La persévérance scolaire

La persévérance scolaire

L’entrée à la maternelle marque le début de la longue aventure d’un enfant à l’école. Cette étape est importante, car l’enfant dont la transition à la maternelle se passe bien a plus de chances d’être motivé à l’école et de réussir au primaire et même au secondaire.

Le processus menant au décrochage scolaire commence d’ailleurs dès le préscolaire et le primaire. Des études ont en effet démontré que les difficultés qui peuvent nuire à la réussite éducative des enfants apparaissent tôt dans leur cheminement scolaire. Si rien n’est fait pour les régler, ces problèmes risquent d’ailleurs de devenir plus importants. Ils peuvent ainsi entraîner des échecs répétés, démotiver l’élève et le conduire éventuellement au décrochage. Par exemple, des difficultés en lecture à l’âge de 7 ans sont un signe avant-coureur d’un risque de décrocher de l’école au secondaire, a démontré une étude québécoise. C’est pourquoi il est important d’intervenir tôt.



Facteurs pouvant mener au décrochage

Le décrochage scolaire est souvent complexe à comprendre puisque plusieurs éléments peuvent influencer le cheminement scolaire d’un enfant. C’est la combinaison de plusieurs facteurs ou situations qui augmente le risque qu’un élève abandonne l’école au secondaire.

Voici les principaux facteurs de risque de décrochage scolaire :

  • Avoir des difficultés ou des échecs en lecture, en écriture et en mathématiques. Par exemple, avoir de la difficulté à lire peut nuire à l’apprentissage dans toutes les autres matières;
  • Avoir un trouble d’apprentissage (ex. : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie), un déficit de l’attention (avec ou sans hyperactivité) ou des problèmes de comportement (ex. : trouble de l’opposition, agressivité, difficulté à respecter les règles). Cela peut nuire aux apprentissages et aux relations avec les autres mais aussi à la motivation;
  • Être issu d’un milieu socioéconomique défavorisé. Cela vient souvent avec un manque de ressources et de soutien des parents, ce qui peut nuire à la réussite scolaire;
  • Avoir des parents qui ne valorisent pas l’école, qui ont une perception négative des capacités à réussir de leur enfant, qui n’offrent pas d’encadrement pour les travaux et qui ne participent pas au suivi scolaire. Ces attitudes nuisent à l’estime personnelle de l’enfant, à sa motivation et à sa persévérance scolaire;
  • Avoir de mauvaises relations avec ses enseignant(e)s. S’il ne s’entend pas bien avec son professeur, l’enfant a moins envie de lui demander de l’aide, de répondre à ses exigences, d’aller à l’école et de faire ses devoirs. Sa motivation scolaire risque alors de diminuer.
Le décrochage scolaire au Québec 
Depuis le début des années 2000, le décrochage est en baisse au Québec. Le taux de décrochage scolaire était de 17,8 % dans le réseau public en 2012-2013, selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, qui montrent aussi que le décrochage est plus fréquent chez les garçons (21,9 %) que chez les filles (13,9 %).

Actuellement, dans les écoles publiques québécoises, 73,8 % des jeunes de moins de 20 ans obtiennent un diplôme 7 ans après leur entrée au secondaire. L’objectif du gouvernement et des organismes engagés dans la persévérance scolaire est de faire grimper ce taux à 80 % en 2020.

Pourquoi les garçons décrochent-ils plus que les filles?

Il n’est pas facile de répondre à cette question, car différentes raisons peuvent être en cause. De façon générale, les spécialistes notent que les garçons sont plus touchés par le décrochage parce qu’ils présentent plus de facteurs de risque que les filles. Par exemple, ils ont de plus grandes difficultés en lecture et en écriture que les filles. Ils sont aussi plus nombreux que les filles à présenter des problèmes d’attention et de comportement.

L’écart entre les taux de décrochage des garçons et des filles se rétrécit toutefois d’année en année. En 2006-2007, l’écart était de 10,4 %, et en 2012-2013, il s’établissait à 6,9 %.

Lorsqu’ils commencent la maternelle, les garçons arriveraient aussi, en général, moins bien préparés que les filles. En effet, 32,6 % des garçons sont vulnérables dans au moins un des 5 domaines de développement jugés importants lors de l’entrée à la maternelle, comparativement à 18,5 % chez les filles, rapporte l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle 2012. Or, le développement global de l’enfant (langagier, cognitif, affectif, social) exerce une influence sur ses futurs apprentissages et sa réussite scolaire.

Certains spécialistes avancent aussi que l’école serait moins bien adaptée aux caractéristiques des garçons. Ces experts croient que les difficultés des garçons à l’école peuvent être attribuables au fait que les exigences scolaires font souvent appel à des qualités moins marquées chez eux que chez les filles, comme les habiletés à s’exprimer, à coopérer et à rester attentifs longtemps.

De plus, les méthodes d’enseignement ne répondraient pas toujours au besoin de bouger des garçons, ce qui pourrait à long terme nuire à leur motivation. Il semblerait aussi que le principe du plaisir soit plus présent chez les garçons et qu’ils auraient plus de difficulté à faire des efforts et à persévérer.

Le rôle des parents

Les enseignants ont un rôle important à jouer pour favoriser la réussite scolaire, mais les parents sont aussi des acteurs de premier plan. En effet, ils sont les premiers éducateurs de leur enfant et peuvent exercer une influence positive pour lui donner le goût d’apprendre, l’encourager et le soutenir dans son parcours scolaire. Cela se fait au quotidien par différents gestes et comportements.

Voici ce que vous pouvez faire pour prévenir le décrochage et encourager votre enfant à rester motivé à l’école :

  • Intéressez-vous à ce qui se passe à l’école. Demandez à votre enfant ce qu’il a fait en classe, posez-lui des questions sur ses amis et son enseignant(e), prenez le temps de regarder les travaux qu’il rapporte à la maison et participez aux réunions de parents;
  • Parlez en bien de l’école pour valoriser l’importance des travaux scolaires, des apprentissages et des études;
  • Veillez à ce que les devoirs soient faits et accompagnez votre enfant au besoin;
Il semble même qu’une attitude positive des parents par rapport à l’école pourrait réduire les effets négatifs que peuvent avoir la pauvreté et leur faible scolarité sur la réussite scolaire de leur enfant.
  • Encouragez son autonomie. Montrez-lui comment faire certaines choses au lieu de les faire à sa place. Donnez-lui des moyens plutôt que des réponses. Par exemple, s’il rencontre une difficulté dans un devoir, vous pouvez lui montrer où il peut trouver l’information dont il a besoin. Réussir à faire des choses par lui-même encourage votre enfant à persévérer;
  • Félicitez-le pour les efforts qu’il fournit;
  • Donnez à votre enfant le goût de lire en lisant avec lui et en étant vous-même un modèle de lecteur;
  • Faites-le parler de ses rêves de carrière pour donner un sens à ses apprentissages;
  • Assurez-vous que votre enfant vit des réussites à l’extérieur de la classe. Par exemple, faites-lui faire des activités qui le passionnent et dans lesquelles il est prêt à mettre beaucoup d’efforts (ex. : soccer, natation, danse, gymnastique, dessins, etc.). C’est l’occasion pour lui de développer sa confiance en lui. Ces expériences peuvent ensuite lui servir de modèles et l’aider à fournir les efforts nécessaires quand il rencontre une difficulté à l’école;
  • Restez attentif aux émotions, aux comportements et aux résultats scolaires de votre enfant pour être au fait de ce qu’il vit réellement à l’école. En cas d’inquiétude, communiquez avec son enseignant(e).

L’implication des pères
Souvent, les mères s’impliquent spontanément dans le cheminement scolaire de leur enfant, mais il est important que les pères le fassent aussi. Les enfants dont le père est présent dans la vie et impliqué dans l’éducation ont plus de chance d’aimer l’école et de bien réussir.

Les signes du décrochage scolaire

Dès le primaire, certains signes peuvent indiquer un risque de décrochage au secondaire. Les signes suivants devraient être considérés comme des alertes qui indiquent qu’une intervention est nécessaire pour améliorer la situation.

  • L’enfant a de nombreux échecs en lecture, en écriture et en mathématiques.
  • L’enfant a des problèmes de comportement en classe.
  • L’enfant manifeste un manque d’intérêt pour l’école. Par exemple, il ne veut pas aller à l’école ou il dit qu’il n’aime pas l’école, qu’il n’a pas d’amis ou qu’il n’aime pas son enseignant(e).
  • L’enseignant(e) parle toujours négativement de l’enfant et n’arrive pas à lui trouver des forces.

Comment prévenir?

Il est possible de prévenir le décrochage scolaire en réagissant sans attendre aux premiers signes de difficultés à l’école. Un problème qu’on laisse aller peut en amener un autre. Par exemple, de mauvais résultats peuvent entraîner une baisse de l’estime de soi chez l’enfant, causer du stress, conduire à une moins bonne relation avec l’enseignant(e) et les amis, entraîner des problèmes de comportement et une baisse générale de la motivation pour l’école.

Dès l’apparition de difficultés à l’école, voici ce qu’il est recommandé de faire :

  • Parler avec votre enfant pour essayer de comprendre ce qui se passe;
  • Discuter de vos inquiétudes avec son enseignant(e) pour trouver une solution au problème;
  • Demander une évaluation et des mesures d’aide à l’école pour accompagner votre enfant selon ses besoins. Par exemple : orthopédagogue pour les difficultés en lecture, en écriture ou en mathématiques; psychoéducateur ou éducateur spécialisé pour les problèmes de comportement; orthopédagogue, psychologue ou orthophoniste pour les problèmes d’apprentissage;
  • S’informer auprès de votre CLSC, de groupes communautaires ou d’associations oeuvrant auprès d’élèves en difficulté pour avoir de l’aide;
  • Si vous n’arrivez pas à obtenir de l’aide de l’école et si votre budget vous le permet, vous pouvez vous tourner vers des spécialistes au privé.

Soutenir son enfant dans son cheminement scolaire, l’encourager à réussir et à persévérer, c’est aussi une façon de l’aider à construire son avenir. L’obtention d’un diplôme augmente évidemment les chances d’avoir un emploi plus tard en plus d’offrir une plus grande autonomie professionnelle et une meilleure qualité de vie.

Le coût du décrochage scolaire
Le décrochage scolaire a aussi un impact économique et social. En 2009, le Groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaires estimait que le gouvernement enregistrait un manque à gagner de 120 000 $ par décrocheur. Ce montant représente les dépenses reliées aux services sociaux dont les décrocheurs ont besoin, de même que les taxes et les impôts non perçus. En plus, le décrochage scolaire prive la société de travailleurs qualifiés.

 

Naitre et grandir.com

Révision scientifique : Pierre Potvin, professeur titulaire et chercheur associé au Département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
Recherche et rédaction :
Équipe Naître et grandir
Mai 2016

 

Photo : iStock.com/shapecharge

Ressources et références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est donc possible qu’un lien devienne introuvable. Dans un tel cas, utilisez les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

  • ALLÔ PROF, TRUCS ET CONSEILS. Trucs pour les parents. www.alloprof.qc.ca
  • BÉLIVEAU, Marie-Claude. Au retour de l’école. La place des parents dans l’apprentissage scolaire. 3e éd., Éditions du CHU Sainte-Justine, 2014, 277 p.
  • BÉLIVEAU, Marie-Claude. Mieux vivre l’école… En 7 savoirs et quelques astuces. Éditions du CHU Sainte-Justine, 2011, 204 p.
  • CENTRE DE RECHERCHE ET D’INTERVENTION SUR LA RÉUSSITE SCOLAIRE(CRIRES), PUBLICATIONS. Publications libres d’accès. http://crires.ulaval.ca
  • CENTRE DE TRANSFERT POUR LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE DU QUÉBEC (CTREQ). www.ctreq.qc.ca
  • COMITÉ MAURICIEN SUR LA PERSÉVÉRANCE ET LA RÉUSSITE SCOLAIRES (COMPERES). www.facebook.com/comperes
  • COMITÉ RÉGIONAL POUR LA VALORISATION DE L’ÉDUCATION (CRÉVALE). http://www.crevale.org
  • CONSEIL RÉGIONAL DE PRÉVENTION DE L’ABANDON SCOLAIRE (CRÉPAS). www.crepas.qc.ca
  • DUCLOS, Germain. Guider mon enfant dans sa vie scolaire. Éditions du CHU Sainte-Justine, 2006, 280 p.
  • DUCLOS, Germain. La motivation à l’école, un passeport pour la vie. Éditions du CHU Sainte-Justine, 2010, 184 p.
  • FÉDÉRATION DES COMITÉS DE PARENTS DU QUÉBEC, SOUTENIR MON ENFANT. Guide des parents. Pour mieux suivre mon enfant à l’école. Premier cycle du primaire. www.fcpq.qc
  • GROUPE D’ACTION SUR LA PERSÉVÉRANCE SCOLAIRE AU QUÉBEC. Savoir pour pouvoir : entreprendre un chantier national pour la persévérance scolaire. 2009. www.grps2013.com
  • INSTANCES RÉGIONALES DE CONCERTATION SUR LA PERSÉVÉRANCE SCOLAIRE ET LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE DU QUÉBEC. www.perseverancescolaire.com
  • MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE. Gouvernement du Québec. Diplomation et qualification au secondaire – par commission scolaire au Québec. Édition 2015. www.education.gouv.qc.ca
  • MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE. Gouvernement du Québec. Taux annuel de sorties sans diplôme ni qualification (décrochage annuel), selon le sexe, ensemble du Québec, de 1999-2000 à 2012-2013. www.education.gouv.qc.ca
  • MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE. Gouvernement du Québec. Taux de sorties sans diplôme ni qualification (décrochage annuel), parmi les sortants, en formation générale des jeunes, selon le sexe, par réseau d’enseignement et par commission scolaire, 2012-2013. www.education.gouv.qc.ca
  • MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE. Gouvernement du Québec. Taux de sorties sans diplôme ni qualification (décrochage annuel), parmi les sortants, en formation générale des jeunes, selon le sexe, par réseau d’enseignement et par commission scolaire, 2007-2008. www.education.gouv.qc.ca
  • POTVIN, Pierre. Comprendre l’apprentissage pour mieux éduquer. Béliveau Éditeur, 2015, 298 p.
  • POTVIN, Pierre et Jean-René LAPOINTE. CTREQ. Premiers signes, guide de prévention des élèves à risque au préscolaire et au primaire. 2014, 78 p.
  • POTVIN, Pierre. Prévenir le décrochage scolaire. Béliveau Éditeur, 2012, 240 p.
  • RAP CÔTE-NORD (RÉUSSITE-ACCOMPAGNEMENT-PERSÉVÉRANCE), GUIDE DU PARENT SOUTIEN. www.rapcotenord.ca
  • REGROUPEMENT DES ORGANISMES COMMUNAUTAIRES QUÉBÉCOIS DE LUTTE AU DÉCROCHAGE. www.rocld.org
  • RÉSEAU D’INFORMATION POUR LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE (RIRE). http://rire.ctreq.qc.ca
  • RÉSEAU RÉUSSITE MONTRÉAL. www.reseaureussitemontreal.ca
  • SOYONS COMPLICES.COM, PARENT. http://soyonscomplices.com

 

À lire aussi