Allez en paix

Allez en paix
Par Dre Taz, Omnipraticienne
24 septembre 2009

Parfois, une dose de mélancolie transforme mon bureau en confessionnal.


Mes patientes croient être dans le péché. Et seules au monde. J’aimerais tellement vous convaincre : 85 % des mamans ressentent la même chose. Je ne dis pas ça pour vous faire plaisir. Ces chiffres sont basés sur des études sérieuses.

La maternité est bénie et à la mode : le taux de natalité augmente et plus de femmes restent au foyer pour prioriser la famille plutôt que leur carrière.
Secrètement, peut-être ne comprenez-vous pas. Mais c’est inavouable.

Inavouable que la grossesse n’ait été qu’une accumulation de kilos entre les nausées et les maux de dos. Que ces gentils mouvements de pieds dans le ventre s’avèrent de vicieux coups de poing dans les côtes.

Inavouable que l’accouchement vous ait semblé l’enfer et qu’on aurait mieux fait de vous écarteler vive.

Inavouable que bébé ressemble à un nain centenaire à la voix criarde plutôt qu’au chérubin sur les paquets de couches.

Inavouable que vous ressembliez à une baleine elle-même enceinte, avec seins pendouillants et vergetures. Inavouable que votre vagin vous charcute comme un sac de rasoirs et votre vessie coule comme une outre trouée.

Inavouable que vous soupçonniez papa d’avoir quelque chose de grave à se faire pardonner pour ne pas vous quitter immédiatement. De toute façon, il vous énerve : il a l’immense chance de ne pas être une femme, lui.

Inavouable que l’allaitement vous relègue au rang de vulgaire vache nourricière. Vous passez vos journées à changer des couches pleines de ce que vous fournissez entre 2 fissures mamelonnaires. Et en plus, ça vous empêche de manger des sushis et boire du saké.

Inavouable que les régurgitations malodorantes, les diarrhées multicolores et le cordon ombilical sanguinolent vous horripilent. Vous préféreriez être au bureau à taper des dizaines de rapports.

Inavouable que vous émerveiller du moindre battement de paupière de bébé, ça vous ennuie et vous avez envie de faire comme avant : sortir avec les copines et danser jusqu’au petit matin.

Inavouable qu’au lieu d’aller faire du cardio-poussette ou du scrapbooking, vous ne pensez qu’à pleurer, crier et vous enfuir jusqu’à Madagascar.

Inavouable que vous ayez pensé à pire encore.

Et même si vous n’avez pas le « privilège » de toutes ces raisons. Même si les kilos supplémentaires ont disparu  en 5 semaines. Que bébé se réveille toutes les 4 heures pour boire en 2 minutes et fait ses nuits au 9e jour de vie. Que vous faites l’amour toutes les nuits avec le papa le plus merveilleux du monde. Que votre patron vous offre 2 ans de congé payé. Que vos parents se battent pour garder bébé tous les samedis.

Bref, quelle que soit votre situation, vous avez le droit de vous sentir mal.

Vous avez le droit ne pas avoir envie de faire un 2e enfant. Vous avez le droit de penser parfois que vous n’auriez jamais dû avoir le premier.

Vous souffrez peut-être d’une mélancolie passagère, d’un blues du post-partum ou d’une dépression profonde. Lorsque vous irez au parc la prochaine fois, sur une dizaine de mamans, dites-vous que 7 d’entre elles sont, comme vous, dans l’inavouable.

Allons donc, je vous absous, même si je ne sais pas de quoi exactement. Vous êtes la meilleure maman du monde, parce que vous essayez de l’être un peu. Libérez-vous de cette gluante culpabilité qui vous enlise. Allez voir votre médecin et parlez-en.

Allez en paix. Au nom du père, de la mère et de bébé...

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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Commentaires (10)

  1. Anonymous 24 septembre 2009 à 18 h 27 min
    Ha ha! C'est vrai que c'est pas toujours drôle, mais il n'y a rien de mieux qu'en rire pour relativiser les petites et grandes misères de la maternité! En tout cas, moi qui vous lis avec un bébé de 3 mois endormi dans les bras, ça fait du bien!
  2. Annie Lebreux 25 septembre 2009 à 18 h 54 min
    Après ma première, ça m'a pris 2½ ans avant de me décider à aller chercher de l'aide. Faut dire que la seule solution que mon médecinde famille m'a proposée, c'est des antidépreseurs. Je ne voulais pas couvrir la douleur, je voulais m'en débarrasser. Ce qui veut dire, qu'on devait en trouver l'origine. Une maman avertie en vaut 2. À ma 2e, je me suis blindée contre les idées noires: Omega3, vitamine B6, luminothérapie, je me suis engagée à faire de l'exercice dans des groupes de nouvelles mamans et une fois semaine, je vais visiter des mamans qui viennent elles aussi d'accouher. Bref, un corps sain et une vie sociale. Ça ne pourra qu'être bénéfique pour bébé et le reste de la famille. Et si mon arsenal n'est pas suffisant, je n'attenderai pas 2a ans avant de réagir.

    Encore mal vue, la dépression peut arriver dans la vie de n'importe qui.

    Il faut rester vigilante et ne pas tomber dans le déni.
  3. Tasnime Akbaraly 25 septembre 2009 à 19 h 44 min

    D'abord, il est effectivement difficile de réaliser que l'on souffre de dépression, mais encore plus difficile d'aller consulter, et de trouver une solution qui nous convienne. C'est admirable d'avoir non seulement l'énergie et l'initiative de vous prendre en main mais aussi d'aller prodiguer des conseils à d'autres femmes! Bravo! Mais comme vous dites, tout cet arsenal peut ne pas suffire et la médication, malgré ses inconvénients, peut être nécessaire. Ce qui est important, c'est de ne pas percevoir cela comme un échec et tomber dans le déni. En parler, c'est ouvrir la porte à une multitude de possibilités pour s'en sortir!

  4. Alice 26 septembre 2009 à 03 h 15 min
    Je vous remercie pour vos textes. Ils sont si vrais, font du bien, et ne jugent jamais. Vous me faites du bien!
  5. Amélie, 15 semaines de grossesse 29 septembre 2009 à 01 h 09 min
    Ouf! C'est tellement vrai!! Ce n'est pas facile d'être une maman... Pourquoi on recommence alors?
  6. Josée 8 octobre 2009 à 16 h 31 min
    Mon fils a maintenant 12 ans. Je suis monoparental. C'est vrai que si je regarde en arrière, je me dit que vous avez raison, moi aussi j'ai eu pendant quelques temps une dépression et je croyais que la cause était le BÉBÉ, mais je dois dire que je n'avais pas la relation idéale mais quand j'ai dit que cela étais assez et que le père de mon fils n'étais plus dans ma vie, je me suis mise a respirer mieux et a être mieux dans ma peau alors j'ai comprise que cette dépression n'étais pas causer par le BÉBÉ mais par le conjoint. Je ne dit pas que toute les femmes sont dans ma situation mais je dit que parfois c'est la solution. Pour lui je ne fesais rien de correct car sa mère ne le fesait pas comme moi. Il me répètais "Comment ça tu es fatiguer tu ne fais rien de la journée a part de t'occupé du petit et de la maison" et ainsi de suite. Quand j'ai éliminé ce stess dans ma vie, tout est revenu normal. Je me suis mise a revivre. Souvent nous les femmes avons le poid sur nos épaules de performance c'est a dire d'être la meilleur Maman du monde mais un jour ma mère m'a dite "Tu sais ma fille, tu fait ce que tu peut et quand tu accouche de ton enfant, bien il ne vient pas avec un livre d'instruction. Alors tu fais de ton mieux avec les connaissances que tu a et ton instinct de mère et laisse faire les autres." Quand je me culpabilisait, je me rappelais les paroles de ma mère et j'espère que ses même paroles pourront aider une autre femme. Je n'accuse pas non plus les hommes mais pour moi cela étais le cas.
  7. roula mere de 2 adorables garcons de 7 et 5 ans 9 octobre 2009 à 06 h 24 min
    Salut a tous!
    C'est la premiere fois que j'ouvre ce site pour rechercher a propos de l'angine et la scarlatine (c'est l'ecole maintenant!).J'ai etais attiree par le titre de l'article "Allez en paix!"et je peux vous dire qu'en le lisant je me suis rappelee toute la periode de grossesse et de debut de maternite c'est tres vrai mais je me sentais seule a ne pas savourer cette etape! Grace a Dieu ils grandissent apres et on peut jouir de les voir contents et epanouis alors on peut se dire qu'on n'a pas tout sacrifier pour rien! Courage a toutes.
  8. Tasnime Akbaraly 13 octobre 2009 à 17 h 19 min
    On peut difficilement établir une relation de cause à effet entre un seul et unique évènement (l'accouchement) ou une personne (un père peu présent) et les troubles de l'humeur dont on peut souffrir. Disons que l'ensemble de la situation nous met dans un état de vulnérabilité et aiguise notre sensibilité.

    Heureusement, tout cela est généralement temporaire et réversible... et on semble être atteint d'amnésie grave pour parfois s'y remettre! Mais les efforts paient, et il est gratifiant de voir son enfant grandir à l'image de ce qu'on veut!
  9. Izabelle 26 octobre 2009 à 19 h 47 min
    Évidemment, avoir un bébé n'est pas toujours facile... mais je crois que le discours ambiant style « mère indigne » met trop l'accent sur les mauvais côtés de la maternité. Lorsque je suis tombée enceinte, je me suis fait dire de tous bords tous côtés que ce serait difficile, que je n'aurais plus de vie amoureuse, plus de carrière motivante, plus de sommeil, plus de vie sociale, etc...

    C'est loin d'être le cas!!! Mon bébé a 3 mois maintenant, et bien que je sois monoparentale, je suis étonnée tous les jours par la facilité de mon role de mère. Non je n'aime pas mes vergetures et je dormirais parfois une heure de plus... Mais c'est tellement moins pire que ce qu'on me prédisait!!
  10. mymy 10 novembre 2009 à 23 h 04 min
    merci...

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