Montée de lait!

Montée de lait!
1 juillet 2009

J’étais enceinte de quelques semaines. C’était rassurant et chaleureux de voir toutes ces cartes de remerciements et ces photos de bébés collées sur le mur entre le stéthoscope et le thermomètre. Comme, à l’époque, je n’y connaissais encore rien en bébé, c’était le genre de signes extérieurs qui me sécurisaient. Quand j’ai aperçu de surcroît l’air amical de cette femme qui allait m’aider à devenir une maman, j’ai senti d’emblée que je pouvais lui confier mes peurs. Au lieu de dire simplement « Bonjour! », j’ai donc lancé du haut de mes 26 ans :

- Docteure, je vous préviens, je refuse d’allaiter! N’essayez pas de me convaincre. C’est une zone réservée. Aucun bébé ne se suspendra à mon sein. Juste d’y penser j’ai la trouille. Trouille d’avoir mal, d’attraper des mastites, de crevasser et de finir à 30 ans avec des seins déformés qui pendouillent!

Visiblement surprise et amusée par mon discours enflammé, elle m’a regardée droit dans les yeux et, en souriant, m’a répondu calmement :

- Je comprends ton point de vue, mais si tu fais attention, il y a peu de chance que cela t’arrive. Par contre, il y a tellement d’éléments nutritifs dans ton lait et d’anticorps que ce serait dommage de ne pas en faire profiter ton bébé. Imagine un instant la chair de ta chair collée contre ta peau qui se nourrit sainement grâce à toi.

Évidemment, son bla-bla éducatif m’a légèrement fait craquer pour cause de culpabilité. L’espace d’une seconde, j’ai donc essayé de me visualiser avec mon bébé, mais tout ce que j’ai réussi à distinguer, c’est une silhouette un peu floue. Lorsque l’image est devenue claire, ce n’est pas moi que j’ai vue assise sur une chaise berçante au milieu d’une chambre remplie de moutons roses, mais plutôt un bébé accroupi dans une étable en train de tirer les pies d’une grosse vache!

- Que se passe-t-il Catherine? Tu es si pâle tout à coup. Ça ne va pas?

- Vous savez, ma mère m’a nourrie au biberon et je n’en suis pas morte! En plus, j’ai une amie qui a eu un mal fou à donner le sein, alors pas question de m’énerver à cause d’une bouche molle incapable de téter correctement; et puis, hier, j’ai lu dans un magazine que...

- Tu sais, personne ne t’oblige à allaiter, mais essaie au moins. N’écoute pas les histoires des autres. Chaque chemin est différent. C’est entre toi et ton bébé que ça va se passer. Donne-toi au moins une chance de le vivre!

C’est ce que j’ai fait... et trois fois plutôt qu’une! J’ai eu un plaisir fou à allaiter mes enfants, mais si cela n’avait pas été le cas, j’aurais arrêté sans hésitation. J’ai grandi au biberon et mes enfants au lait maternel, mais eux comme moi avons poussé dans les bras d’une maman heureuse et épanouie.

À mon avis, c’est le seul ingrédient qui fait vraiment grandir les enfants!

Catherine Goldschmidt
Je suis une drôle de maman qui adore dénicher ou inventer des jeux simples et peu coûteux pour amuser les enfants.
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Commentaires (17)

  1. Sonia 3 juillet 2009 à 00 h 18 min
    Moi aussi j'ai adoré ça (sauf les premiers jours), mais il faut dire qu'il y a des moments où on peut en avoir VRAIMENT marre... Tellement qu'un jour, j'ai répondu au téléphone en faisant "Meuhhhhh".
  2. Catherine Goldschmidt 3 juillet 2009 à 12 h 21 min
    Hi, hi! C'est bien vrai. J'ai presque fait la même chose en répondant un jour au téléphone: "maman frigo bonjour!". Le monsieur à l'autre bout du fil a cru qu'il s'était trompé de numéro!
  3. Danny Raymond - Ton voisin d'à côté 3 juillet 2009 à 13 h 16 min
    Belle Catherine, J'ai vu Mélanie avoir tellement de difficultés, j'aurais aimé qu'on lui parle de cette manière, au lieu de l'obliger à allaiter comme la "spécialiste en lactation" l'a fait...
  4. Catherine Goldschmidt 3 juillet 2009 à 13 h 58 min
    Pauvre toi, tu as dû trouver ça difficile de ne pas pouvoir l'aider. Heureusement, j'ai l'impression que ça change. On veut tous le bien-être de nos enfants, mais il y a des limites. Il faut juste arrêter de nous culpabiliser. On fait ce qu'on peut!
  5. Caroline 4 juillet 2009 à 01 h 02 min
    Allo Catou, j'allaite encore ma petite Lily qui a 14 mois et j'ai allaité Clara pendant 19 mois... certains m'ont dit que j'avais du courage d'allaiter si longtemps. Pour ma part, je nous trouve chanceuses d'avoir vécu (et de vivre encore)ces beaux moments privilégiés.
  6. Geneviève 4 juillet 2009 à 22 h 07 min
    J'ai une adorable petite fille de presque 3 semaines que j'ai due cesser d'allaiter après 10 jours pour cause de bébé affamé et de seins qui ne semblaient pas produire assez..J'ai vécu (je vis?) beaucoup de culpabilité et je trouve que les CLSC poussent encore trop vers l'allaitement et tiennent un discours culpabilisant. Tous me parlent comme si c'était la désolation du siècle de ne pas allaiter. J'ai même entendu que l'allaitement maternel diminuait le risque de mort subite du nourrisson....j'avais vraiment besoin d'entendre ça!
  7. Geneviève 4 juillet 2009 à 22 h 13 min
    Ajout: Une amie m'a même fait part que des gens tentaient de faire signer une pétition pour "cacher" les laits maternisés dans les pharmacies, tel les cigarettes! Quelle absurdité! Vous en avez entendu parler? Si c'est le cas, je vais définitivement faire ressortir mon côté revendicateur!! haha
  8. Catherine Goldschmidt 5 juillet 2009 à 02 h 11 min
    10 jours! C'est complètement fou. J'ai une amie qui a vécu la même chose que toi. Quand son bébé est né, le papa n'était déjà plus dans le décor. Elle était seule et arrivait à peine à nourrir son bébé. L'hôpital l'a laissé rentrer chez elle en lui disant de persévérer. Quand je suis allée la voir, la pauvre pleurait comme une madeleine. Elle avait craqué et acheté un biberon avec un sac stérilisé, mais elle ne comprenait pas pourquoi le lait ne sortait pas. En fait, il y avait tout bonnement de l'air à l'intérieur. Je lui ai montré comment faire. Personne ne lui avait expliqué. Comment ça cacher les laits maternisés? C'est complètement absurde! En tout cas, ne te sens surtout pas coupable. Tu as essayé, ça n'a pas marché alors vive le lait maternisé :-)
  9. Eve 5 juillet 2009 à 19 h 00 min
    Ma cher Geneviève, Mon fils a maintenant 11 mois et il est en pleine santé. J'ai dû moi aussi arrêter d'allaiter mon fils après 2 semaines car Vincent était paresseux, il prenait entre 45 min et 1h pour boire et buvait au 2 heures . Disons que j'étais très très fatiguée et je pleurais tout le temps. Même les infermières du CLSC n'en revenaient pas car Vincent prenait bien le sein mais prenait beaucoup trop de temps pour boire. Lorsque j'en ai parlé à mon médecin elle m'a répondu ceci : "Le plus important dans l'allaitement est que tu développes une bonne relation avec ton fils, tu dois être calme et apprécier ce moment pour ainsi développer le sentiment d'attachement entre toi et Vincent . POur l'instant ça ne fonctionne pas et tu vas te rendre malade, car tu es stressée et ton fils le ressent. Oui le lait maternel est le meilleur lait pour le bébé mais pas à n'importe quel prix. Le bonheur que tu dois ressentir à nourrir ton bébé est tout aussi important " J'ai donc arrêté d'allaiter et de me sentir coupable. Laisse faire ce que les gens ou le CLSC dit, ce qui est important c'est l'amour que tu donnes à ta fille et non quel sorte de lait elle boit.
  10. Geneviève 6 juillet 2009 à 17 h 13 min
    Bonjour Éve, C'est exactement ce que j'ai vécu. Camille prenait un temps fou à boire, buvait aux 2 heures et n'était jamais rassasiée.Ce qui est choquant c'est qu'elle prenait elle aussi bien le sein et que je n'avais pas de blessures causées par l'allaitement. Je profite maintenant de beaux moments avec ma fille, car elle me regarde en buvant et j'ai plus de liberté dans mes mouvements pour lui faire plein de bisous pendant qu'elle boit! C'est donc beaucoup plus positif pour elle et pour moi.
  11. Amélia 8 juillet 2009 à 02 h 44 min
    A-t-on vraiment besoin de parler de l'amour comme du seul ingrédient qui fasse grandir les enfants dans une chronique qui veut faire la promotion de l'allaitement maternel?! Je trouve cela pour le moins étonnant. L'amour est primordial, qui oserait dire le contraire? Mais on s'éloigne du sujet en le spécifiant... d'autant plus que toutes les femmes qui allaitent, mais qui "en arrachent" sur tous les autres plans se sentiront aussitôt mises au ban des accusées, car il leur manque cruellement de quoi "aimer sainement" leur(s) enfant(s). Et elles ne trouveront pas ce qui leur manque en allant simplement à l'épicerie s'acheter une boîte de conserve!! Bref, le lait maternisé existe, tant mieux, mais il n'en reste pas moins que l'art de l'allaitement maternel s'est perdu au cours des dernières décennies dans les sociétés où le lait maternisé a fait son apparition et ça, c'est plutôt moche. Malheureusement, ce n'est pas la jeune maman qui a de la difficulté à allaiter qui devrait porter le fardeau de la culpabilité, mais bien le corps médical qui fait souvent preuve de beaucoup de maladresse dans sa façon de soutenir l'allaitement maternel (ou dans la piètre qualité de son soutien, devrait-on plutôt dire!). Car le corps médical a participé de façon active à la perte de l'art de l'allaitement maternel, parlez-en à des femmes qui ont accouché dans les années 50 à 70. Ma consultante en lactation me faisait d'ailleurs remarquer que dans bien des sociétés, son "métier" n'existe pas. Quand dans une société, toutes les femmes ont toujours allaité, aucune nouvelle maman ne manque de support et de bons conseils, car sa mère, ses tantes, ses cousines et ses voisines sont toutes parfaitement compétentes dans le domaine. Non, le lait maternisé n'est pas aussi bon que l'allaitement maternel. Et j'irais même jusqu'à dire qu'il est mauvais. Arrêtons de tourner autour du pot! Oui, l'allaitement maternel demande une dose importante de patience de la part du bébé et de la maman. Non, tous les bébés ne savent pas bien téter du premier coup! Mais s'il est vrai que les coûts des soins de santé sont moindres dans une société où les citoyens ont été allaités bébés, alors qu'on nous offre dans les hôpitaux des services dignes de ce nom. Les mamans d'aujourd'hui seront alors capables de soutenir à leur tour leurs filles, leurs nièces et leurs voisines...
  12. Katherine 10 juillet 2009 à 20 h 52 min
    WOW Disons que l'on sait ce que tu penses des femmes qui utilisent le lait maternisé. Oui, c'est vrai le lait maternel est le meilleur lait pour un bébé, oui c'est vrai que le soutient médical manque, oui c'est vrai qu'apprendre à allaiter est difficile et oui c'est vrai que l'art de l'allaitement s'est perdu . Mais de là à dire que le lait maternisé est mauvais , je trouve que l'on fait dans l'extremiste. Comme tu dis, arrêtons de tourner autour du pot !!! Arrêtons de juger les autres et de penser que nous sommes meilleurs mamans car nous avons allaité . Acceptons la décision des autres femmes et respectons le choix d'autrui et ce sans jugement . Oui il faut encourager les femmes à allaiter, oui il ne faut pas se décourager et encore une fois oui le lait maternel est meilleur pour nos enfants.
  13. Amélia 15 juillet 2009 à 02 h 19 min
    Bien sûr, la formulation de mon commentaire est choquante, mais pensez-y bien: donner du lait maternisé à un bébé, c'est de le priver des multiples bienfaits du lait maternel. De ce point de vue-là, le lait maternisé est mauvais... sans compter que certains laits maternisés sont rappelés à cause de leur mauvaise qualité!! De ça, on ne parle que très peu! Ce n'est pas un jugement, c'est un fait. En fait, je ne me bats pas contre l'existence du lait maternisé; je trouve simplement regrettable de lire une chronique pro-allaitement qui se termine par une espèce d'excuse-pour-que-personne-ne-se-sente-jugée!! C'est dans l'ère du temps: il faut bien faire, mais quand même pas jusqu'au point d'empiéter sur les libertés individuelles...
  14. Geneviève 15 juillet 2009 à 17 h 38 min
    C'est drôle, je ne percevais pas ce blogue comme étant une promotion de l'allaitement...mais plutôt un lieu d'échange dans le respect de chacun. C'est bien pour dire combien les perceptions de chacune peuvent varier...Je pense que de sombrer dans l'extrémisme,et peu importe le sujet, c'est faire preuve de peu d'ouverture d'esprit, mais enfin! Et quand tu dis, Amélia, que le lait maternisé est mauvais, ce n'est pas un fait, mais bien un jugement. Si c'était réellement un fait, je pense que plusieurs d'entre nous seraient dans un piètre état et ce n'est pas le cas! Sur ce, bonne journée à vous tous!
  15. Catherine Goldschmidt 17 juillet 2009 à 01 h 45 min
    Je ne fais aucune promotion. Je suis juste une maman qui lasse de croiser des amies découragées d'échouer dans leur tentative d'allaiter a eu envie de leur dire simplement que leur échec ne faisait pas d'elles de mauvaises mères. Rien de plus. On peut ne pas allaiter pour de multiples raisons ou au contraire le faire pendant plus de 2 ans si ça nous tente. Dans tous les cas, les femmes et leur famille devraient pouvoir être soutenues et respectées même si leur choix ne fait pas partie de la norme.
  16. Amélia 21 juillet 2009 à 04 h 16 min
    Je partage votre lassitude à voir des femmes vivre de la culpabilité devant leurs difficultés à allaiter. Je maintiens que les femmes n'ont pas à porter le poids de leur "non-allaitement". Vous utilisez le mot "échec": c'est dommage, car je suis certaine que ce n'est pas ce que vous vouliez dire. Vous faites donc allusion à celles qui ne parviennent pas à allaiter après de pénibles efforts pour y arriver. À la fin de votre commentaire, vous faites aussi allusion à celles d'entre nous qui décident de ne pas essayer d'allaiter. Je peux vous dire ceci: j'ai l'étrange impression finalement que ces femmes-là sont davantage respectées que celles qui en arrachent pour parvenir à allaiter. Les premières ont droit au respect et ce au nom des libertés individuelles; les deuxièmes doivent se farcir les mille et une explications contradictoires du personnel hospitalier et essayer (malgré tout) de ne pas se décourager. Ce n'est pas ce qu'on peut appeler du "soutien" ni du "respect". Quant à l'accusation d'"extremisme", elle est vraiment puérile puisque s'il faut élever les libertés individuelles au rang de valeur suprême, dites-moi comment vous parvenez à calculer que la liberté d'une mère devrait absolument et en toutes circonstances précéder celle de son enfant??!! Cet enfant n'aurait pas droit à la meilleure alimentation possible?? Allez, je ne juge personne, de toute façon, qu'aurait-on à faire du jugement d'une pure inconnue?! Je pique une colère qui dépasse la simple histoire personnelle. Vous remarquerez d'ailleurs que je ne fais aucune allusion à la mienne même si vous pouvez éventuellement en deviner des bouts. Bien sûr, on ne peut pas écrire des commentaires aussi vifs sans avoir été personnellement touché par une situation donnée. Mais au-delà de la petite histoire vécue, j'essaie surtout de poser des questions générales sur les choix qu'on fait en société et les moyens qu'on se donne pour y parvenir.
  17. Eve 21 juillet 2009 à 22 h 02 min
    Malheureusement , celles qui décident de ne pas allaiter sont aussi jugées et même plus que celles qui ont essayé . Moi même lorsque je mentionnais que j'avais allaiter au moins 2 semaines on me répondait que au moins j'avais essayé et que je pourrais recommencer au deuxième. Par contre, j'ai une amie qui ne voulait pas allaiter et disons que les gens ou plutôt les autres femmes ne manquaient pas de lui dire qu'elle était dans l'erreur. Une question à vous toutes , comme j'ai allaité 2 semaines est-ce que je peux dire que j'ai allaité ? Qu'elle est la période minimum qui ""donne le droit"" aux femmes de dire qu'elles ont allaité ? Est-ce que une femme qui à allaité 3 mois et ensuite qui à donné du lait maternisé aura "privé son enfant des bienfaits du lait maternel " ?? Où est la limite de cette fameuse norme ??

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