionnant! Je n'ai jamais pensé à le demander à mon mari! J'attaque le sujet ce soir! merci!
  5. Catherine Goldschmidt 23 janvier 2010 à 13 h 45 min
    Merci pour vos réponses! Le mystère s'éclaircit :-)
  6. Marc Bouchard 24 janvier 2010 à 13 h 18 min
    Je suis né père... il a toujours coulé de source que je serais papa. Un premier bébé à 25 ans, un divorce six mois plus tard, ne m'ont pas empêché de conserver ce sentiment profond de responsabilité, d'amour inconditionnel mais surtout de complicité unique que j'ai éprouvé dès que j'ai souhaité, avec ma conjointe, avoir un enfant.
    Aujourd'hui, deuxième union, un fiston de 10 ans et une relation continue, sans hésitation. Avec sa part de drames existentiels, de crises d'angoisse aussi (mon premier enfant est une fille d'aujourd'hui 21 ans, alors le premier vrai chum a eu un peu de fil à retordre).
    Mais quand on me demande ce que je suis dans la vie, ma première réponse est toujours papa d'abord, journaliste ensuite.
  7. Paul 24 janvier 2010 à 18 h 29 min
    Quel beau texte. Je ne suis encore ni père ni papa mais ça s'en vient. Mon petit dort encore dans le ventre de sa mère. En attendant, je regarde les bas minuscules qui sèchent et je ne peux pas croire que ses pieds vont rentrer là-dedans! J'ai hâte de lui voir la face. Pour l'instant, chez moi ça se passe plutôt dans la tête.